Les décisions absurdes (2) : comment les éviter ? – Christian Morel

Dans le premier tome de Les décisions absurdes, Christian Morel identifiait et analysait les mécanismes qui conduisent les individus et organisations à produire avec constance des erreurs « radicales et persistantes ». Dans ce deuxième tome (Folio essais, 2013), il propose des façons d’éviter ces erreurs.

Cet ouvrage, comme le précédent, est extrêmement intelligent et stimulant. Christian Morel y illustre ses propos de très nombreux exemples concrets issus des secteurs professionnels à haut risque (aviation, NASA, marine nucléaire, chirurgie médicale) mais aussi d’autres types d’activités collectives (alpinisme avec risque d’avalanche, création collective de textes). Il nous donne à voir, avec beaucoup de clarté, les effets pervers des dynamiques de groupe qu’il s’agit d’éviter. Et il nous propose ce qu’il appelle des « métarègles » pour développer une contre-culture de la fiabilité.

Si la lecture de cet ouvrage peut faire naître quelques angoisses à l’idée de prendre l’avion ou surtout de subir une opération chirurgicale, il est cependant plein d’optimisme en ce qu’il ne se contente pas de décrire : il propose de très nombreuses pistes concrètes pour améliorer la fiabilité des fonctionnements collectifs.

À noter que les principes sur lesquels s’appuie Christian Morel, à commencer par les biais cognitifs, sont utilisés par les économistes comportementaux pour promouvoir ce qu’on appelle les « nudges », des incitations « douces » qui exploitent ces biais pour influencer (manipuler ?) les comportements et choix des individus. S’il est aujourd’hui prouvé que ce principe simpliste est assez inefficace, il pose cependant un réel problème démocratique, puisqu’il retire aux citoyen-nes leur responsabilité, soi-disant pour leur bien, et sous prétexte d’un « paternalisme libertarien ». Pour en savoir plus, lire notamment ici.

L’approche de Christian Morel me semble très différente, car elle nous permet de nous emparer de ces éléments, pour améliorer collectivement dans nos fonctionnements collectifs, et précisément conjurer les manipulations (conscientes ou inconscientes) qui peuvent nous berner. Au-delà, il nous invite à déconstruire les normes qui régissent le plus souvent nos fonctionnements collectifs, quel que soit leur cadre. Et y compris dans nos associations, nos syndicats, nos organisations politiques.

Comme je l’avais fait pour le 1er tome, je tente ci-dessous de transmettre l’envie de lire ce 2ème tome : Christian Morel, Les décisions absurdes – Tome 2, Folio essais, 2013

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Culture et sociabilité

Les comités syndicalistes révolutionnaires ont réalisé une brochure sur le thème « Culture et sociabilité » (elle est accessible en ligne ici sur leur site).

Le contenu de cette brochure éclaire d’une lumière particulière et passionnante la question du rôle de la sociabilité et des pratiques culturelles populaires dans l’émancipation et de la transformation sociale, notamment quand on se situe dans une perspective matérialiste [c’est-à-dire qu’on considère, à la suite de Marx et Engels, que les événements historiques sont déterminés non pas par des idées mais par des rapports sociaux (et plus particulièrement par les liens entre classes sociales) et par l’impact de l’évolution des moyens de production sur les mentalités. La conception matérialiste de l’histoire se réfère par conséquent à des situations réellement vécues par les humains (d’où l’usage de l’adjectif « matérialiste »).]

Comment la sociabilité est un préalable à la solidarité et à la conscience de classe, et donc à la résistance et à la lutte ? Comment la culture bourgeoise et la société de consommation ont réussi à assimiler confort matériel et repli sur soi (son couple, son milieu militant…), et ainsi à déconstruire les liens et les solidarités ?

De quoi nous donner l’envie de renverser la tendance et de redévelopper les cadres et espaces d’une sociabilité et de pratiques culturelles collectives et émancipatrices !

Je reproduis ici quelques extraits de cette brochure, qui m’ont particulièrement intéressés, afin de vous donner envie de la lire en entier. Ces extraits, par définition, sont sortis de leur contexte : s’ils vous interrogent, allez donc lire la brochure 😉

Je me suis permise de féminiser ces extraits, parce que j’aime bien rendre explicite le fait que les femmes font partie de la question.

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Lier éducation populaire et luttes : City Life – Vida Urbana

Je reproduis ici le chapitre que j’avais écrit pour contribuer à l’ouvrage « Pédagogies critiques », coordonné par Laurence De Cock et Irène Pereira, et publié aux éditions Agone en janvier 2019.
Ce chapitre est titré L’éducation populaire : des pratiques pédagogiques émancipatrices pour adultes entre conscientisation et développement du « pouvoir d’agir ».

J’y décris comme une organisation qui lutte contre les expulsions immobilières, City Life – Vida Urbana, met en place de puissants processus d’éducation populaire pour ses membres, en lien avec cette lutte collective. Une organisation que j’ai observé et à laquelle j’ai participé en tant qu’alliée lors de mon séjour aux États-Unis de septembre à décembre 2017, et qui est extrêmement inspirante.

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De bonnes femmes hystériques : mobilisations environnementales populaires féminines

Écoféminisme. Le texte « De bonnes femmes hystériques : mobilisations environnementales populaires féminines », de Celene Krauss, est extrait du recueil de textes écoféministes « Reclaim », paru en 2016 aux éditions Cambourakis dans la collection Sorcières.

Celene Krauss y analyse la façon dont des femmes de milieux populaires se mobilisent sur des enjeux environnementaux locaux à partir de leur subjectivité, pour porter des luttes aux enjeux globaux et radicaux. Or leur façon de se mobiliser et leurs discours sont bien souvent méprisés par les milieux militants.

Je reproduis ici certaines phrases issues de ce texte, qui m’ont marquées. Elles sont nécessairement sorties de leur contexte : je vous invite donc à vous procurer cet excellent ouvrage et à le lire !
Voir aussi « Agir avec le désespoir environnemental »

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Agir avec le désespoir environnemental

Écoféminisme. Le texte « Agir avec le désespoir environnemental », de Joanna Macy, est extrait du recueil de textes écoféministes « Reclaim », paru en 2016 aux éditions Cambourakis dans la collection Sorcières.

Joanna Macy y aborde nos peurs, et notre conception du pouvoir, nous invitant à avoir une approche systémique, et à rechercher le « pouvoir avec » plutôt que le « pouvoir sur ».

Je reproduis ici certaines phrases issues de ce texte, qui m’ont marquées. Elles sont nécessairement sorties de leur contexte : je vous invite donc à vous procurer cet excellent ouvrage et à le lire !
Voir aussi « De bonnes femmes hystériques : mobilisations environnementales populaires féminines »

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Safer space & Organisations démocratiques : « Lutter ensemble »

Dans son ouvrage « Lutter ensemble – Pour de nouvelles complicités politiques » (novembre 2018, éditions Cambourakis, collection Sorcières), Juliette Rousseau défend la nécessité de regarder en face ce qui nous sépare, les dominations qui traversent nos collectifs et nos mouvements, afin de pouvoir (mieux) s’en défaire et lutter ensemble. Aujourd’hui encore, il est difficile d’aborder ces questions, de questionner les façons dominantes de penser et de faire.
Il ne s’agit pas de mettre toute notre énergie sur la « déconstruction » individuelle, comme préalable à toute action politique, mais de prendre conscience que refuser celle-ci dessert nos luttes, notre émancipation et la transformation sociale. Les rapports oppressifs ne seront pas abolis au lendemain du grand-soir, quand le capitalisme aura été abattu : les combattre ici et aujourd’hui est un moyen d’une part de développer notre capacité collective à lutter ensemble, et est d’autre part une lutte directe contre ce qu’il nous faut abattre et dont les différentes composantes se tiennent les unes les autres.

Je reproduis ci-dessous deux extraits de l’ouvrage de Juliette Rousseau, deux outils qui peuvent servir de base pour s’interroger sur les pratiques que l’on souhaite avoir, sur les règles qu’on souhaite collectivement instituer dans son collectif :

  • Les « règles pour un espace plus safe » utilisées par le collectif Sisters Uncut (Royaume-Uni)
  • Les « principes de Jemez pour une organisation démocratique »

Ces deux textes sont issus d’un ouvrage de 500 pages : s’ils vous posent question, si vous sentez que vous avez besoin de plus de contexte, si vous avez envie d’aller plus loin dans ces réflexions, je vous invite à lire le bouquin !

Sur ce thème, voir aussi la page Transformation sociale & construction de « safer spaces » et de « brave spaces »

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Micropolitiques des groupes

Micropolitiques des groupes : pour une écologie des pratiques collectives. De David Vercauteren, aux éditions Amsterdam. Depuis le temps que je voulais le lire, ce livre… D’abord publié en 2007 chez HB éditions, réédité en 2011 aux Prairies ordinaires, et à nouveau épuisé, il a réédité en 2021 par les éditions Amsterdam. Alors ça y est, je l’ai lu, et je n’ai pas été déçue ! J’y ai trouvé plein de choses qui résonnent et inspirent, qui vont me servir conceptuellement et en pratique. J’y ai reconnu la façon d’appréhender les problèmes (de « problémer ») qui est celle qu’on pratique dans l’entraînement mental, pour penser et agir dans la complexité.

Les thèmes abordés sont les suivants :
Artifices / Assembler / Autodissolution / Décider / Détours / Évaluer / Événement / Fantômes / Micropolitiques / Parler / Pouvoir / Problémer / Programmer / Puissance / Réunion / Rôles / Scission / Silence / Souci de soi / Subsides (subventions) / Effet de théorie.

Je note ci-dessous des extraits, nécessairement sortis de leur contexte. Et, surtout, je vous invite à vous procurer et à lire ce livre.

À noter qu’il est entièrement accessible en ligne sur le site https://micropolitiques.collectifs.net , sous une forme qui permet de naviguer entre les différentes entrées de l’ouvrage !

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Identifier les facteurs psychosociaux de risque au travail (RPS – Rapport Gollac)

Le « rapport sur le suivi statistique des risques psychosociaux » (RPS) a été publié en 2011. Il est surnommé « Rapport Gollac » d’après le nom du Président du collège d’experts internationaux ayant contribué à l’analyse. Ceux-ci représentaient différentes disciplines : ergonomie, médecine du travail, psychologie du travail, épidémiologie, économie… Le  rapport propose une véritable synthèse de la littérature scientifique internationale (26 pages) sur les liens avérés des effets de différentes contraintes organisationnelles, sociales et environnementales sur la santé.

Ce rapport synthétise en six axes, dans lesquels tout un chacun peut reconnaître ses conditions de travail, « les facteurs psychosociaux de risque au travail mis en évidence par la littérature scientifique […] relatifs à l’intensité du travail et au temps de travail, aux exigences émotionnelles, à une autonomie insuffisante, à la mauvaise qualité des rapports sociaux au travail, aux conflits de valeurs et à l’insécurité de la situation de travail ».

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Manifeste de Peuple et culture

Le Manifeste de Peuple et culture date de 1945, au sortir des maquis et de la Résistance. Aujourd’hui encore, il reste une référence pour les pratiques et les ambitions d’éducation populaire. Cependant, et ainsi que nous y invitaient ses rédacteurices, il est à replacer dans son contexte historique.

Je le reproduis ici en totalité.

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Démarches collectives pour l'émancipation et la transformation sociale