3 singes

Petits malentendus & grandes incompréhensions

A chaque fois qu’on parle, on crée la possibilité de ne pas se comprendre

L’esprit des Lumières a voulu croire que nous étions des êtres rationnels… Eh bah non.

Quand nous communiquons, nous percevons beaucoup plus que des mots.

On capte beaucoup plus que ce qui est dit. Cela peut expliquer des sensations comme le fait d’être compris (face à une personne qui sait écouter), d’être en confiance (face à un bon commercial), ou au contraire d’être en défiance (face à un mauvais commercial, face à un menteur). Le plus souvent on ne sait pas percevoir et analyser ces sensations, qui sont pourtant réelles.

Le mot n’est pas la chose.

Chacun-e de nous formule ses pensées en fonction de ses codes personnels, et la personne à qui nous parlons va comprendre en fonction de ses codes à elle. Ces codes sont à la fois neurologiques (limites sensorielles à la perception) et socio-culturels (notre éducation, qui fonde notre système de croyance et nos automatismes de pensée).

Le sens du message est donné par le receveur.

Il est donc de la responsabilité de l’émetteur d’adapter son message à la personne à qui il l’adresse, de manière à ce que celui-ci le comprenne. Inutile de dire « Tu n’as pas compris, je répète » : si ça ne marche pas comme ça, alors il faut faire autrement.

Et c’est encore pire quand on ne parle pas

Le silence

Que veut dire le silence de quelqu’un ? On a le plus souvent tendance à interpréter les silences : c’est ce qu’on appelle l’anticipation silencieuse. « S’il ne dit rien, c’est qu’il doit être d’accord », ou, au contraire, « S’il ne dit rien, c’est qu’il ne doit pas être d’accord ». Alors que ce qui est certain, c’est qu’on n’en sait rien.

L’écoute active

Nombre d’entre nous en sont incapables… Il s’agit d’écouter vraiment, sans jugement, pour essayer de comprendre ce que l’autre veut dire. Et cela suppose de ne pas être en train de préparer sa propre intervention dans sa tête.

On a les symptômes qu’on peut

Ce qu’on dit est parfois moins intéressant que ce pourquoi on a choisi de dire ça maintenant… Typiquement, quand on s’engueule parce que l’autre n’a pas vidé la poubelle, le vrai problème est probablement autre part.

Les manipulations par le langage

La langue de bois

Langage flou, qui permet une adhésion maximum de l’interlocuteur. En effet, en écoutant un discours en langue de bois, chacun-e pourra mettre ce qu’il veut derrière ce qui est dit (à l’inverse d’un discours concret, spécifique et direct). « A nous de faire ce qu’il faut », « Un peu de bon sens ! ».

Les formulations manipulatrices

Cela consiste à mettre l’autre dans un état d’impuissance, à lui couper l’herbe sous le pied, à le forcer à prendre la position qu’on veut qu’il prenne. Ce sont des mécanismes particulièrement difficiles à identifier.

Par exemple, le grand annulateur de Chomsky : « J’aime bien ta coupe, mais… ».

Ou des formules du type « Comme vient de le dire Bidule, … » (alors que ce n’est pas du tout ce que Bidule a dit).

Ou encore « Il est évident que… » : présenter ce qu’on avance comme évident revient à en interdire la contradiction (et voire même à penser la contradiction).

Le fond et la forme

Chaque discours transmet un fond, et utilise pour cela une certaine forme.

Un discours pointu sur le fond mais qui néglige la forme risque de ne pas être entendu.

Au contraire, un discours performant sur la forme mais faible sur le fond sera malheureusement agréable à entendre.

L’enfer est pavé de bonnes intentions

Excès d’enthousiasme // domination consentie

Dans un groupe, on a beau souhaiter que tout le monde soit égal :

  • Certain-e-s font beaucoup, de leur propre gré, parce que « ça leur plaît »
  • Ce qui en arrange d’autres qui, « de leur propre gré », se mettent dans une situation où ils deviennent de plus en plus incompétent-e-s.

C’est le principe de la soumission enchantée = la domination consentie.

Bourdieu a notamment montré ce mécanisme dans « La domination masculine » : c’est le paradoxe de la doxa. La soumission paradoxale est un effet d’une violence symbolique, qui entraîne une assimilation totale de la domination par la personne.

Mettre en place une rotation des mandats peut permettre de limiter ce mécanisme.

Recherche de reconnaissance, de légitimité // Manque de confiance en soi, auto-censure

Chacun-e a les névroses qu’il peut… Et rares sont les personnes qui n’ont pas une de ces deux névroses :

  • Besoin de reconnaissance et de légitimité
  • Manque de confiance en soi

A cause de cela, les premiers vont avoir tendance à prendre beaucoup de place, ce qui ne va pas aider les seconds qui ont, déjà à la base, tendance à s’auto-censurer

Pour limiter ce biais, mettre en place des contraintes à la prise de parole semble indispensable.

Biais possibles dans la prise de décision en collectifs

Qu’est-ce que le consentement ?

C’est une acceptation de la décision collective, en l’absence d’opposition majeure, et même si on n’est d’un avis différents.

Ainsi, le consensus est un accord temporaire, qui ne doit pas nier l’existence d’avis divergents.

Deux exemples de biais provoquant fréquemment des décisions absurdes
  • Perdre de vue ce qu’on veut vraiment

C’est l’histoire du Pont de la rivière Kwaï. On se concentre sur ce qui ne devrait être qu’un moyen ou qu’une étape, en oubliant notre réel objectif.

  • Ne pas remettre en cause, ne pas questionner

On donne autorité à la personne qui est censée savoir, on ne la remet pas en cause, on lui « fait confiance ». Or elle n’a pas forcément raison.

=> Le livre de Christian Maurel sur « Les décisions absurdes » est tout à fait passionnant à ce sujet.

Les paradoxes de la participation

C’est l’éternel débat du « tout ou rien ». Faut-il s’investir dans la « démocratie participative », et croire en des institutions telles que la Commission nationale des débats publics, alors qu’on connaît trop bien leurs biais et leurs limites ?

En Suisse, le consensus est utilisé comme garantie de la paix sociale, et comme liquidateur des cultures du conflit…

2 réflexions au sujet de « Petits malentendus & grandes incompréhensions »

    1. Bonjour,
      Dans « Le pont de la rivière Kwaï », le colonel Nicholson, prisonnier britannique, oublie peu à peu que le pont qu’il est en train de construire avec ses soldats lui est commandé par leurs ennemis japonais contre qui ils sont en guerre. La tâche qu’il est en train de réaliser (construire le pont) supplante son objectif réel (s’évader et gagner la guerre). Lire ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Pont_de_la_rivi%C3%A8re_Kwa%C3%AF_%28film%29

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