Archives par mot-clé : Luttes

Spécifisme et dualisme organisationnel chez les anarchistes

Je reproduis ici un interview de la Fédération anarchiste de Rio de Janeiro (FARJ), réalisé en 2010 par Jonathan Payn, et traduite en 2012 par Eric Vilain. Il a été publié initialement sur monde-nouveau.net et sur le site de la FARJ. Pour ma part, je l’ai découvert grâce au blog tenu par des camarades : Caminando las luchas (auquel j’emprunte aussi la partie droite de l’image en tête de cet article).

Il y est question du spécifisme (especifismo), du dualisme organisationnel, du rapport entre travail social et insertion sociale, du rôle de l’organisation politique anarchiste par rapport aux mouvements sociaux et à la lutte de classe. Et c’est passionnant

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11 conseils pour être un-e bon-ne allié-e

Je reproduis ici un excellent article écrit par trois membres de l’association Lallab et publié sur leur site. Lallab est un magazine en ligne et une association dont le but est de faire entendre les voix des femmes musulmanes qui sont au cœur d’oppressions racistes et sexistes.


« Quand on présente l’association Lallab, c’est «drôle» mais on ne reçoit pas du tout les mêmes retours ! «On» c’est Sarah, musulmane et Justine, athée, toutes deux cofondatrices de Lallab, réalisatrices de la série documentaire Women SenseTour in Muslim Countries et féministes !
C’est simple, lorsque c’est Justine qui présente l’association on lui dit généralement que «c’est génial ce qu’elle fait», que c’est même «très altruiste de sa part d’aider les femmes musulmanes». Alors que lorsque c’est Sarah on lui rétorque plutôt que «c’est quand même un projet super communautaire, qu’il faudrait aussi parler des discriminations vécues par d’autres femmes». Certain.e.s rajoutent même qu’elle est «trop concernée par le sujet, trop passionnée et qu’elle n’a pas le recul nécessaire pour être très objective». Clairement, dans notre société, la parole d’une femme blanche et athée a plus de poids que celle d’une femme musulmane, même pour parler de son propre vécu.

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Brecht – Nos défaites ne prouvent rien

Nos défaites ne prouvent rien

Quand ceux qui luttent contre l’injustice
Montrent leurs visages meurtris
Grande est l’impatience de ceux
Qui vivent en sécurité.

De quoi vous plaignez-vous ? demandent-ils
Vous avez lutté contre l’injustice !
C’est elle qui a eu le dessus,
Alors taisez-vous

Qui lutte doit savoir perdre !
Qui cherche querelle s’expose au danger !
Qui professe la violence
N’a pas le droit d’accuser la violence !

Ah ! Mes amis
Vous qui êtes à l’abri
Pourquoi cette hostilité ? Sommes-nous
Vos ennemis, nous qui sommes les ennemis de l’injustice ?

Quand ceux qui luttent contre l’injustice sont vaincus
L’injustice passera-t-elle pour justice ?
Nos défaites, voyez-vous,
Ne prouvent rien, sinon
Que nous sommes trop peu nombreux
À lutter contre l’infamie,
Et nous attendons de ceux qui regardent
Qu’ils éprouvent au moins quelque honte.

Bertold Brecht
(1898-1956)

Nuit debout – La forme, le fond et leurs paradoxes

Je reproduis ici un extrait d’un texte écrit par un participant actif à Nuit Debout (qui se trouve être professeur de philosophie), écrit pour la revue Les temps modernes, et dont cet extrait est proposé par BiblioObs.

Un récit intéressant, parce qu’il se penche sur la façon dont les Nuitdeboutistes ont recherché à mettre en place des processus démocratiques garantissant tout à la fois la liberté de parole et l’égalité des participant-es. Et sur la façon dont cette recherche de processus a finalement eu un effet contre-productif sur la production de contenus, et a sans doute contribué à l’épuisement des débats, de leur dynamique, et de celle des participant-es.

Un récit qui souligne également la façon dont le mouvement a souhaité réinventer beaucoup de choses, rejetant parfois avec véhémence des expériences issues du mouvement social ou d’ailleurs, pour des raisons louables mais avec des résultats parfois contre-productifs. C’est ce qu’on peut qualifier de « syndrome Pont de la rivière Kwaï » : oublier pourquoi on fait les choses, transformer un aspect en objectif supérieur, au détriment du projet initial.

Le numéro de la revue Les temps modernes dont est issu ce texte porte tout entier sur Nuit debout, et rassemble des textes d’étudiant-es ou de militant-es, qui racontent de l’intérieur Nuit debout, les manifestations contre la loi Travail et les cortèges de tête. Je ne l’ai pas lu et ne peux donc pas en faire le commentaire, mais je vais certainement le lire…

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Uberisation : salariat déguisé & résistances créatrices

« Germinal au royaume des plates-formes numériques ? »
L’auto-entrepreneuriat, et tout particulièrement dans le cadre des plateformes numériques typiques de l’uberisation : un salariat déguisé, dans le cadre duquel des stratégies de résistance para-syndicales et créatrices se font jour. L’enjeu : lutter pour les droits et pour le potentiel émancipateur.

« Espace de travail », une émission de Mediapart, consacrée aux questions sociales. Rachida El Azzouzi reçoit Jérôme Pinot, coursier à vélo et militant « anti-uberisation », et Patrick Cingolani, sociologue.

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Le community organizing : un syndicalisme de quartier

J’ai écrit cet article pour la revue Passerelle n°15 portant sur le thème : « De quoi le droit à la ville est-il le nom ? Représentations, usages et instrumentalisation du droit à la ville », publiée en septembre 2016.
Ce numéro, coordonné et édité par Charlotte Mathivet, est téléchargeable sur le site du Coredem, communauté de sites ressources pour une démocratie mondiale, initiative de partage de savoirs et d’outils libres.

Je le reproduis ici.

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Le community organizing en France : quel projet politique ?

Je reproduis ici le contenu de la table ronde que j’ai animée avec Marion Carrel (Maîtresse de conférences en sociologie à l’université Lille 3), et que nous avons retranscrite pour la revue Mouvements n°85 du printemps 2016.

Pour connaître les actions réalisées par ces trois praticien-nes du community organizing, se reporter à l’article « Expériences de community organizing en France », publié dans la même revue.


Alors que des campagnes inspirées du community organizing commencent à se développer en France, la curiosité et les attentes sont grandes. En quoi ces expériences constituentelles des démarches de politisation, d’éducation populaire dans les quartiers populaires ? La question démocratique dans le mouvement social est-elle renouvelée ? Au-delà du pragmatisme clairement revendiqué, quel est le projet politique ? Quel est le levier utilisé pour mobiliser : injustices sociales, discriminations ?
Nous avons souhaité donner la parole à trois pionniers du community organizing en France : Laëtitia Nonone, présidente de l’association Zonzon 93 à Villepinte, L. Real, consultant à Studio Praxis et l’un des organisateurs de la campagne nationale Stop le contrôle au faciès, et Adrien Roux, co-fondateur et organisateur au sein de l’Alliance citoyenne de l’agglomération grenobloise et du Réseau pour l’action collective transnationale (ReACT).

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Organiser les précaires – Exemples états-uniens

On trouve aux États-Unis des exemples de pratiques syndicales alternatives qui permettent l’entrée en action de travailleuses et travailleurs à qui les outils syndicaux classiques sont moins accessibles. Alors que l’organisation des précaires en France reste une gageure malgré son urgence, observons ces pratiques états-uniennes, où le monde du travail est libéralisé de plus longue date.

Un article que j’ai écrit pour le mensuel d’Alternative libertaire de juin 2016.

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Le community organizing : libertaire ou néolibéral ?

Dans son objectif d’auto-organisation en vue de la défense d’intérêts collectifs, le community organizing relève-t-il d’une logique libertaire ou néolibérale ?

Un article que j’ai écrit pour le mensuel d’Alternative libertaire du mois de juin 2016, qui fait suite à mon article précédent (à lire ici) et qui présentait la façon dont fonctionne concrètement le community organizing.

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Le traitement médiatique du mouvement social : Casseurs et prises d’otage

Reprise d’une excellente analyse par Saïd Bouamama sur son blog de la façon dont les médias produisent une vision dominante opposée à la perspective d’un changement social.

Le traitement médiatique du mouvement social : Casseurs et prises d’otage

Publié le 4 juin 2016 sur https://bouamamas.wordpress.com/

Le mouvement de contestation de la loi El Khomri fait la Une des médias lourds depuis plusieurs semaines. L’inscription dans la durée lui donne une dimension d’analyseur de ces  médias qui plus que jamais apparaissent comme remplissant une fonction sociale précise, celle que Serge Halimi a dénommé « nouveaux chiens de garde[1] » par paraphrase de Paul Nizan[2] qui attribuait cette fonction aux « philosophes » au service des classes dominantes. Sans être exhaustif, l’analyse de trois leitmotivs médiatiques permet d’interroger la production quotidienne d’une vision dominante qui en dépit de son vernis d’objectivité participe des luttes sociales en cours.

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