Culture of resistance

Education populaire & démocratie

Une pédagogie de la démocratie

Parce qu’elles ont pour objectif de politiser le plus grand nombre, les démarches d’éducation populaire constituent une pédagogie de la démocratie.


S’agit-il de « civisme » ou de « citoyennisme » ?

Nullement. Là où l’éducation civique communément pratiquée, notamment dans le système scolaire, vise le maintien de l’ordre et de la paix sociale – voter utile, ramasser le papier par terre, tenir la porte à la vieille dame –, l’éducation populaire ambitionne de faire émerger des esprits critiques, revendicatifs, contestataires. Non pas pour se singulariser et prendre la pose du rebelle grande-gueule, mais pour susciter l’action collective.

C’est une démarche qui encourage la montée en puissance des personnes, individuellement et collectivement. Elle s’appuie sur la mémoire des luttes, et pratique une démocratie vivante, c’est-à-dire autogestionnaire.

« Une société sans une certaine tolérance vis-à-vis de la conflictualité ne se condamne pas à la paix et l’harmonie, elle se condamne à l’affrontement », disait le philosophe Miguel Benasayag dans une interview après la mort de Rémi Fraisse à Sivens (lire ici). Et c’est vrai. Parce qu’ils sont indispensables à un fonctionnement démocratique, l’éducation populaire valorisera toujours la conflictualité, les débats contradictoires, la complexité de la pensée et l’absence de solutions miracles, venant résoudre tous les problèmes de l’extérieur.


De la diversité des stratégies

L’éducation populaire peut, et sans doute doit, investir trois niveaux stratégiques.

Sans le pouvoir

Les expériences alternatives menées en dehors du système dominant ont valeur d’exemplarité, même si leur généralisation semble impossible : les Amap ne vont certainement pas entraîner l’extinction des hypermarchés, la presse indépendante ne va pas ruiner les grands groupes de médias, les écoles alternatives ne vont pas saper les bases de l’Éducation nationale et les quelques coopératives autogérées qui existent ne vont pas liquider le mode de production capitaliste. Néanmoins, ces « alternatives en acte » constituent des contre-exemples, la preuve qu’on peut faire autrement, que le modèle capitaliste n’est pas le seul possible.

Contre le pouvoir

S’opposer au système en place, le remettre en cause, en dénoncer la violence et l’absurdité, c’est aussi constitutif de l’éducation populaire. L’action politique a des effets sur la société, mais plus encore sur les militantes et les militants qui, à mesure qu’ils embrassent une cause, « tuent les flics qu’ils ont dans la tête ». La contestation du système, même la moins radicale, relève de cette démarche.

Avec le pouvoir

Il peut exister des espaces de subversion au sein du système. C’est ce que peuvent pratiquer par exemple, à force de patience et d’opiniâtreté, les partisanes et les partisans d’une alternative pédagogique qui agissent au sein de l’Éducation nationale, ou bien les militantes et les militants autogestionnaires qui travaillent dans les structures institutionnalisées dites d’éducation populaire.

Qu’on le veuille ou non, ces trois stratégies interagissent, et c’est tant mieux. Si la séparation était étanche, le risque serait que chacune, s’autosuffisant, se déconnecte d’un projet de transformation globale (pour la première), réelle (pour la deuxième) et radicale (pour la troisième) de la société.


 Le leurre de la « participation »

L’histoire récente de ce qu’on appelle la participation naît autour du général de Gaulle, avec l’idée de « participation des salariés aux entreprises ». Mais, parallèlement, ce sont les mouvements sociaux de 1968 qui ont fait du mot « participation » un mot politique.

L’idée a ensuite quelque peu disparu, pour réapparaître dans les années 1990, cette fois encore sous deux formes : d’un côté, à Porto Alegre, et de l’autre avec la Banque Mondiale et le FMI.

La démocratie participative

Aujourd’hui, le concept de « démocratie participative » permet de continuer sans rien changer. S’en revendiquer veut provoquer une sorte de cure de jouvence pour la démocratie, mais sert surtout à fabriquer du consentement. Le vocable « démocratie représentative » » ne désigne aujourd’hui pas une volonté de transformation politique de la société.


À lire aussi :
  • Qu’est-ce que l’éducation populaire ? Ici
  • L’éducation populaire : pour quoi faire ? Ici
  • De la prise de conscience à l’émancipation. Ici
  • Éducation populaire et culture. Ici
  • La production et la diffusion des savoirs. Ici
  • Histoire de l’éducation populaire. Ici

Une réflexion au sujet de « Education populaire & démocratie »

  1. Bonjour!

    Merci pour votre travail et pour toutes les informations que l’on trouve sur votre site. Votre évocation dans cet article d’une politique participative et des dangers qu’elle porte m’intéresse particulièrement, auriez-vous des références (textes, sites, vidéos…) à me conseiller pour aller plus loin sur ces questions? Merci!

    Antonin

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