Porteur parole

Méthodes en vrac

On ne saurait réduire la question de l’éducation populaire à de simples techniques. Appliquer des techniques sans remettre en question un cadre classique et traditionnel, cela pourra créer des moments sympas, mais on ne pourra pas aller beaucoup plus loin… L’essentiel est de réaliser une « rupture » avec les modes de fonctionnement classiques (ce qui est bien difficile dans les institutions… alors procéder par marges de subversion est sans doute un bon moyen d’avancer), et de procéder à une remise en question profonde de la manière dont nous envisageons, en tant qu’acteurs sociaux, notre engagement, notre professionnalité et notre conscience politique (et ça, c’est possible, même en institution).

Voici quand même une rapide de présentation de quelques méthodes. Juste pour évoquer différentes possibilités qui s’offrent à nous pour faire un pas de côté. Ces explications écrites ne prétendent pas être suffisantes pour permettre l’appropriation : pour cela, rien ne vaut la pratique. Des formations existent également, notamment auprès des SCOP d’éducation populaire.

Ces méthodes ne sont pas conçues « pour changer » ou pour être « ludiques ». Elles sont conçues pour déconstruire des cadres aliénants qui nous empêchent de discuter sereinement et efficacement. Ils appliquent des principes que je présente dans  ce site :

Voici donc quelques méthodes, en cinq catégories :

  • Accueillir, créer le groupe
  • Libérer la parole et favoriser une construction collective des savoirs
  • Analyser les contradictions
  • Prendre des décisions collectives
  • Construire la mobilisation collective

ACCUEILLIR, CRÉER LE GROUPE

Accueillir

Accueillir pour de vrai. Parce que la façon dont on est accueilli détermine la façon dont on se comportera ensuite.

Aménager l’espace

La façon dont l’espace est aménagé est un message passé en direction des participant-e-s. Mettre les chaises en rond ne fait pas tout (surtout si on le fait sans une réelle volonté d’horizontalité), mais c’est un début. À l’inverse, à mon sens, mettre systématiquement les chaises en rond, même quand on veut regarder un film, est stupide.

Poser le cadre

Donner l’heure de fin et vérifier que cela convient à tout le monde permettra à chacun-e de savoir à quoi s’en tenir, et de ne pas stresser en se disant « Quand est-ce que ça finit, j’espère que ça ne va pas me mettre en retard pour… ! ».

Proposer également des règles pour la prise de parole. Il existe de nombreuses possibilités, le tout est que la règle, comme n’importe quelle règle, soit définie avant qu’on ait besoin d’y recourir…

  • Durée maximum de prise de parole. Soit définitive : à 3 minutes, c’est fini. Soit, à 3 minutes, la personne en charge du temps fait un signe aux participant-e-s, qui peuvent soit accepter que la personne continue de parler, soit la faire arrêter en se manifestant par un signe ou un bruit convenu par avance. Les applaudissement, à Rome, servaient à faire taire un orateur…
  • Nombre maximum de prises de paroles par personne : cela peut se matérialiser par des tickets de parole.
  • Règle de non-réaction pendant une prise de parole : un bâton de parole peut matérialiser le fait que seule la personne qui a le bâton en main peut parler.
  • Laisser les gens aller jusqu’au bout de leur propos : dire « je prends » quand on prend la parole, et dire « je laisse » quand on a terminé. Tant que la personne n’a pas dit « je laisse », on ne peut pas l’interrompre.
  • Liste d’inscrit-e-s pour les tours de parole : désigner un-e responsable.
  • Liste « québecoise » : les personnes que l’on définit comme ayant plus de freins pour prendre la parole (les femmes, les personnes maîtrisant mal le français, les personnes qui viennent pour la première fois…) sont prioritaires dans la liste. Celles qui ont déjà pris la parole ne parleront à nouveau que si aucune personne n’ayant encore jamais parlé ne demande la parole.
Faire connaissance en se mettant à égalité

Consignes pour faire connaissance qui évitent la mise en place immédiate des hiérarchies basées sur les critères habituels de légitimité (CV, ancienneté, etc.). Lors des tours de tables traditionnels, chacun défend sa légitimité en déclinant son CV, et personne en se souvient des noms. Si on souhaite éviter cela, s’en tenir par exemple au prénom, et demander une anecdote à chacun-e sur un sujet défini (par exemple celui qui nous réunit).

Commencer par faire connaissance avec son voisin-e

Prendre le temps de faire connaissance à 2, puis chacun-e présente au groupe son camarade de binôme.

Le « Comment ça va ? »

Pour les groupes qui se connaissent bien, attention à ne pas tomber dans les règlements de comptes, stériles. Préférer dans ce cas poser un cadre clair, et proposer un « Vide ton sac » dans un cadre collectivement prévu pour cela.
Pour les groupes qui se connaissent pas ou peu, une « météo personnelle », où chacun donne un aperçu de son état personnel permet d’avoir un cadre pour s’exprimer avant de passer à autre chose.

Les jeux collaboratifs

Il n’y aura pas de perdant-e-s ou de gagnant-e-s. On n’est pas en compétition les un-e-s contre les autres. On joue ensemble : on réussira ensemble, ou on échouera ensemble. Et ce n’est pas du tout habituel pour nous.

Quelques pistes par le mouvement des Colibris et dans le cadre du mouvement Freinet.

LIBÉRER LA PAROLE & FAVORISER UNE CONSTRUCTION COLLECTIVE DES SAVOIRS

Récits & anecdotes

Tout le monde a des choses à raconter. Récits et anecdotes ne sont pas connectées au capital culturel ou au capital de savoir. Partir du vécu de chacun permet de libérer la parole de tou-te-s les participant-e-s. Cela permet aussi de partir de ce qui affecte chacune des personnes présentes.
Par exemple, plutôt que de demander à des mères au foyer « Que pensez-vous de la parentalité ? », leur demander plutôt « Quel moment en temps que maman a été le plus dur, et quel moment a été le plus gratifiant ? ».

Petite histoire / grande histoire

Interroger les participant-e-s sur leurs histoires personnelles. La rencontre de ces histoires permettra d’identifier un certain nombre de choses qui se jouent au-delà du personnel, au niveau du collectif.
– Par exemple : Raconte-moi un moment où tu as pris conscience de ta classe sociale. Raconte-moi un moment où tu as pris conscience de ton genre / de ton sexe. Raconte-moi ta première mobilisation collective. Raconte-moi ta première ou ta dernière déception politique. Raconte-moi un moment déclencheur de ton engagement.
– Autre exemple : Raconte-moi une chose qui ne fait pas sens pour toi dans ton travail. Raconte-moi un moment où tu t’es senti isolé et inutile dans ta structure. Raconte-moi qqch qui te met en difficulté dans ta structure. Etc.

Cadre à donner pour une écoute bienveillante :
– Que chacun-e fasse court dans ses réponses.
– Ne pas réagir aux anecdotes des autres : pas de commentaires, même bienveillants.

Cette méthode peut aller beaucoup plus loin : en lire une présentation sur le site de la SCOP Le Pavé.

Groupes d’interviews mutuels

Définir une consigne, plutôt du type « récits & anecdotes » ou « petite histoire / grande histoire », qui permette à chacun-e de s’exprimer sur la question du jour. Par groupe de 3, chacun-e répond à son tour à la consigne, les 2 autres pouvant poser des questions pour mieux comprendre. 10 minutes par personnes, soient 30 minutes pour faire le tour. Pas de retour en grand-groupe, ce serait trop laborieux. Préférer des mots-clefs sur des feuilles par exemple.

Lire une présentation détaillée sur le site de la SCOP Le Pavé.

Travailler l’imaginaire

Faisons « comme si », afin de libérer notre imaginaire, notre créativité et notre audace. Partir d’une consigne d’un idéal atteint : « Et si…, que ferait-on ? »

Doutes et certitudes

Sur tel sujet, quels sont vos doutes, et quels sont vos certitudes ? Permet de sortir de la langue de bois pour poser le débat…

Lire une présentation détaillée sur le site de la SCOP Le Pavé.

Rêves et colères

Un bon moyen de déterminer ce qui nous préoccupe et nous fait réagir : par 2, déterminer quels sont nos rêves, et quelles sont nos colères.

Débat mouvant

Une méthode pour comprendre les contradictions qui se jouent sur une question. L’animateur-e propose une affirmation, et les participant-e-s doivent se positionner en deux groupes : soit « d’accord », soit « pas d’accord ». Pas le droit de se positionner au milieu (certain-e-s acceptent des positions médianes, mais je préfère les positions tranchées, même si c’est parfois compliqué… Le droit de changer de camp au cours du débat sauve les indécis).
Chaque groupe prépare ses arguments en 5 minutes, puis le groupe minoritaire peut présenter un argument. C’est ensuite à l’autre groupe de présenter un argument, et ainsi de suite (mais pas trop longtemps).
Le but n’est pas de trouver une solution, mais de voir où se situe réellement les contradictions. Et il s’agit souvent de question de vocabulaire et de définition des concepts utilisés dans l’affirmation proposée par l’animateur-e.

Lire une présentation détaillée de cette méthode sur le site Outils-réseaux, et sur celui de la SCOP Le Pavé

Paroles boxées

En rond, chacun-e dispose d’un temps égal (jusqu’à 5 minutes)  pour dire qqch qu’il a sur le cœur, sans être interrompu par les autres. Chacun-e ne peut prendre la parole qu’une seule fois au cours de la session.

Lire une présentation détaillée sur le site de la SCOP Le Pavé.

Porteur de paroles

Dans l’espace public, le groupe d’animateur-e-s prépare une question ouverte, non polémique, qui interroge et laisse libre cours l’imagination. « Que faites-vous de votre temps libre ? », « Qu’est-ce que travailler ? », « Liberté, égalité, fraternité : lequel de ces trois termes vous touche le plus ? »… Éviter surtout que la question n’entraîne la création d’un cahier de doléances.
On écrit la question en gros sur un gros panneau, et on affiche celui-ci dans un endroit passant. On affiche quelques phrases-réponses « factices » autour, puis on va discuter avec les passant-e-s qui s’arrêtent pour lire la question et les réponses. Au fil de ces discussions, on affiche de nouvelles phrases-réponses autour de la question.

Lire une présentation détaillée de la méthode par la SCOP Le Pavé, et par Paroles partagées.

Brigade mobile

Un peu la même idée que le porteur de parole, sauf que la question est portée par un animateur-e qui déambule dans l’espace public et engage la discussion avec les passant-e-s.

Post-its

Répondre à une consigne par écrit et sur des post-its qu’on affiche ensuite au mur. Une méthode intéressante, récupérée largement par le monde de l’entreprise, et qui, si on essaie de synthétiser dès la première étape, avoir la conséquence d’appauvrir le débat au lieu de l’enrichir.

Éclairage par un-e expert-e

Croire que l’éducation populaire revient à refuser le savoir « savant » est une erreur. Elle revient à faire le lien avec le vécu et les savoirs expérientiels de chacun-e. Et, comme le disent les gens des SCOP d’éducation populaire, quand savoirs « chauds » et savoirs « froids » se rencontrent, cela ne donne pas des savoirs « tièdes », mais un orage !

Questionner la place des expert-e-s

Cela dit, questionner la place des expert-e-s n’est pas un luxe. Notre réflexe à tou-te-s, face à un expert-e, c’est de l’écouter, et, éventuellement de lui poser des questions pour qu’il précise certaines choses. Comme à l’école.
Je suis une fervente partisane de mettre en place une démarche inverse : sur le sujet du jour, prendre un temps conséquence pour que les participant-e-s réfléchissent à ce qu’ils savent, et ce qu’ils aimeraient savoir (cela peut se faire selon la méthode de l’escargot ci-après). Ces éléments pourront être communiqués à l’expert-e, qui aménagera son intervention en fonction de cela. S’il est bon-ne, ça ne devrait pas lui poser de problème. Et cela met les participant-e-s dans une démarche active.

L’escargot de la connaissance

Sur le sujet du jour, chacun prend quelques minutes pour faire le point sur ce qu’il sait. Puis on donne la consigne que chacun-e dira au groupe une chose qu’il sait. Et la première personne qui prendra la parole sera celle qui pense en savoir le moins. Ainsi, chacun-e aura qqch à dire, et ensemble on dressera un tableau conséquent concernant le sujet. Ce tableau pourra ensuite être complété par un-e expert-e par exemple. Mais on s’apercevra qu’on en savait déjà beaucoup.

Arpentage

Il s’agit de se partager la lecture d’un texte ou d’un livre. Chacun-e, ou par 2 ou 3, est chargé de lire une partie du livre, puis de le présenter au groupe.
Au final, on aura collectivement connaissance de l’ensemble du livre, en en n’ayant lu individuellement qu’une petite partie. Et notre contribution aura apporté à l’ensemble du groupe.

Lire une présentation détaillée sur le site de la SCOP Le Pavé.

ANALYSER LES CONTRADICTIONS

Positionnement stratégique

Sur une idée, il s’agit de se positionner physiquement dans un espace défini par deux axes :
– Le premier, un axe « d’accord / pas d’accord », qui revient à celui du débat mouvant sauf qu’on accepte les positionnement médians.
– Le second, perpendiculaire au premier, un axe « faisable / pas faisable ».
Cette méthode permet de voir si les blocages portent sur le fond ou sur la faisabilité.

Gros débat

Permet de traiter plusieurs questions en parallèle. Prévoir plusieurs tables de débat. Sur chaque table, une question à débattre.  Les participant-e-s sont libres d’aller à la table qui les intéresse, et de changer de table quand ils le souhaitent. Un-e animateur-e par table a la responsabilité de prendre en compte l’ensemble des débats qui auront pu être menés au fil des passages des différent-e-s participant-e-s.

Lire une présentation détaillée sur le site de la SCOP Le Pavé.

Problème / idéal / proposition

Pour traiter d’une question, procéder en quatre étapes :
– C’est quoi le problème ?
– Dans l’idéal, qu’aurait-on ?
– Propositions
– Mise en œuvre : on fait quoi ?

Débat butiné / en étoile / en pétale

Cette technique permet de travailler en sous-groupe en évitant les longs temps de compte-rendu de ce qu’il s’est dit dans les autres groupes.
Prévoir plusieurs tables de débat autour du même thème. Régulièrement, les débats par tables s’arrêtent, et un-e porte-parole de chaque table rejoint une table « centrale ».Les portes-paroles vont alors échanger. L’ensemble des participant-e-s écoutent leurs échanges, mais seul-e-s les portes-paroles peuvent parler.
Puis le débat « central » s’arrête, et les débats « par table » reprennent en fonction de ce qu’il s’est dit en « central ». Et ainsi de suite. Les portes-paroles peuvent changer à chaque fois (et c’est même conseillé). Le tout jusqu’à ce qu’un consensus se dégage.

Lire une présentation détaillée sur le site de la SCOP Le Pavé.

Théâtre forum

Également appelé Théâtre de l’opprimé. Une scène est jouée, dans laquelle un personnage ne parvient pas à défendre un droit légitime. À l’issue de la scène, les spectateur-e-s sont invité-e-s à reprendre le rôle de tel ou tel personnage afin de faire évoluer la scène vers une résolution autre que l’originale. Il s’agit d’expérimenter ensemble des hypothèses, des solutions possibles. L’animateur-e tient une place fondamentale pour conduire la réflexion collective le plus loin possible.

Voir la Compagnie du Théâtre de l’Opprimé,

Enquête conscientisante

Il s’agit, au travers d’une discussion basée sur un questionnaire, de comprendre que les situations vécues individuellement dépendent de conditions structurelles. L’enquête conscientisante n’est pas une démarche de recueil : il s’agit d’interpréter ensemble les donner et de rechercher des pistes d’action.
L’enquêteur n’est pas extérieur au sujet : il est impliqué. Il s’engage dans un rapport de réciprocité, et, au cours de l’entretien, va parler autant que la personne qu’il rencontre. Il s’agit d’une réelle discussion, au cours de laquelle les deux interlocuteurs vont apprendre de l’autre.

Trois parties dans le questionnaire :
1- Identifier les problématiques individuelles / sectorielles / locales, à partir de récits et d’anecdotes.
2- Chercher la cause derrière les faits. Amener de la complexité, forcer le dépassement. « Si ta structure avait plus d’argent, qu’est-ce que cela changerait ? », « S’il y avait plus de flics, qu’est-ce que cela changerait ? »
3- Dégager des perspectives d’action, dans l’objectif de se redonner du pouvoir d’agir. Et pour cela :=> Des questions « entonnoirs » : pour réduire le champ auquel on va s’attaquer.
=> Des questions « imaginaire » : des récits de victoire pour développer son optimisme et son audace.
=> Des questions « mobilisation » : Quand est-ce qu’on commence ?

Lire une présentation détaillée par Paul Masson, ainsi que sur le site de la SCOP Le Pavé.

Entraînement mental

Il s’agit d’une méthode de complexification. Là on où a l’habitude de passer directement des faits aux solutions, l’entraînement mental nous invite à complexifier en 4 étapes :
1- Les faits : quelle est la situation concrète insatisfaisante ? (formulée en « je » / réalités objectives / avis et ressentis pris en compte comme des faits)
2- La problématisation : quel est le problème ? Étudier les conséquences, élargir le point de vue. Distinguer les registres éthiques et pragmatiques.
3- Pourquoi est-ce ainsi ? Aller vers les causes, les explications. Comprendre les causes et les distinguer des conséquences.
4- Solutions. Distinguer l’urgent de l’important.

Cette méthode a été développée dans le cadre de l’association Peuple et Culture. Elle est diffusée aujourd’hui par le réseau des Crefad. En lire une présentation détaillée sur le site de la SCOP Le Pavé. Voir aussi le site entrainement-mental.info.

PRENDRE DES DÉCISIONS COLLECTIVES

Privilégier le politique ou le pragmatisme ?

Pour prendre une décision, la première chose est de définir collectivement sur quel critère le choix va être réalisé : critère stratégique et politique (la meilleure proposition), ou critère pragmatique (la proposition la plus réalisable).

Si on choisit de privilégier le politique, le débat en étoile peut être une bonne méthode.
Si on choisi le pragmatisme, on peut demander, pour chaque proposition, aux participant-e-s de se positionner : sont-ils prêts ou non à mettre du temps et de l’énergie pour réaliser cette proposition ? On peut utiliser pour cela un placement physique dans 2 grands cercles concentriques. On retiendra la ou les propositions qui mobilisent des participant-e-s.

La boule de neige

Commencer par essayer de trouver une position de compromis 2 par 2. Puis réunir les groupes par 2, constituant ainsi des groupes de 4. Et ainsi de suite jusqu’à reconstituer le groupe entier.
Attention, si cette technique est intéressante pour conclure, elle a pour effet d’écraser les positions minoritaires ou extra-ordinaires puisqu’elle vise la recherche d’un consensus, lequel est le plus souvent peu imaginatif…

Lire une présentation détaillée sur le site de la SCOP Le Pavé.

Le vote

Majorité absolue ? Majorité relative ? Majorité qualifiée ? Attention, le vote ne doit arriver qu’après la réflexion, sinon il risque d’être le niveau zéro de la démocratie.
Suite à un vote, il faut également réfléchir à la reconnaissance des positions minoritaires, si on en veut pas tomber dans une dictature de la majorité.
À ce titre, on peut imaginer de demander aux personnes mises en minorité par un vote si elles « consentent » à accepter le résultat du vote. « Consentir », cela signifie qu’on accepte la décision collective malgré le fait qu’on ne soit pas d’accord sur le fond. Cela permet de reconnaître qu’il existe des désaccords sur la décision prise, et qu’il sera probablement pertinent de rouvrir régulièrement le débat.

L’élection sans candidature

Ne se présentent à une élection que des personnes qui se croient dignes d’être élues. Le processus par candidatures est donc profondément inégalitaire puisque, par sa forme même, il exclue tous celles et ceux qui sont dans une position dominée. Réaliser une élection dans candidature permet de pallier en partie ce problème.
– Étape 1 : définir collectivement ce qu’il sera attendu des personnes élues.
– Étape 2 : chacun-e vote pour la personne qu’il souhaite, sur un bulletin de vote dit « bienveillant » qui comporte le nom du votant-e.
– Étape 3 : on dépouille les votes. Chaque votant-e est invité-e à expliquer pourquoi il a voté pour telle ou telle personne. On assiste donc à un tour de table de compliments.
– Étape 4 : on peut procéder à un second tour entre les 2 ou 3 personnes qui ont reçu le plus de suffrages.
– Étape 5 : la personne élue peut refuser le mandat qui lui est donné (auquel cas on passe à la personne en seconde place). Cela dit, le plus souvent les personnes acceptent, car elles ont entendu les raisons qui ont motivé le fait de voter pour elle, et la confiance qui lui ai faite.

Cette méthode permet réellement de mandater des personnes autres que celles qui sont habituellement mandatées dans des processus de vote avec candidature ou de volontariat.

Lire une présentation détaillée sur le site de la SCOP Le Pavé.

Le consentement sociocratique

En amont de la réunion, préparer une proposition martyre.
Au cours de la réunion, on va organiser plusieurs séquences :
– Un tour de questions de compréhensions
– Un tour de points de vigilance : « attention, si on fait ça… »
– Un tour de désaccords : les participants peuvent alors poser des véto sur les points qui les dérangent profondément, sous la forme « je ne supporte pas l’idée que… »
– À la suite de quoi on travaillera à une meilleure proposition, qui intègrera tous les désaccords, et le plus de vigilances possibles.
– On fera ensuite un tour de consentement. Si une personne ne consent pas, elle doit faire une meilleure proposition au sens sociocratique. Si elle ne peut pas faire une meilleure proposition (qui prend en compte les désaccords et les vigilances), elle doit consentir.

En lire plus sur sociocratie.net, ou sur le Centre français de sociocratie. Lire également ce qu’en dit la SCOP Le Pavé.

Écrire un texte avec des petits papiers

Écrire un texte d’orientation ensemble, c’est souvent difficile. Cette méthode peut aider : après un temps de discussion générale, chacun prend quelques minutes pour écrire :

  • Sur un papier blanc, ce à quoi il veut que ce texte serve
  • Sur des papiers verts (environ 3 par personne), ce qu’il veut absolument voir figurer dans le texte
  • Sur des papiers rouges (idem), ce qu’il ne veut absolument pas voir figurer dans le texte

De retour en groupe, chacun lit son papier blanc et on accroche tout ces éléments au mur, en les regroupant le cas échéant. Idem ensuite avec les papiers verts, puis avec les papiers rouges.
On peut alors écrire collectivement un plan détaillé du texte, qui prenne en considération le plus possible de ces papiers. Il ne restera plus ensuite qu’à rédiger tout cela (ça a l’air simple, dit comme ça !)

CONSTRUIRE LA MOBILISATION COLLECTIVE

Le Community organizing

Une méthode mise en œuvre par Saul Alinsky aux États-Unis à partir de la fin des années 30.
Il s’agit, pour des « organisateurs », de s’immerger dans un quartier pour rencontrer le plus de personnes possibles, et notamment les « leaders sociaux », et d’identifier les « colères » qui les réunissent. Le pouvoir de ceux qui n’ont pas le pouvoir étant leur nombre, il va s’agir de se rassembler pour construire un rapport de force avec les institutions, et notamment le décideur qui aura été identifié comme ayant le pouvoir de signer. Ce rapport de force va se construire au travers d’actions collectives, le plus souvent non-conventionnelles.

Par « colère », on désigne un sentiment d’injustice et de frustration. Les colères qui seront prises en compte doivent :
– Se rapporter à un conflit de nature institutionnelle. Les colères doivent être verticales, et non horizontales. On se situe dans une perspective de type « lutte des classes ».
– Être rassembleuses. Prendre conscience qu’on n’est pas seul-e à avoir ce problème.
– Amener à un combat qui soit gagnable. La cible doit être précise et atteignable. Ainsi, on ne va pas s’attaquer « au capitalisme » : on doit savoir où habite la personne que l’on vise.

Le Community organizing vise à faire avancer des revendications légitimes portées par les habitants des quartiers populaires. Et, par là, à construire des mobilisations collectives, et ceci d’autant plus que chaque lutte fera alliance avec les autres luttes en cours. C’est pourquoi l’organisateur suivra toujours la règle d’or suivante : « Il ne faut pas faire pour les gens ce qu’ils peuvent faire par eux-mêmes ».

Pour en savoir plus :
– Article : Community organizing, ce que c’est, ce que ce n’est pas
– Article : « Rules for radicals », de Saul Alinsky
– Article : Donner du pouvoir au peuple, pas aux élites – Saul Alinsky
– Site de l’Alliance Citoyenne grenobloise

Les marches de l’engagement

Identifier les différentes « marches » qui permettent de s’engager petit à petit. Plus les marches sont grandes (et moins il y en a), plus cela favorise les niveaux culturels élevés. Inventer donc des marches intermédiaires.

Identifier les alliés

Qui sont nos alliés ? Qui, au contraire, nous est plutôt hostile ?
Dans ces deux catégories, qui a un engagement en ce sens plutôt faible ou fort ?
Ce travail peut se faire à partir de 2 axes (le 1er : alliés / hostiles, le 2è : engagement faible / fort).
Savoir à qui on parle, afin de ne pas dépenser de l’énergie pour rien. Quand on manifeste : à qui on parle ?

Pédagogie du changement

Identifier qui a à perdre ou à gagner avec le changement que nous souhaitons. Ne pas oublier les bénéfices secondaires, ceux qui ne sont pas directement liés à la situation, mais qui, si la situation change, changeraient.

Une réflexion au sujet de « Méthodes en vrac »

  1. Merci beaucoup pour cette mine d’or.
    J’ai pratiqué le débat mouvant et maintenant nous allons essayer l’arpentage au sein de Attac Liège. Qui veut améliorer ses pratiques d’éducation populaire et permanente.

    Je viens de trouver ici des explications claires permettant de mieux comprendre et d’affiner la pratique.

    Je reviendrai. Merci

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