Photos & Chansons / 101-120

Trous« J’suis le poinçonneur des Lilas
Le gars qu’on croise et qu’on n’regarde pas
Y a pas de soleil sous la terre
Drôle de croisière
Pour tuer l’ennui j’ai dans ma veste
Les extraits du Reader Digest
Et dans c’bouquin y a ecrit
Que des gars s’la coulent douce à Miami
Pendant c’temps que je fais l’zouave
Au fond de la cave
Parait qu’il y a pas de sots métiers
Moi j’fais des trous dans les billets

J’fais des trous des p’tits trous encore des p’tits trous
Des p’tits trous des p’tits trous toujours des p’tits trous
Des trous de seconde classe
Des trous d’première classe
J’fais des trous des p’tits trous encore des p’tits
Des p’tits trous des p’tits trous toujours des p’tits trous
Des petits trous des petits trous des petits trous des petits trous.

J’suis le poinçonneur des Lilas
Pour Invalides changer à Opéra
Je vis au cœur d’la planète
J’ai dans la tête
Un carnaval de confettis
J’en amène jusque dans mon lit
Et sous mon ciel de faïence
Je n’vois briller que les correspondances
Parfois je rêve je divague
Je vois des vagues
Et dans la brume au bout du quai
J’vois un bateau qui vient m’chercher

Pour sortir de ce trou où j’fais des p’tits trous (…)
Mais le bateau se taille
Et j’vois que j’déraille
Et je reste dans mon trou à faire des p’tits trous (…)

J’suis le poinçonneur des Lilas
Arts et Métiers direct par Levallois
J’en ai marre j’en ai ma claque
De ce cloaque
J’voudrais jouer la fille de l’air
Laisser ma casquette au vestiaire
Un jour viendra j’en suis sûr
Où j’pourrai m’évader dans la nature
J’partirai sur la grande route
Et coûte que coûte
Et si pour moi il est plus temps
Je partirai les pieds devant

J’fais des trous des p’tits trous encore des p’tits trous (…)
Y a d’quoi d’venir dingue
De quoi prendre un flingue
S’faire un trou un p’tit trou un dernier p’tit trou
Un p’tit trou un p’tit trou un dernier p’tit trou
Et on m’mettra dans un grand trou et
j’n’entendrais plus parler d’trous
Plus jamais d’trous de petits trous des petits trous, des petits trous »

Serge Gainsbourg
Le poinçonneur des Lilas
Merci Marie pour la photo et l’idée de chanson !
[Photo : Chez M&P, Orne]
-101-


Bijou« Bijou, bijou, te réveille pas surtout
Je n’vais pas faire de bruit, juste un café c’est tout
Je peux plus rester ici, j’dormirai j’sais pas où

Bijou, bijou, le temps ça pourrit tout
Les ch’veux dans l’lavabo, et les mégots n’importe ou
Et puis tu prends ton bain, avec de drôles de joujoux

Bijou, bijou, y’a des feux rouges partout
Puis au coin de la rue l’armée du salut qui joue
À ma montre y’a plus de chaîne
À mes cols d’chemise plus de baleine

Bijou, bijou, pense à tes rendez-vous
Rapp’ler le gynéco
Passer à la banque prendre des sous
Trouver quelqu’un d’autre
Moi j’mets les bouts

Bijou, bijou
J’pourrai pas t’dire au revoir
C’matin j’ai pas l’bambou
Putain ce que t’as été belle
Quand tu t’mettais à g’noux

Bijou, bijou
Je vais pas fair’de bruit, juste un café c’est tout
J’peux plus rester ici, j’dormirai j’sais pas où »

Alain Bashung
Bijou
[Photo : Boulogne-Billancourt, 92]
-102-


« Un peu spéciale, elle est célibataire
Le visage pâle, les cheveux en arrière, et j’aime ça
Elle se dessine sous des jupes fendues
Et je devine des histoires défendues, c’est comme ça
Tell’ment si belle quand elle sort
Tell’ment si belle, je l’aime tell’ment si fort

Elle a les yeux revolver, elle a le regard qui tue
Elle a tiré la première, m’a touché, c’est foutu
Elle a les yeux revolver, elle a le regard qui tue
Elle a tiré la première, elle m’a touché, c’est foutu

Un peu larguée, un peu seule sur la terre
Les mains tendues, les cheveux en arrière, et j’aime ça
A faire l’amour sur des malentendus
On vit toujours des moments défendus, c’est comme ça
Tell’ment si femme quand elle mord
Tell’ment si femme, je l’aime tell’ment si fort

Elle a les yeux revolver (…)

Son corps s’achève sous des draps inconnus
Et moi je rêve de gestes défendus, c’est comme ça
Un peu spéciale, elle est célibataire
Le visage pâle, les cheveux en arrière, et j’aime ça
Tell’ment si femme quand elle dort
Tell’ment si belle, je l’aime tell’ment si fort

Elle a les yeux revolver (…)
C’est foutu »

Marc Lavoine
Les yeux révolvers
[Photo : Paris XIè]
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« Monsieur le président, je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être si vous avez le temps.
Je viens de recevoir mes papiers militaires
Pour partir à la guerre avant mercredi soir.
Monsieur le président, je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre pour tuer de pauvres gens.
C’est pas pour vous fâcher, il faut que je vous dise,
Ma décision est prise, je m’en vais déserter.

Depuis que je suis né, j’ai vu mourir mon père,
J’ai vu partir mes frères et pleurer mes enfants.
Ma mère a tant souffert qu’elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes et se moque des vers.
Quand j’étais prisonnier, on m’a volé ma femme,
On m’a volé mon âme, et tout mon cher passé.
Demain de bon matin je fermerai ma porte
Au nez des années mortes, j’irai sur les chemins.

Je mendierai ma vie sur les routes de France,
De Bretagne en Provence et je dirai aux gens:
«Refusez d’obéir, refusez de la faire,
N’allez pas à la guerre, refusez de partir.»
S’il faut donner son sang, allez donner le vôtre,
Vous êtes bon apôtre, Monsieur le président.
Si vous me poursuivez, prévenez vos gendarmes
Que j’emporte des armes et que je sais tirer. »

Boris Vian
Le déserteur

C’est là la fin originelle du poème. Elle a été changée pour permettre la diffusion grand public de la chanson. La version diffusée à donc été :
« Que je n’aurai pas d’armes, et qu’ils pourront tirer »
Ce changement est bien dommage, car le pacifisme politique n’implique pas de prendre un rôle de martyr-e et de subir la violence sans se défendre

[Photo : Beyrouth, 2012]
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« Quand au bout d’huit jours, le repos terminé
On va reprendre les tranchées
Notre place est si utile, que sans nous on prend la pile
Mais c’est bien fini, on en a assez, personne ne veut plus marcher
Et le cœur bien gros, comme dans un sanglot
On dit adieu aux civ’lots
Même sans tambours, même sans trompettes
On s’en va là-bas en baissant la tête

[Ref] Adieu la vie, adieu l’amour, adieu toutes les femmes
C’est bien fini, c’est pour toujours de cette guerre infâme
C’est à Craonne sur le plateau qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous des condamnés
C’est nous les sacrifiés

Huit jours de tranchée, huit jours de souffrance
Pourtant on a l’espérance
Que ce soir viendra la r’lève, que nous attendons sans trêve
Soudain dans la nuit et dans le silence, on voit quelqu’un qui s’avance
C’est un officier de chasseurs à pied, qui vient pour nous remplacer
Doucement dans l’ombre, sous la pluie qui tombe
Nos pauvr’ remplaçants, vont chercher leurs tombes

[Ref]

C’est malheureux d’voir sur les grands boulevards
Tous ces gros qui font la foire
Si pour eux la vie est rose, pour nous c’est pas la même chose
Au lieu d’se cacher, tous ces embusqués
F’raient mieux d’monter aux tranchées
Pour défendre leurs biens, car nous n’avons rien
Nous autres les pauv’ purotins
Et les camarades sont enterrés là
Pour défendr’ les biens de ces messieurs là

[Ref] Ceux qu’ont le pognon, ceux-là reviendront
Car c’est pour eux qu’on crève
Mais c’est fini, nous, les troufions, on va se mettre en grève
Ce sera vot’ tour messieurs les gros, de monter sur le plateau
Car si vous voulez faire la guerre, payez-la de votre peau »

La chanson de Craonne
[Photo : Jérusalem Ouest, 2013]
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« Je veux dédier ce poème à toutes les femmes qu’on aime
Pendant quelques instants secrets
A celles qu’on connaît à peine, qu’un destin différent entraîne
Et qu’on ne retrouve jamais

A celle qu’on voit apparaître une seconde à sa fenêtre
Et qui, preste, s’évanouit
Mais dont la svelte silhouette est si gracieuse et fluette
Qu’on en demeure épanoui

À la compagne de voyage dont les yeux, charmant paysage
Font paraître court le chemin
Qu’on est seul, peut-être, à comprendre
Et qu’on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré la main

À celles qui sont déjà prises et qui, vivant des heures grises
Près d’un être trop différent
Vous ont, inutile folie, laissé voir la mélancolie
D’un avenir désespérant

Chères images aperçues, espérances d’un jour déçues
Vous serez dans l’oubli demain
Pour peu que le bonheur survienne, il est rare qu’on se souvienne
Des épisodes du chemin

Mais si l’on a manqué sa vie , on songe avec un peu d’envie
A tous ces bonheurs entrevus
Aux baisers qu’on n’osa pas prendre
Aux cœurs qui doivent vous attendre
Aux yeux qu’on n’a jamais revus

Alors, aux soirs de lassitude, tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir
On pleure les lèvres absentes de toutes ces belles passantes
Que l’on n’a pas su retenir »

Georges Brassens
Les passantes
[Photo : Paris XIXè]
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« Le gars était un tâcheron, n’ayant que ses bras pour fortune
La fille celle du patron, un gros fermier de la commune
Ils s’aimaient tous deux tant et plus
Ils s’aimaient tous deux tant et plus

Écoutez ça, les bonnes gens
Petits de cœur et gros d’argent
Écoutez ça ils s’aimaient tant et plus
L’amour, ça se fout des écus

Lorsqu’ils s’en revenaient du bal, par les minuits clairs d’assemblée
Au risque d’un procès-verbal, ils faisaient de larges roulées
Au plein des blés profonds et droits
Au plein des blés profonds et droits

Écoutez ça, les bonnes gens
Qu’un bicorne rend grelottants
Écoutez ça des blés profonds et droits
L’amour, ça se fout de la loi

Un jour s’en furent tous deux prier, elle son père, et lui son maître
De les laisser se marier, mais le vieux les envoya paître
Alors ils prirent la clé des champs
Alors ils prirent la clé des champs

Ecoutez ça, les bonnes gens
Qui respectez les cheveux blancs
Écoutez ça ils prirent la clé des champs
L’amour, ça se fout des parents

S’en fu-rent dans quelque cité, loin des labours et des jachères
Passèrent ensemble un été, puis tout d’un coup ils se fâchèrent
Et se quittèrent bêtement
Et se quittèrent bêtement

Écoutez ça, les bonnes gens
Mariés, cocus et puis contents
Écoutez ça ils s’quittèrent bêtement
L’amour, ça se fout des amants »

Amour anarchie
Poème Gaston Couté
Mis en musique par Marc Robine
[Photo : souvenir personnel]
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« Si tu t’en vas, si tu t’en vas un jour, tu m’oublieras
Les paroles d’amour ça voyage pas
Si tu t’en vas, la mer viendra toujours vers le rivage
Les fleurs sauvages, dans les blés lourds
Viendront toujours

Si tu t’en vas, si tu t’en vas un jour, tu m’oublieras
Les blessures d’amour ne s’ouvrent pas
Si tu t’en vas, la source ira toujours grossir le fleuve
Les amours neuves, vers les beaux jours
Iront toujours

Si tu t’en vas, si tu t’en vas un jour, tout finira
Les choses de l’amour, ne vivent pas
Si tu t’en vas, la mort vaincra toujours la fleur de l’âge
C’est son ouvrage, malgré l’amour
Qui meurt toujours

Si tu t’en vas, si tu t’en vas un jour, rappelle-toi
Les paroles d’amour ne s’envolent pas
Si tu t’en vas, au-delà de la vie vers la lumière
Où les prières n’arrivent plus
Elles sont perdues

Si tu t’en vas, si tu t’en vas un jour, dans ces coins-là
Nous parlerons d’amour, comme autrefois
Si c’est possible… »

Léo Ferré
Si tu t’en vas
[Photo : Istanbul, 2011]
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« La rage du peuple (X4)
Ok, on a la rage mais c’est pas celle qui fait baver
Demande à Fabe, la vie claque comme une semelle sur les pavés
La rage de voir nos buts entravés, de vivre en travers
La rage gravée depuis bien loin en arrière
La rage d’avoir grandi trop vite quand des adultes volent ton enfance
Imagine un mur et abolis la rage
Car impossible est cette paix tant voulue
La rage de voir autant de CRS armés dans nos rues
La rage de voir ce putain de monde s’autodétruire
Et que ce soit toujours des innocents au centre des tirs
La rage car c’est l’homme qui a crée chaque mur
Se barricader de béton, aurait-il peur de la nature ?
La rage car il a oublié qu’il en faisait parti,
Désharmonie profonde
Mais dans quel monde la Colombe est partie ?
La rage d’être autant balafré par les piquants des normes
Et puis la rage, ouais la rage d’avoir la rage depuis qu’on est mômes

(Refrain)
Parce qu’on a la rage, on restera debout quoi qu’il arrive
La rage d’aller jusqu’au bout et là où veut bien nous mener la vie
Parce qu’on a la rage, on pourra plus s’taire ni s’asseoir dorénavant
On s’tiendra prêt parce qu’on a la rage, le cœur et la foi
Parce qu’on a la rage, on restera debout quoi qu’il arrive
La rage d’aller jusqu’au bout au delà où veut bien nous mener la vie
Parce qu’on a la rage, rien ne pourra plus nous arrêter
Insoumis, sage, marginal, humaniste ou révolté

La rage parce qu’on choisit rien et qu’on subit tout le temps
Et vu que leurs choix sont bancales
Et bien tout équilibre fout le camp
La rage car l’irréparable s’entasse depuis un bout de temps
La rage car qu’est ce qu’on attend
Pour s’mettre debout et foutre le boucan
La rage c’est tout ce qu’ils nous laissent
T’façon tout ce qui nous reste
La rage, combien des nôtres finiront par retourner leur veste
La rage de vivre et de vivre l’instant présent
De choisir son futur libre et sans leurs grilles d’oppression
La rage, car c’est la merde et que ce monde y adhère
Et parce que tout leurs champs OGM stérilisent la Terre
La rage pour qu’un jour l’engrenage soit brisé
Et la rage car trop lisent Vérité à sur leur écran télévisé

La rage car ce monde ne nous correspond pas
Nous nourrissent de faux rêves pour placer leur rempart
La rage car ce monde ne nous correspond pas
Où Babylone s’engraisse pendant qu’on crève en bas

(Refrain)

La rage d’y croire et de faire en sorte que ça bouge
La rage d’un Chirac, d’un Sharon, d’un Tony Blair ou d’un Bush
La rage car ce monde voit rouge mais de grisailles entouré
Parce qu’ils n’entendent jamais les cris lorsque le sang coule
La rage car c’est le pire que nous frôlons
La rage car l’Occident n’a toujours pas ôté sa tenue de colons
La rage car le mal tape sans cesse trop
Et que ne sont plus mis au goût du jour
Tant de grands savoirs ancestraux
La rage, trop de mensonges et de secrets gardés
Les luttes de nos Etats, riche de vérité, pouvoir changer l’humanité
La rage car ils ne veulent pas que ça change
Préférant garder leur pouvoir et nous manipuler comme leurs engins
La rage car on croit aux anges et qu’on a choisit de marcher avec eux
La rage parce que mes propos dérangent
Vois aux quatre coins du globe, la rage du peuple en ébullition
La rage, ouais la rage ou l’essence de la révolution

(Refrain x2)

Anticapitalistes, altermondialistes
Ou toi qui cherche la vérité sur ce monde
La résistance de demain
À la veille d’une révolution mondiale et spirituelle
La rage du peuple, la rabbia del pueblo
Parce qu’on a la rage, celle qui fera trembler tes normes
Parce qu’on a la rage… »

Keny Arkana
La rage
[Photo : Derry, Irlande, 2010]
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« Nager dans les eaux troubles des lendemains, attendre ici la fin
Flotter dans l’air trop lourd du presque rien, à qui tendre la main
Si je dois tomber de haut, que ma chute soit lente
Je n’ai trouvé de repos, que dans l’indifférence
Pourtant, je voudrais retrouver l’innocence
Mais rien n’a de sens, et rien ne va
Tout est chaos, à  côté
Tous mes idéaux : des mots abimés
Je cherche une âme, qui pourra m’aider
Je suis d’une génération désenchantée, désenchantée

Qui pourrait m’empêcher de tout entendre
Quand la raison s’effondre
A quel saint se vouer, qui peut prétendre
Nous bercer dans son ventre
Si la mort est un mystère, la vie n’a rien de tendre
Si le ciel a un enfer, le ciel peut bien m’attendre
Dis moi, dans ces vents contraires comment s’y prendre
Plus rien n’a de sens, plus rien ne va

Tout est chaos, à côté
Tous mes idéaux : des mots abimés
Je cherche une âme, qui pourra m’aider
Je suis d’une génération désenchantée, désenchantée »

Mylène Farmer
Désenchantée
[Photo : Paris XIè, fin de manif du 1er mai]
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À suivre….