Empowerment et féminisme noir

Empowerment et féminisme noir – Joice Berth

Je conseille la lecture de cet excellent ouvrage de Joice Berth, traduit du brésilien et publié en 2019 par les éditions Anacona. Je vous en donne ici quelques extraits afin de vous mettre l’eau à la bouche…

Ces notes que j’ai prises reflètent les réflexions qui sont les miennes au moment où j’ai lu cet ouvrage. Je les prends car noter me donne l’impression de mieux retenir et m’imprégner d’une pensée qui m’apporte. Je les partage car elles existent, et car cet ouvrage me semble d’un grand intérêt pour les questions dont traite ce blog, éducation populaire / émancipation / transformation sociale. Cependant, je ne prétends pas que ces notes soient le reflet exact ni même fidèle de la totalité des propos de l’autrice. Si ce que vous grapillez ci-dessous vous intéresse, je vous invite à lire le livre !

Les passages à la ligne signifie une courte ellipse de ma part par rapport à la phrase précédente. Un saut de ligne signifie une ellipse importante. Les mises en valeur en gras sont de mon fait.

Bonne lecture !

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« La révolution commence avec soi-même, en soi-même. Mieux vaut réserver du temps pour rendre nos intérieures révolutionnaires, nos vies révolutionnaires, nos relations révolutionnaires. La bouche ne gagne pas la guerre. »
Toni Cadê Bambara

Préface par Djamila Ribeiro

L’empowerment est un instrument de conscientisation des relations injustes de pouvoir, et un outil de transformation sociale collective et pas seulement individuelle.
Les femmes noires, dans l’Histoire, ont appliqué le concept de façon intuitive avant même de le concevoir théoriquement.

Introduction – Le pouvoir

« Le pouvoir correspond à l’aptitude de l’homme à agir, et à agir de façon concertée. Le pouvoir n’est jamais une propriété individuelle ; il appartient à un groupe et continue de lui appartenir aussi longtemps que ce groupe n’est pas divisé. Lorsque nous déclarons que quelqu’un est « au pouvoir », nous entendons par là qu’il a reçu d’un certain nombre de personnes le pouvoir d’agir en leur nom. »
Hannah Arendt

La théorie politique traditionnelle attribue à l’État le monopole du pouvoir ; au contraire, Michel Foucault vérifie une sorte de microphysique du pouvoir, articulée à l’État mais qui traverse toute la structure sociale. Le philosophe ne nie pas l’importance de l’État dans cette conception, mais remarque que les relations de pouvoir dépassent le niveau étatique et sont présentes dans toute la société.
Il débat de bio-politique et de bio-pouvoir, montrant comment les corps et l’éducation sont contrôlés par cette imposition normalisante. Selon le philosophe, la discipline fabrique les individus, c’est une technique spécifique de pouvoir qui domine les individus.

À la différence des propositions de nombreux théoriciens, nous, féministes noires, envisageons le concept d’empowerment comme un instrument d’émancipation politique et sociale, qui ne cherche ni à « corrompre » ni à créer des relations de paternalisme, d’assistanat ou de dépendance entre les individus, ni à édicter des règles homogènes sur la façon dont chacun pour contribuer et agir pour les luttes au sein des groupes minoritaires.
Très souvent, être immergé dans une réalité oppressive empêche d’avoir une perception claire de soi-même en tant qu’opprimé. Ainsi, se percevoir en opposé de l’oppresseur ne signifie pas encore que l’on s’engage dans la lutte pour dépasser cette contradiction : dans un premier temps, un pôle n’aspire pas à sa libération, mais à son identification dans le pôle opposé.
Paulo Freire l’affirme bien : pendant la phase initiale de la lutte, les opprimés trouvent dans l’oppresseur leur « type d’homme ».

Nécessité de questionner constamment de quel pouvoir nous parlons, et quels sont les voies possibles du travail social que nous emploierons.
Gardons à l’esprit que notre objectif n’est pas d’inverser la logique actuelle, mais au contraire de la subvertir.

L’empowerment que nous étudierons dans le présent ouvrage ne vise pas à retirer du pouvoir à l’un pour le donner à l’autre, ce qui reviendrait à inverser les pôles d’oppression, mais à avoir une posture d’affrontement de l’oppression pour éliminer l’injustice et égaliser les existences dans la société.

Lutter contre une théorie de l’empowerment banalisée, vidée de son sens, et pouvoir l’appliquer comme instrument de transformation sociale.

« Le terme empowerment fait référence à toute une gamme d’activités – assertivité [L’assertivité, ou « affirmation de soi », désigne la capacité à s’exprimer et à défendre ses droits sans empiéter sur ceux des autres] et résistance individuelles, protestations et mobilisations collectives – qui questionnent les fondements des relations de pouvoir. Dans le cas des individus et groupes dont l’accès aux ressources et au pouvoir sont déterminés par la classe, la caste, l’ethnicité et le genre, l’empowerment commence quand ils se reconnaissent les forces systémiques qui les oppriment, mais aussi quand ils agissent dans l’optique de modifier les relations de pouvoir existantes. Ainsi, l’empowerment est un processus visant la transformation de la nature et de l’orientation des forces systémiques qui marginalisent les femmes et les autres populations exclues dans des contextes déterminés. »

Bref historique de l’empowerment

La signification d’empower au pied de la lettre est donc de donner du pouvoir ou une capacité à quelque chose ou quelqu’un.
Empowerment : « Processus d’obtention de la liberté et du pouvoir de faire ce que vous voulez ou de contrôler ce qui vous arrive. » (Cambridge Dictionnary)

« De tous les mots à la mode qui sont entrés dans le vocabulaire du développement ces trente dernières années, l’empowerment est probablement le terme le plus utilisé et maltraité. Comme de nombreux autres termes importants inventés pour représenter un concept politique clair, il a été « détourné » d’une façon qui lui a virtuellement ôté toute sa signification originale et sa valeur stratégique. »
Srilatha Batliwala

« Les recherches et l’intervention de la théorie de l’empowerment relient le bien-être individuel à l’environnement social et politique au sens large. En théorie, cette construction connecte la santé mentale à l’aide mutuelle et au combat pour créer une communauté réactive. Elle nous oblige à penser en termes de bien-être par opposition au mal-être, de compétences par opposition aux déficits, et de forces par opposition aux faiblesses. De même, les recherches sur l’empowerment se focalisent sur l’identification des capacités au lieu de mettre l’accent sur les facteurs de risque, et sur les influences problématiques du milieu social au lieu d’accuser les victimes. »
Zimmerman et Perkins
« L’empowerment comme un « processus intentionnel continu centré sur la communauté locale, impliquant le respect mutuel, la réflexion critique, le soin et la participation du groupe, par lequel les individus qui n’ont pas accès à une part équitable des ressources vitales gagnent un accès et un contrôle plus grands sur ces ressources » ; ou un « processus par lequel les individus gagnent un contrôle sur leurs vies et une participation démocratique dans la vie de leur communauté » ; et « une compréhension critique de leur environnement ». »

Selon la chercheuse Rute Baquero, le concept d’empowerment aurait un lien étroit avec la Réforme protestante de Martin Luther, au XVIè siècle.
En popularisant ces écrits, Luther remettait en cause le contrôle hégémonique de l’information par le clergé, ouvrant ainsi la possibilité d’accès à l’information aux classes populaires qui, parce qu’elles ne parlaient pas le latin, acceptaient ce qui leur était dit comme la parole de Dieu.
« L’’écriture a toujours été, d’une façon ou d’une autre, associée au pouvoir. »
L’information comme instrument de libération.

Paulo Freire a conceptualisé dans les années 1960 la théorie de la conscientisation [La conscientisation est une notion primordiale pour Paulo Freire. Il la décrit comme l’approfondissement de la prise de conscience et comme un processus social qui permet non seulement à des sujets actifs d’acquérir une connaissance plus vaste de la réalité socioculturelle qui les influence et structure leur vie, mais aussi de développer des activités pour transformer la société. La croissance de la conscientisation change la critique des institutions en action concrète et permet de prendre conscience de la dignité de l’être humain. (N.d.T.)], laquelle a directement inspiré la théorie de l’empowerment. À ce titre, Freire est considéré comme l’un des précurseurs de l’analyse de l’empowerment appliquée à la réalité des groupes opprimés.
L’éducateur fait partie de la tradition de penseurs et penseuses qui réfléchissent à partir de la réalité concrète. Il conçoit ainsi la théorie de la conscientisation comme une pratique libératoire et une stratégie d’action pour les groupes opprimés. À l’inverse de Julian Rappaport [On reproche aujourd’hui à Rappaport sa vision trop « verticalisée », voire son approche paternaliste, ou assistencialiste, de l’empowerment. Pour schématiser, Rappaport considère qu’il faut donner le pouvoir aux groupes opprimés, à l’inverse de Freire par exemple, qui estime que ceux-ci doivent le développer et s’autonomiser eux-mêmes. (N.d.T.)], Freire ne croit pas qu’il soit nécessaire de donner des outils aux groupes opprimés pour qu’ils acquièrent de l’empowerment : au contraire, il croit que les groupes ayant été subalternisés doivent acquérir eux-mêmes de l’empowerment, processus qui commence avec une conscience critique de la réalité alliée à une pratique transformatrice. Ainsi, il refuse le paternalisme, qu’il juge comme une forme docile d’assujettissement.

Pour décrire le processus de conscientisation, ou prise de conscience, Freire détermine trois niveaux de conscience, selon le degré d’immersion dans la réalité et le degré d’éveil de la conscience : la conscience magique, la conscience naïve, et la conscience critique.
Au niveau de la conscience magique, la perception des individus est basée sur le fatalisme, la docilité, l’inertie, et le conformisme vis-à-vis de leur situation d’oppression. Cela conduit « aux bras croisés, à l’impossibilité d’agir face au pouvoir des fait devant lesquels l’homme reste vaincu ».
Au niveau de la conscience naïve, l’oppression est comprise comme un problème lié aux individus et non au système. Enfin, au niveau de la conscience critique, les individus identifient l’oppresseur comme acteur collectif, et se focalisent sur la transformation du système.
Freire affirme qu’à toute compréhension de quelque chose, correspond, tôt ou tard, une action.
Freire a réfléchi à une pédagogie critique, car il pensait l’éducation comme un acte politique. Dans un de ses livres les plus connus, « Pédagogie des opprimés », l’éducateur et philosophe théorise une approche révolutionnaire. Son œuvre est destinée aux personnes radicales, cherchant une transformation réelle de la société, dont la pratique efficace conduit à la transformation par la pensée conscience et libératrice des peuples opprimés.
« Le radical, engagé pour la libération des hommes, ne se laisse pas enfermer dans un « cercle de sécurité », et il n’emprisonne pas la réalité. Il est d’autant plus radical qu’il s’inscrit davantage dans cette réalité pour pouvoir, en la connaissant mieux, la transformer mieux. Il ne craint pas d’affronter, il ne craint pas d’entendre, il ne craint pas l’écroulement du monde. Il ne craint pas la rencontre avec le peuple. Il ne craint pas le dialogue avec lui d’où naîtra pour chacun des deux un savoir élargir. Il ne se croit pas maître du temps, ni maître des hommes, ni libérateur des opprimés. Avec eux il s’engage, pour lutter avec eux. »
Unir conscience et pratique.
Le radical est une personne qui s’intéresse et cherche l’information, qui s’immerge dans la réalité de façon aussi profonde qu’elle veut la transformer, qui partage l’espace, qui fait preuve d’écoute et d’engagement.

Pour Djamila Ribeiro, l’empathie est avant tout politique.
C’est une construction intellectuelle qui demande un effort, une disponibilité pour apprendre et écouter. Plus la personne connaît la réalité et dénonce une oppression, plus elle sera empathique.

Si Paulo Freire a été, comme l’affirment divers chercheurs, le précurseur de la théorie de l’empowerment en conceptualisant la théorie de la conscientisation, il se montrera lui-même plus tard préoccupé par la distorsion permise par le concept.
Ira Shor et Paulo Freire alertent sur la nécessité de ne pas penser le concept d’empowerment comme une formule instantanée qui permettrait une ascension obligatoire des groupes opprimés. Le travail théorique doit se faire en même temps que l’applicabilité dans le milieu où il est nécessaire : « Voilà la question. Je ne crois pas en l’autolibération. La libération est un acte social. […] L’empowerment individuel, ou l’empowerment de certains élèves, ou la sensation d’avoir changé, ne sont pas suffisants en ce qui concerne la transformation de la société comme un tout, qui est absolument nécessaire pour le processus de transformation sociale. »

Freire envisage l’opprimé comme un concept abstrait, sans voir que celui-ci est marqué par le genre, la race, la sexualité et d’autres catégories. Néanmoins, Paulo Freire sera d’une importance fondamentale dans la pensée de la féministe nord-américaine bell hooks. Hooks, comme d’autres intellectuelles, a sophistiqué l’analyse de Freire en y intégrant la perspective intersectionnelle.

La différence entre la définition de Rappaport et celle de Freire. Si pour le premier, l’empowerment est la viabilité d’instruments pour renforcer les groupes opprimés, pour Freire, ce sont les groupes opprimés qui doivent eux-mêmes acquérir l’empowerment, en se méfiant de la docilité des classes dominantes et des structures du pouvoir.

L’influence de Barbara Bryant Solomon, qui pense l’empowerment comme méthodologie pour les professionnels du service social et les communautés opprimés, et de Paulo Freire avec ses travaux sur les théories de l’empowerment et de la conscientisation critique. Tous deux pensent que les individus peuvent développer tout seuls des capacités endormies par le milieu dans lequel ils vivent. L’empowerment cherche à récupérer de façon consciente les potentialités d’individus victimisés par les systèmes d’oppression, et vise principalement la libération sociale de tout un groupe, à partir d’un processus ample et agissant sur divers fronts, y compris l’émancipation intellectuelle.

« L’empowerment comprend quatre dimensions, chacune tout aussi importante mais insuffisante en soi, pour conduire les femmes à agir pour leur propre bénéfice. Il s’agit de la dimension cognitive (vision critique de la réalité), psychologique (sentiment d’autoestime), politique (conscience des inégalités de pouvoir et capacité à s’organiser et se mobiliser) et économique (capacité à générer des revenus indépendants). »

Oppressions structurelles et empowerment

Croyance que l’empowerment féminin serait le dépassement individuel de certaines oppressions, sans rompre dans les faits avec les structures d’oppression.

« Une des contradictions fondamentales de l’utilisation du terme empowerment est reflétée dans le débat entre l’empowerment individuel et collectif. Pour ceux qui utilisent ce concept dans la perspective individuelle, en insistant sur les processus cognitifs, l’empowerment se réduit au sens que les individus s’autodonnent. Voilà un sens de domination et de contrôle individuel, de contrôle personnel.
C’est « faire les choses soi-même », « réussir sans l’aide des autres ». Il s’agit d’une vision individualiste, où il est prioritaire que les sujets soient indépendants et autonomes dans le sens de se dominer soi-même. Cette vision rejette les relations entre les structures de pouvoir et les pratiques de la vie quotidienne d’individus et de groupes, déconnecte les individus d’un contexte socio-politique, historique, et de solidarité plus vaste, et néglige ce que représente la coopération et l’importance de se préoccuper d’autrui. »
Madalena Leon, sociologue colombienne

L’empowerment individuel et l’empowerment collectif sont deux faces indissociables du même processus : des individus ayant acquis de l’empowerment forment une collectivité autonomisée / renforcée, et une collectivité autonomisée / renforcée, logiquement, sera formée d’individus ayant un degré élevé de conscience de leur moi social, de ses implications et phénomènes agravants.

Toute action pensée dans la perspective de la théorie de l’empowerment vise en premier lieu le changement social, la séparation active et progressive, collective et individuelle, d’avec les structures de pouvoir organisées pour être hiérarchisées au détriment des groupes pauvres, situés en bas de la pyramide sociale.

L’empowerment résulte de l’union d’individus qui se reconstruisent et se déconstruisent en un processus continu qui culmine dans l’empowerment pratique de la collectivité, en ayant comme réponse les transformations sociales dont tous profiteront. En d’autres termes, si l’empowerment dans son sens le plus authentique vise la voie qui mène au développement profond de la conscience critique dans diverses dimensions (sociale, cognitive, politique, économique, etc.), et consolide les possibilité d’une opposition consciente au discours dominant, alors l’acquisition de l’empowerment par les individus est la bienvenue s’il n’est pas déconnecté de sa raison d’être collective. Comme nous l’a montré Paulo Freire, la conscience critique est une condition indispensable à l’empowerment.

Tous ces éléments mettent à mal l’affirmation selon laquelle les femmes noires acquièrent de l’empowerment dès qu’elles connaissent une petite ascension sociale – laquelle a été rendue possible à partir des années 2000 à la suite de mesures d’action positive qui ont permis à une partie significative de ces femmes d’aller à l’université.

La mise sous silence est une pratique courante et efficace des structures oppressives qui opèrent dans notre pays.
L’étouffement du témoignage, défini par Kristie Dotson : « Le fait de tronquer son propre témoignage afin de s’assurer que ce témoignage ne contient qu’un contenu pour lequel son public démontre une disposition ».
L’opprimé sent immédiatement que le groupe oppressif n’est pas disposé ou est incapable d’assimiler ce qui est dit.
Une ignorance pernicieuse, de mauvaise foi, néfaste, qui s’est construite sur une violence épistémique.
« Le poids du silence va finir par nous étouffer ». Audre Lorde

Ce silence n’est pas individuel : il s’agit d’un bâillonnement institutionnel pour provoquer le silence chez les groupes subalternisés.

Boaventura Souza Santos définit le mépris des savoirs produits par l’intellectualité noire comme une stratégie de génocide de plus de toute une race – stratégie autorisée par les milieux universitaires.

« Parmi les femmes noires grandit le sentiment que le processus de mondialisation déterminé par l’ordre néolibéral – qui accentue notamment la féminisation de la pauvreté – requiert un besoin d’articulation et d’intervention de la société civile au niveau mondial. » Sueli Carneiro

Toutes les luttes sociales qui remettent en cause les accumulations et l’excès de privilèges provoquent une tension structurelle dans la société et gênent les individus en position de confort social.

La resignification de l’empowerment pour le féminisme noir

Empowerment : concept qui a été assimilé par les femmes noires bien avant qu’elles n’aient accès à la théorie.

Le féminisme noir n’est pas un complément ou un ajout au féminisme dit universel.

S’autodéfinir est une stratégie vitale pour combattre « l’invention de la femme noire » selon l’optique colonisatrice.

Pour bell hooks, un nouveau cadre conceptuel est fondamental pour que ces groupes puissent abandonner la victimisation et appréhender la responsabilité d’affronter les structures oppressives.
Revendiquer l’identité victimaire comme outil de lutte, au lieu de penser à des mécanismes d’affrontement des oppressions, fixe ces groupes, à une place inerte qui n’encourage pas selon elle la décolonisation politique.
Confronter l’identité victimaire à la « résistance militante ».
« Malgré l’incroyable douleur de vivre dans un apartheid racial, les sujets noirs du Sud ne parlaient pas d’eux-mêmes comme de victimes, même lorsqu’ils étaient humiliés. Nous nous identifions davantage par l’expérience de résistance et de triomphe que par la nature de notre victimisation. Certes, la vie était dure, la souffrance était présente. Mais c’est en affrontant cette souffrance avec grâce et dignité que l’on connaissait la transformation. Pendant la lutte pour les droits civiques, quand nous nous tenions la main et chantions « We shall overcome », nous étions renforcés [empowered] par une vision de satisfaction, de victoire. »
L’importance de penser à des actions de conscientisation de la réalité du groupe, de révélation des inégalités pour que ce groupe acquière de l’empowerment afin d’être capable d’affronter la réalité et de connaître la transcendance.

Dans une perspective de pensée décoloniale, Srilatha Batliwala affirme que la caractéristique la plus notable du terme empowerment est dans le mot power, défini par elle comme « le contrôle sur les ressources matérielles, intellectuelles et l’idéologie. »

La fallacieuse limitation universitaire qui préserve ses canons et impose une épistémologie dominante en ignorant les productions des peuples invisibles au sein de la normalisation hégémonique.

L’amour comme pratique de liberté.
Traiter l’autre comme objet de consommation.
L’amour et l’affection véritable.
Plus les personnes se traiteront avec respect, en reconnaissant la valeur de l’humanité dans l’autre, en reconnaissant la valeur de l’humanité dans l’autre et en s’éloignant de l’idée d’utilisation ou du jetable, plus elles construiront un réseau solide pour un groupe social ayant acquis de l’empowerment (autonomisé).

« Très souvent, nous ne souhaitons pas réellement une transformation collective de la société pour mettre fin à la politique de dominations, mais simplement pour mettre fin à ce qui nous blesse d’après nous. » bell hooks

Pour Audre Lorde, prendre seulement en compte la conscientisation des sujets opprimés ne se traduit pas en gain immédiat pour la collectivité, puisque divers fronts doivent être articulés pour amplifier la vision de notre diversité réelle en tant qu’être humains.
On ne peut hiérarchiser les oppressions, c’est-à-dire en considérer certaines plus urgentes que d’autres. Il faut au contraire apporter une perspective intersectionnelle, identifier comment les oppressions sont interconnectées et où elles s’additionnent pour intensifier leurs effets sur un groupe d’individus.
Tendance des opprimés à reproduire des comportements oppressifs internalisés.

Des individus qui luttent pour briser les systèmes d’oppression et de domination se croient aptes à donner de l’empowerment aux autres (à les autonomiser). Leurs propres conduites – parfois totalitaires, ou reproduisant étroitement les diverses oppressions à l’encontre de leur milieu déjà opprimé – les empêchent clairement de conduire les sujets opprimés vers leur émancipation sociopolitique.

« Je me suis toujours demandé comment ces femmes et ces hommes qui œuvrent toute leur vie à résister et à s’opposer à une forme de domination peuvent en appuyer systématiquement d’autres. » bell hooks

Individus qui maintiennent leur aveuglement, par ignorance ou par commodité.

Les intentions initiales du concept d’empowerment souffrent d’un grand danger : l’inversion des valeurs proposées, la perte de sens, l’usurpation, et l’utilisation comme un instrument de domination de plus – une sorte d’actualisation du mode opératoire du système que nous cherchons à déconstruire.

« Aujourd’hui, je me pose une question simple : si ce mot et l’idée qu’il représente ont été kidnappés et redéfinis par les politiques populistes et néo-conservatrices, et les entreprises, s’ils ont été réduits par la micro-finance et les évangélistes et, plus généralement, dépouillés de toute trace de pouvoir et de politique, cela vaut-il encore le coup de le revendiquer ? Oui. Et il doit être revendiqué car notre vision de la transformation sociale reste éminemment importante, dans un monde où les recettes miracles et les solutions mécaniques cherchent à faire oublier les processus plus fondamentaux de justice sociale qui étaient au cœur de la pensée féministe à ses débuts. » Batliwala

Pensons à l’autoestime, à l’ascension économique, à l’accès à la culture et à l’information, à la formation de leaders, entre autres pratiques d’empowerment.
Pour la féministe afro-américaine Patricia Hill Collins, l’autodéfinition et l’autoévaluation sont deux éléments que les personnes qui cherchent à acquérir de l’empowerment doivent développer.
Un mouvement interne de prise de conscience ou de réveil de diverses potentialités qui définiront les stratégies d’affrontement contre les pratiques du système de domination machiste et raciste.
Il est important de comprendre cette dichotomie entre le travail interne de prise de conscience qui se développe par le biais d’une stimulation externe.

Potentiel de l’esthétique et de l’affectivité dans l’empowerment

Le beau est une perception qui, en tant que telle, peut être altérée, manipulée, ou influencée.

Sans renforcement de l’autoestime, nous n’aurons pas la force de ne serait-ce qu’entamer un processus lucide d’empowerment. Et l’autoestime, à l’inverse de ce que l’on veut nous faire croire, n’est pas lié uniquement aux considérations que nous faisons sur nos beautés esthétiques. Comme l’affirme Madalena Leon : « L’empowerment, en tant qu’autoconfiance et autoestime, doit aller dans le sens d’un processus développé avec la communauté, en coopération et en solidarité. »

La puissance que génère la confiance dans sa propre image. Il n’est pas possible de passer par un processus d’empowerment productif si nous ne nous renforçons pas et si nous ne nous trouvons pas au sein de notre propre peau. Sans un travail continu pour éradiquer cette place de subalternité naturalisée, enracinée dans la société, selon laquelle les individus noirs seraient inadéquats, disharmonieux et physiquement laids, il devient extrêmement difficile pour ces sujets, atteints directement par cette idéologie de la norme blanche comme la seule acceptable, de créer des mécanismes intérieurs d’autoamour et d’autovalorisation.
D’autant que nous voyons bien dans les cultures occidentales que le beau / joli est synonyme de supériorité, c’est-à-dire qu’il dépasse le champ de l’esthétique : selon le sens commun, tout ce qui est beau ne peut qu’être bien.

L’infériorisation de l’apparence et de l’esthétique noires au détriment de la blanche n’a été qu’une des techniques employées pour soutenir et justifier le système d’oppression et d’exploitation des Noirs afin d’accumuler les privilèges sociaux, et c’est exactement pour cela qu’il est indispensable de briser ce schéma qui perdure avec une efficacité séculaire.

Il est impossible de ne pas voir ou d’ôter le sens politique du renforcement de l’esthétique dans les processus d’empowerment individuel qui affectent le collectif.

Ce renforcement reposera également sur la représentativité car plus nous nous verrons de façon positive dans les espaces les plus divers, plus nous pourrons reconnaître et assimiler la possibilité de notre propre image comme positive.
Nous avons besoin de nous voir de façon positive, littéralement, car ces images vont resignifier l’imaginaire qui sera détruit et simultanément reconstruit.
Le cinéma, le théâtre, la télévision, la mode, la musique, la danse et toutes les expressions artistiques sont des outils importants pour mettre cette valorisation en pratique, et ce sont des domaines fondamentaux pour lutter contre le racisme ambiant.
Les stéréotypes bien implantés – l’homme noir dangereux, la femme noire nourrice, la mulâtresse fougueuse, entre autres.

Le féminisme noir ou le mouvement de femmes noires au sein des féminismes a permis le sauvetage conceptuel et la ressignification de l’empowerment.
Bien avant de nous savoir féministes et de nous positionner sur ce terrain de lutte pour des ajustements sociaux, nous pratiquions déjà intuitivement l’empowerment, en appliquant dans nos vies et dans la vie des stratégies de renforcement de notre autoestime et de reconnaissance de nos potentiels.

Comment pouvons-nous réagir aux agressions du monde extérieur si, en voyant notre reflet dans le miroir, le seul sentiment qui nous accable est celui d’inadéquation et de répulsion envers l’apparence qui caractérise notre identité ?

Parmi les artistes et personnalités du pays, qui ont une grande visibilité dans les médias et un fort pouvoir d’influence à travers les moyens de communication et les réseaux sociaux, les hommes noirs choisissent majoritairement comme conjointes des femmes blanches, comme s’ils prenaient leur distance d’avoir leur condition de Noir.

Le premier contact que nous avons avec nous-mêmes se fait par l’apparence, et c’est l’un des domaines d’attaque raciste les plus fréquemment utilisés par la blanchité dans ses mouvements subtils visant à maintenir sa position de supériorité sociale.

Le travail imagétique de perpétuation de l’idée d’infériorité de l’individu noir, en se basant sur l’hypervalorisation de l’esthétique blanche comme idéal de la perfection.

Il existe désormais des rayons entiers de produits formulés pour les cheveux crépus, des maquillage pour toutes les carnations de peau noire, des crèmes et filtres solaires spécifiques, etc.

Simone de Beauvoir, dans « Le deuxième sexe », alertait déjà sur le concept de beauté comme stratégie de contrôle masculin, puisque ce sont les hommes qui détiennent la place privilégiée de pouvoir et de décision. Ce sont eux qui définissent ce qui est beau, joli, et désirable chez une femme.
Beauvoir analyse à quel point nous, femmes, sommes toujours dans une quête incessante pour rentrer dans les normes que nous n’avons pas créées, et qui sont loin d’être atteignables par toutes.
Sans la compréhension politique de ce que l’esthétique représente en tant qu’instrument de contre-récit, celle-ci se vide et perd toute force pour motiver et bouger tout un groupe.
Si nous ne percevons pas que nous devons comprendre notre beauté et l’aimer, parce que des manœuvres politiques ont provoqué le sentiment contraire, nous n’avancerons pas dans le processus d’empowerment.

Quand je parle de se trouver beau·belle, je parle également de reconnaître cette beauté chez nos pairs sociaux.

D’un autre côté, rejeter de façon exacerbée la beauté normalisée de la blanchité, pour prétendument valoriser l’esthétique noire, est troublant. Cela ne révèle pas une assurance politique sur la valeur esthétique de soi-même que de disqualifier les individus blancs et leur apparence physique.
Il n’est pas productif, politiquement et socialement, d’alimenter ces rivalités plantées par le système raciste et patriarcal, d’autant que nous luttons en faveur de l’émancipation collective des femmes qui vivent sous un système d’oppression de genre.

Dans les groupes minoritaires qui se battent pour des transformations sociales complètes, questionner les normes relationnelles et même nos sentiments et projections encouragés par elles devrient une des nécessités au cœur des processus d’empowerment.
Chez les groupes dominants, l’autoamour est construit tout au long de leur vie.
Chez les groupes opprimés, la relation développée avec eux-mêmes est terriblement affectée par la pression sociale négative, par l’absence d’image de soi comme renforcement positif, ainsi que par l’insatisfaction alimentée par la croyance issue des stratégies des groupes dominants : celle d’une infériorité et d’une subalternité « naturelles ».

Le processus de renforcement de l’autoestime et de stratégies conscientes de développement des relations avec soi-même fait donc partie du processus d’empowerment et doit être pris au sérieux, même si cela ne l’est pas toujours dans les milieux militants.

Le travail de stimulation de l’autoamour doit continuer, que ce soit au moyen de l’autosoin, de l’alimentation de l’intellect, ou de l’entretien de bonnes relations avec d’autres femmes noires. Être gentille avec celles qui nous servent de miroir social est une action renforçante pour notre état émotionnel, car c’est agir avec gentillesse envers nous-mêmes.

L’empowerment dans la perspective économique et les politiques publiques

Les agences de coopération et les organisations financières multilatérales (comme la Banque mondiale) se sont peu à peu appropriées le concept et l’approche.

Jorge Romano affirme que le concept d’empowerment a été coopté par le discours dominant mainstream des agences internationales comme la Banque mondiale, qui l’utilisent comme un instrument pour maintenir les pratiques d’assistanat et leur contrôle social sur les groupes opprimés sans viser réellement la transformation.
Il s’agit d’un réformisme, et non d’un changement fondamental. Encore une fois, une théorie conçue avec un but révolutionnaire et transformateur est détournée pour répondre à l’intérêt des groupes dominants.
« Très fréquemment utilisé comme un instrument de légitimation pour continuer à faire, par essence, ce qu’ils faisaient avant. (…) Pour s’adapter aux temps nouveaux, il faut « tout » changer pour ne rien changer ». Jorge Romano
Il est impossible d’avoir un empowerment sans altération dans les dynamiques des relations de pouvoir ; il est impossible d’imaginer que le processus d’empowerment puisse être neutre, à moins de négliger alors complètement ses dimensions idéologiques et politiques, dans l’objectif de domestiquer les groupes opprimés.
L’empowerment est un processus et non une fin en soi. En se prévalant d’une utilisation réformiste et paternaliste de l’empowerment, on en retire la puissance nécessaire pour altérer l’état actuel des choses, et on les maintient comme elles sont. On n’altère donc pas la répartition du pouvoir afin qu’il reste concentré là où il a toujours été.
Neutraliser le potentiel révolutionnaire de l’empowerment car il n’est pas possible d’altérer les relations de pouvoir sans un conflit et sans un questionnement nécessaires, puisque penser l’empowerment c’est penser des pratiques et discours politiques contestataires.
« L’approche de l’empowerment ne peut pas être neutre, ni avoir une aversion pour les conflits et leur déploiement. (…) C’est un ferment social, cherchant l’innovation créative plutôt que l’évolution contrôlée. »
L’empowerment ne peut être considéré comme « un don », pouvant être fait à quelqu’un par une autre personne. Selon Gita Sen, les gouvernements, les agences et les ONG ne peuvent pas « autonomiser » les personnes et les organisations (au sens de leur « donner de l’empowerment »). En revanche, ce que les politiques d’action gouvernementale peuvent faire, c’est créer une ambiance favorable à l’empowerment – ou, à l’opposé, dresser des barrières au processus d’empowerment.

Par ailleurs, Romano se montre préoccupé par la « technicisation » de l’empowerment, qui est pensé en salle de classe au lieu d’être pensé lors d’échanges d’expériences collectives et d’affrontement aux divers systèmes de domination : « On supervalorise les effets politiques de l’action pédagogique au détriment des effets pédagogiques de l’action politique ».

Le soutien à l’afro-entrepreneuriat, également appelé « Mouvement black money ».
Il inverse de façon stratégique la signification du pouvoir.
Préférence radicale envers les productions faites par et pour les individus noirs, depuis la planification du produit jusqu’à sa propagande, dans un mouvement inverse de celui du racisme, qui exclut l’existence du sujet noir en tant que consommateur.
Les individus noirs, historiquement, ont toujours entrepris par nécessité, vu que le racisme structurel leur barrait et leur barre encore l’accès aux emplois formels. Cependant, cela ne doit pas nous faire tomber dans l’écueil facile du discours néolibéral autour de l’autoentrepreneuriat, qui vise en réalité très souvent à précariser encore plus la situation des travailleurs, surtout noir·e·s.
Le processus d’empowerment dépasse bien-sûr le renforcement social que l’argent et le capital apportent.
Après l’abolition de l’esclavage. Le « salaire » était destiné à « payer » les services rendus. Or ce revenu – nous le savons bien même si l’Histoire n’insiste pas dessus – ne servait qu’à garantir une alimentation basique et/ou un lieu où dormir, rien de plus.
Les groupes sociaux minoritaires ont clairement besoin de renforcement économique.

Muhammad Yunus, natif du Bengladesh, prix nobel de la paix 2006, est le créateur du concept de micro-crédit et connu comme « le banquier des pauvres ». Yunus a créé la banque Grameen qui prête de l’argent à taux réduit sous forme de micro-crédits à des femmes qui n’ont pas besoin de présenter les garanties traditionnelles.

Plusieurs études nationales et internationales signalent le programme Bourse Famille (Bolsa Familia), mis en œuvre par le gouvernement Lula au Brésil, comme un exemple de programme d’empowerment destiné aux femmes et leur permettant d’obtenir un minimum d’autonomie. En effet, ce sont les femmes qui sont responsables du retrait d’argent, ce qui modifie la dynamique des relations de pouvoir dans les familles.
Les chercheurs ont ainsi mis à jour une augmentation du nombre de femmes utilisant des méthodes contraceptives, demandant le divorce ou se sentant renforcées pour affronter le harcèlement de leurs maris.

Le renforcement économique peut favoriser le processus d’empowerment, mais il ne peut pas garantir à lui tout seul à ces groupes de vivre hors d’un système raciste, patriarcal, phobique, etc.
L’absence d’émancipation financière fragilise et affaiblit, en niant l’accès aux nécessités de base comme celles d’un emploi et d’un revenu.

Importance de chercher comment appliquer l’empowerment dans nos vies dans un sens plus large et politisé, sans le voir comme un simple instrument d’inclusion dans l’hystérie collective de la consommation effrénée et irresponsable.

L’empowerment dans la vie démocratique : les mécanismes de la participation sociale

Parler d’empowerment d’un goupe social, c’est nécessairement parler de démocratie et d’expansion de son application actuelle restreinte.

Lorsque nous parlons des groupes opprimés dont les voix ont été très souvent réduites au silence, comme nous l’avons vu précédemment, l’accès aux espaces de décisions dans la société est une stratégie de résistance parmi d’autres.

« Il est impossible de réfléchir à la participation populaire dans une ville de 12 millions d’habitants si elle n’est pas décentralisée. L’idée d’une participation populaire et directe est un processus de construction de la démocratie, et aussi un long processus de déconstruction culturel de conscientisation et d’empowerment, un sentiment d’appartenance croissant des personnes et des groupes qui se proposent de délibérer. (…) Faire de la participation sociale est extrêmement substantiel, cela inclut de nombreuses histoires de vie, et c’est un processus long et lent de formation, de conscientisation, d’écoute ; c’est le contre-pied du monde actuel qui a l’urgence de tout, l’urgence du profit. Il s’agit de penser non pas à un projet de gouvernement, mais à un projet de société. » Maria José Scardua

Les mécanismes de participation sociale ne sont qu’un outil parmi tous ceux permettant l’empowerment de la population et ne sont donc pas une fin en soi, comme nous alerte Maria da Gloria Gohn : « Soulignons toutefois que la participation de la société civile ne peut, jamais, se résumer à une participation dans les espaces des conseils ou autres, créés dans la sphère publique. Pour que cette participation, soit qualifiée (…), elle doit provenir de structures participatives organisées de façon autonome dans la société civile. Ce que l’on appelle le « travail de base » est fondamental pour alimenter et renforcer la représentation collective dans les collèges de la sphère publique. »

Considérations finales

Lorsque l’on s’éloigne de la signification originale de l’empowerment, on arrive à un empowerment pasteurisé, de façade, paternaliste, qui cherche davantage à maintenir l’état actuel des choses qu’à stimuler le bouillon effervescent de personnalités et de demandes réduites au silence par des oppressions qui s’entrecroisent.
En ce sens, influencés par Paulo Freire, bell hooks, Patricia Hill Collins, Angela Davis, Srilatha Batliwala, nous nous inspirons de celles et ceux qui comprennent l’empowerment comme l’alliance entre une conscientisation critique et une transformation dans la pratique, comme un concept contestataire et révolutionnaire par essence.
Nous nous inspirons de ceux qui comprennent que les opprimés doivent acquérir eux-mêmes de l’empowerment, s’autonomiser eux-mêmes. Pour cela, il faut semer le terrain pour rendre l’empowerment fertile, conscients que nous entrons alors sur le terrain de l’inimaginable : l’empowerment possède la contestation et la nouveauté en son cœur, et révèle, lorsqu’il est présent, une réalité qui n’était même pas imaginée avant. C’est, sans aucun doute, un pont véritable pour le futur.
Je précise que, dans une réalité capitaliste, il est important de créer des stratégies de renforcement économique, un point fondamental pour faire surgir des conditions favorables à l’empowerment. Renforcement financier donc, mais aussi esthétique, affectif, parmi tous ceux qui oxygènent la course des groupes opprimés – surtout les femmes noires – vers une existence digne.

Il est important d’acquérir de l’empowerment, de renforcer son pouvoir d’un point de vue individuel, néanmoins il faut également un processus conjoint d’un point de vue collectif. Quand nous parlons d’empowerment, nous parlons d’un travail essentiellement politique, qui dépasse tous les domaines de formation d’un individu et toutes les nuances qui impliquent la collectivité. De même, quand nous questionnons le modèle de pouvoir qui englobe ces processus, nous comprenons qu’il n’est pas possible de donner de l’empowerment à quelqu’un. Nous acquérons nous-mêmes de l’empowerment, et nous aidons les autres dans leur processus, conscients que la conclusion ne se donnera que par la symbiose du processus individuel avec le collectif.

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