Micropolitiques des groupes

Micropolitiques des groupes

Micropolitiques des groupes : pour une écologie des pratiques collectives. De David Vercauteren, aux éditions Amsterdam. Depuis le temps que je voulais le lire, ce livre… D’abord publié en 2007 chez HB éditions, réédité en 2011 aux Prairies ordinaires, et à nouveau épuisé, il a réédité en 2021 par les éditions Amsterdam. Alors ça y est, je l’ai lu, et je n’ai pas été déçue ! J’y ai trouvé plein de choses qui résonnent et inspirent, qui vont me servir conceptuellement et en pratique. J’y ai reconnu la façon d’appréhender les problèmes (de « problémer ») qui est celle qu’on pratique dans l’entraînement mental, pour penser et agir dans la complexité.

Les thèmes abordés sont les suivants :
Artifices / Assembler / Autodissolution / Décider / Détours / Évaluer / Événement / Fantômes / Micropolitiques / Parler / Pouvoir / Problémer / Programmer / Puissance / Réunion / Rôles / Scission / Silence / Souci de soi / Subsides (subventions) / Effet de théorie.

Je note ci-dessous des extraits, nécessairement sortis de leur contexte. Et, surtout, je vous invite à vous procurer et à lire ce livre.

Extraits

Les savoirs que fabriquent les réussites, les inventions et les échecs des groupes.

« Le groupe ne doit pas être le lien organique qui unit les individus hiérarchisés, mais un constant générateur de « désindividualisation » ». Michel Foucault

Désindividualiser, dépsychologiser, sortir des disjonctions exclusives (« ou bien, ou bien »), apprendre à ralentir et à se protéger (artifices), résister à l’urgence et à ce qu’elle implique comme manière d’être ensemble.

On n’est pas groupe, on le devient.

Comment se fait-il que, dans les groupes, la question de la micropolitique nous soit si étrangère, que nous soyons plus ou moins incapables d’appréhender sur un mode non psychologisant des problèmes comme le pouvoir, les relations, la déprime ?

La dépossession des savoirs et des techniques produite par le capitalisme. Depuis les sorcières, en passant par les paysans, puis par les artisans, le capitalisme s’en est pris à toutes les formes de communautés d’usage qui lui résistent ou qu’il ne sait pas traduire en valeur d’échange.

Le courant majoritaire de ce qu’on appelait le « mouvement ouvrier » pensait, en partie, dans les mêmes termes que ceux contre qui il se battait. Bizarre alliance autour d’un socle commun : modernité, progrès et universalisme.

« Est-ce qu’on peut détruire la maison du maître avec les instruments du maître ? » bell hooks

La pauvreté culturelle actuelle à propos de la micropolitique des groupes aurait quelque chose à voir avec les processus de (dé)possessions occasionnés par le capitalisme et relayés, repris pour son propre compte, par une part significative du mouvement ouvrier.

Culture moderne qui a découpé le monde entre intérieur et extérieur, entre conscience (ou connaissance) et croyance.

Ne garder qu’un seul être : l’homme blanc, enfin libre, détaché de cette Terre et de ses esprits.

Le corps est politique ! Mais il semble que ce cri, lancé par les luttes féministes, ne nous ait pas encore suffisamment affectés… corporellement.

La « science mineure » s’intéresse aux conjonctures et à leurs effets.

On nous dit que la loi générale est dans la répétition et dans la résistance au changement. Très bien. Mais avec ce théorème, on ne comprend rien aux événements qui saisissent un groupe et qui l’entraînent dans d’autres devenirs. La fatigue ou la « pêche », une ambiance pourrie ou « rigolarde » ne sont pas des questions générales. Ce sont des microbasculements singuliers, qui agissent comme autant de signes d’une transformation de certains rapports traversant le groupe. La vigilance s’opère là, autour de ces signes, comme l’Eilm des nomades. Et ce savoir-là ne se confond pas avec les cartes routières ou le guide Michelin des autoroutes quadrillant le désert.

À la suite de l’EZLN (armée zapatiste de libération nationale), notre critique se porte sur la stratégie de la « prise du pouvoir » qui a inspiré depuis plus d’un siècle la plupart des objets révolutionnaires. Au nom de cette finalité, il fallait faire silence sur les pratiques collectives présentes. Or ce point de vue a permis toutes les saloperies possibles, jusqu’à la création d’alliances avec les pires dictatures, au nom encore une fois d’un éventuel pouvoir futur. Comme le dit le dicton, « la fin en vaut les moyens ».
Ensuite s’amorce un début de critique sur la figure du militant. D’un côté, elle nous fait peur, cette attitude froide et hautaine du « militant professionnel », véritable machine à encaisser les coups, sans paraître le moins du monde affecté. Maintenir le cap, maîtriser ses émotions, sa fragilité, l’ambivalence du désir et continuer, encore et toujours, droit devant. Le corps, la sexualité, l’amitié, tout est affaire de politique. Rien n’existe, publiquement du moins, en dehors de ce signifiant royal. D’un autre côté, notre critique se porte sur la sérialité ou le découpage du quotidien militant. On ne comprend pas cette contradiction entre une pratique quotidienne où l’on milite généralement après six heures du soir et un projet politique dont l’une des ambitions est de briser les différentes formes de sérialité qui découpent en petites tranches notre quotidien : l’espace, avec ses lieux de loisir, de travail, de consommation… et le temps, avec celui qui est consacré à l’utile et au nécessaire, et puis l’autre, réservé aux activités futiles et agréables…

L’un des paradoxes qui traversent les pratiques collectives : un groupe peut être composé d’intelligences qui s’avèrent capables d’agir ensemble sous le mode de la soustraction de leurs potentialités, donc de diminuer d’autant l’intelligence collective que constitue le groupe ou : comment, à plusieurs intelligences, se rendre capable de multiplier par x… la connerie générale. Un axiome de base des réunions.

L’autonomie ne se confond pas avec le modèle libéral d’un humain pur et sans attache ou avec sa version libérale-libertaire du tout-est-permis. Elle tente, dans notre cas, d’exprimer une perspective : celle de s’approprier ses temps et ses espaces de vie.

« Loin de chercher un consensus abêtissant et infantilisant, il s’agira à l’avenir de cultiver le dissensus et la production singulière d’existences ». (Félix Guattari)

« Étranger le proche », dirait Deligny
Parvenir à penser l’autre sans le semblabliser.
« Étranger le proche, une nécessité si l’on ne veut pas (s’)asphyxier sous le poids de notre propre enfermement » (Graziella Vella)

Syndrome du militantisme « saut de puce » ou comment se perdre soi-même dans trop de chantiers.
Logique de l’urgence permanente.
Apprendre à résister à l’urgence : un savoir à cultiver.
Le groupe peut devenir le propre geôlier de son impuissance.

Construire un engagement qui, d’une part, ne confonde pas l’urgent avec l’important, la morale avec l’éthique, et d’autre part, relie savoirs profanes et savoirs experts, amitié et politique, esthétique et acte public, construction collective et expérimentation.

Notre manière de nous organiser en interne reste très « moderne ». Peu, voire pas de pensée sur le processus du groupe ; il fonctionne comme on a toujours fait : naturellement.
On a beau savoir (…), on n’en fait rien.

Rien de trop fâcheux. On s’entend suffisamment bien pour ne pas trop s’engueuler. On rencontre seulement cette vieille histoire d’un tissage d’expériences accumulées et pas trop réfléchies qui finissent par s’entrelacer et par former une sacrée boule de nœuds. Celle-ci, à mesure que le temps passe, réduit ses mailles et commence à produire un sentiment d’étouffement. On essaie bien à ce moment là de parler ensemble. Mais chaque sujet de discussion snous emmêle dans d’autres débats. On n’y arrive pas. On s’énerve face à cette impuissance à se comprendre, on se tait, on reste là, bêtes par rapport à ce qui nous arrive et on en conclut que « tout cela » est en définitive bien trop complexe. On tente alors de faire autrement, de prendre des résolutions, de changer telle ou telle chose. On y croit. À force de volonté, on veut forcer le destin. Mais la volonté est une bien faible force en comparaison de celles que mobilisent les habitudes. Celles-ci, les « bonnes vieilles », ont une intelligence sournoise. Elles se dissimulent pour mieux refaire surface, elles se cachent en dessous de la table en attendant de pouvoir s’y réinstaller quand la bonne volonté sera fatiguée.

S’offrir des contraintes qui nous obligent à prendre en compte l’état non naturel de nos communautés.
Nous décaler de nos habitudes de pensée.


Artifices

Procédés et usages qui contraignent le groupe à la fois à modifier certaines habitudes et à s’ouvrir à de nouvelles potentialités.
Tenter de faire fuir les agencements qui, dans une situation donnée, bloquent, enferment les capacités d’agir.
Comment détraquer les segments durs qui strient le corps d’un groupe (routine, bureaucratie, pouvoir, fixité des rôles et du langage…) ?
Comment construire et affirmer de nouveaux modes d’existence collective ?

– Les artifices participent à une culture
Culture = capacité à manipuler les arts de faire.
Ce qui est « spontané » dans le capitalisme : la destruction du commun + la production d’un individu libre et sans attache.

– L’artifice se conçoit à travers la contradiction de nouvelles habitudes ou coutumes.
« Avoir des habitudes est naturel, mais les habitudes que nous contractons ne sont pas naturelles » (Bergson)

– L’artifice ne produit pas un objet auquel croire, mais un objet qui fait croire en ce qu’il libère de nouvelles possibilités.
On ne peut pas savoir à l’avance si l’artifice choisi ou créé va produire quelque chose.
Voir, d’un côté, s’il ouvre de nouveaux agencements, et d’un autre côté si, à l’usage, ceux-ci nous conviennent.

– L’artifice est l’objet d’expérimentation.

– L’artifice est une fabrique écologique.
Il agit sur le milieu et le fait parler autant qu’il est « agi » et « parlé » par le milieu.
Une force n’est jamais un état immuable, elle mute dans et par les relations, elle affecte autant qu’elle est affectée.

Trois dangers potentiels :

  • Le formalisme : tomber amoureux de la forme
    Respecter l’artice de façon bête et méchante.
  • Le passage entre le formalisme et le moralisme
    Considérer l’artifice comme le moyen de réalisation d’une valeur.
  • Le « méthodisme »
    Tout ceci est (et se résume à) une affaire de méthode : si on rate, c’est qu’on n’a pas choisi la bonne, il nous faut simplement en trouver une nouvelle qui nous « sauvera ».

Une violence « douce ».
Management.

La prétention des artifices se situe là, non pas pour eux-mêmes, mais dans le mouvement qu’ils nous contraignent d’épouser, dans ce qu’ils nous obligent à produire comme décalages, dans ce qu’ils nous forcent à chercher.
Contraindre à penser.


Assembler

Absence de structure (Jo Freeman), absence de mandat.
Le pouvoir qu’elles exercent de ne leur a pas été confié, et donc ne peut leur être arraché.

La structuration ne se résout pas par une charte ou une déclaration de fonctionnement, elle se pense à partir de l’articulation entre l’activité singulière du groupe et les ambitions qu’il se donne.
Se construire dans un entre-deux, ni absence de structure, ni structure excessive.

Points à formaliser : mandat ou délégation pour telle ou telle tâche, révocation, détermination des lieux de prises de décisions et de leurs modalités…
Baliser le terrain de repères collectifs, d’appuis potentiels.
Savoir dans quel jeu ils jouent, avec quelles règles.

Deux axes qui s’entrecoupent et se relancent : la charpente et le mouvement interne du groupe.

Imaginer des espaces-temps « non productifs ».
Anticiper comment régler un conflit, comment on quitte le groupe, comment le groupe se sépare.

On ne mute pas par degrés.

Créer des structures / Désorganiser les habitudes / Soutenir les forces de vie.

Travail de cartographie : repérer les différents espaces-temps qui ponctuent la vie du groupe. On s’intéressera d’abord aux moments formels de réunion et de travail. Ensuite, on pointera les relations informelles sous-jacentes. Ce dernier point permettra de mettre à jour les affinités existantes entre les personnes en vie d’éviter que celles-ci ne tournent en factions.
Ce double travail de repérage permet d’une part de visualiser les endroits où il serait nécessaire de créer de nouveaux espaces-temps afin de pallier une absence de lien, et d’autre part de favoriser, multiplier les relations entre les membres du groupe en faisant par exemple travailler ensemble des gens qui ne le feraient pas spontanément. De cette manière, les relations seront tout à la fois densifiées et fluidifiées.


Autodissolution

À force de vouloir se pérenniser, les groupes engendrent des phénomènes de bureaucratisation qui annihilent leurs capacités créatrices.

« À quoi ça servirait, par exemple, de proposer aux masses un programme anti-autoritaire contre les petits chefs et compagnie, si les militants eux-mêmes restent porteurs de virus bureaucratiques. » (Félix Guattari)

« Le critère d’un bon groupe est qu’il ne se rêve pas unique, immortel ou signifiant […] mais se branche sur un dehors qui le confronte à ses possibilités de non-sens, de mort ou d’éclatement, en raison même de son ouverture aux autres groupes. » (Félix Guattari)

Ce parti pris nous allège du rapport moral à la question de l’éternité.

« S’approprier veut dire imposer des formes, créer des formes en exploitant les circonstances » (Gilles Deleuze)

Finalité : une visée, une ambition. Dans certains cas, la finalité désigne plutôt les valeurs générales auxquelles le groupe affirme adhérer et dont il cherche à garantir ou à faire émerger la mise en pratique : la justice sociale, la solidarité, les droits de l’homme, l’égalité… Paradoxalement, dans ce type d’acception « idéale », une finalité n’a jamais de fin.

Autant de bornes (de « buts ») et d’objectifs intermédiaires, rapportés à cette fin désirée, définie par anticipation et rationnellement en termes de stratégies et de tactiques.
Une direction existe, mais elle est secondaire par rapport aux trajets.
On n’arrête ni ne commence jamais vraiment, on devient tout le temps autre chose.
Si l’on estime que le processus entamé assèche, affecte tristement la pratique, on s’arrête pour prendre le temps d’en tirer une conclusion provisoire : ça ne marche par ou plus trop sur ce chemin, alors branchons-le sur un nouveau et voyons ce que cela produit.
L’arrêt est un moment du processus, qui permet de recommencer de nouveaux agencements.

« On n’abandonne pas ce que l’on est pour devenir autre chose (imitation, identification) mais une autre façon de vivre et de sentir hante ou s’enveloppe dans la nôtre et « fait fuir »… » (François Zourabichvili)

Il nous faut savoir trahir « les puissances fixes qui veulent nous retenir, les puissances établies de la Terre » (Gilles Deleuze)
L’expérimentateur est un traître.

À l' »arrêt », on l’aura compris, nous préférons le « mouvement » et les « mutations ».
Vouloir recommencer, ni au début, ni à la fin, mais au milieu, là où la vie se meut.


Décider

« Décider » désigne ce moment où le groupe se cimente et où il sédimente en même temps son aventure, ce moment où il élabore les options, les choix de son histoire.
Il interrompt en quelque sorte une forme d’agencement collectif pour en déclencher une nouvelle.
Le moment de la décision est donc une étape dans un cheminement.

Prend-on une décision au vote ou au consensus ? Ces deux modalités décisionnelles ne se distinguent pas seulement par leur forme, mais engagent deux manières de penser et de vivre le processus de construction collective qui amène à la décision.

Le vote est un procédé avant tout dual, où il s’agit bien souvent de choisir, au final, entre deux propositions. Celle qui se révélera majoritaire l’emportera, et la (ou les) minorité(s) n’auront plus qu’à se plier, à suivre la décision.
La question du consensus est moins de rallier une unanimité que d’ouvrir un processus d’empowerment (empowerment = terme anglais sans traduction littérale qui désigne le passage d’une situation à une autre où les capacités des personnes et du collectif se voient « grandies », « renforcées »).
Le consensus est à la fois le mode et la résultante d’une construction d’un objet collectif.

« Le consensus atteint n’est pas un consensus mou ou résultat de rapports de forces, de jeux d’alliances et d’affrontements d’opinions. Il résulte d’une définition collective du problème posé.
La décision résulte d’une passage de plusieurs « moi, je pense » vers un « nous, nous pensons » » (Isabelle Stengers)

En tout état de cause, il n’est pas sans intérêt qu’en cas de recours au vote, le groupe se pose au minimum la question de savoir ce qu’il compte faire des « perdants ».
Principe du « droit de réserve » : permettre à ceux « sans qui » ou « contre qui » la décision a finalement été prise d’avoir la possibilité de ne pas participer à sa réalisation.
Évaluation pratique et permanente de la décision prise.
Tout cela nécessite évidemment que, au-delà de ses désaccords, le groupe reste lié par des mobiles ou des intérêts suffisamment communs.
Une autre manière de sortir du vote et de sa production de « perdants », ou de dépasser un improbable et fatiguant consensus, consiste à se décaler un tant soit peu en se demandant si diverses pistes ne peuvent pas cohabiter.

On s’aperçoit qu’au moment où le groupe avait pris sa décision, il n’avait pas élaboré les modalités d’application que cela allait impliquer ni complété la décision de « lancer la campagne » par celle qui aurait porté sur les engagements précis que chacune allait prendre dans le travail à accomplir. Dans un tel cas de figure, à quoi engageait alors individuellement et collectivement une telle décision ?

Qui ne dit mot ne consent pas.

Le absents. À la réunion suivante, rien n’est prévu pour leur permettre de contextualiser la décision ni pour la remettre en débat, alors qu’elle est censée les lier pour l’avenir au même titre que ceux qui l’ont effectivement prise.

S’attacher à rendre une décision claire, à la coucher sur papier et à en décrire l’usage.

Les bifurcations non « décidées », au sens où elles n’ont pas forcément fait l’objet d’une concertation ou d’un énoncé explicite et unanime.

Éviter de se figer dans une position de principe : « Nous avions dit que… »
Envisager cet écart comme un signe utile pour penser la réalité du groupe.

L’animateur de la réunion peut avoir dans ses prérogatives de rappeler la décision qui a été prise la semaine passée.
En fin de réunion, rappeler la ou les décisions prises en cours de route.

Cartographie des pratiques décisionnelles d’un groupe :

  • Établir une typologie des lieux de décision (réunions de travail, bureaux ou ateliers, couloirs, assemblées générales, conseil d’administration, bistrots, appartement de l’un ou l’autre, réunions avec d’autres groupes…) et de ce qui s’y décide : il s’agit de dessiner la structuration de l’exercice du pouvoir décisionnel.
  • Identifier qui participe dans ces espaces, donc qui y prend quelle(s) décision(s), et qui les applique, avec quel type de valorisation : il s’agit de dessiner la composition de l’exercice du pouvoir décisionnel.
  • Décrire comment les décisions sont prises, selon quelles procédures et avec quels critères et dispositifs de validation : il s’agit ici de dessiner les modalités de l’exercice du pouvoir décisionnel.
  • Se représenter quel suivi est donné aux décisions, activé par qui, quand et comment : il s’agit maintenant de dessiner les dispositifs de contrôle qui opèrent sur l’exercice du pouvoir décisionnel.
  • Enfin, s’intéresser à la mémoire des décisions et aux modalités de leur convocation, exercées par qui, dans quelles circonstances et sous quelles formes : il s’agit alors de dessiner les dispositifs d’évaluation qui vont se mettre en place autour de l’exercice du pouvoir décisionnel.

Détours

Effectuer un détour peut aider à clarifier le débat. Mais attention à ce qu’il ne devienne pas le sujet central de la discussion.
Aider à créer une culture du détour qui favorise une déambulation dansante, productrice de savoirs et qui ne perde pas le groupe dans les anecdotes ou les considérations sans attaches.


Évaluer

« L’évaluation individuelle tend à détruire les solidarités locales, à faire de chacun le concurrent de tous, pour la promotion et pour le licenciement. » (Christophe Dejours)

Sociétés disciplinaires décrites par Michel Foucault.

Deux types d’évaluation (Jacques Ardoino) :

  • Le premier s’intéresse à la mesure des écarts entre « ce qui est », les résultats, les phénomènes observés, d’une part, et ce qui « devrait être » d’autre part (norme, gabarit, modèle) : évaluation contrôle.
  • Le second « s’inscrit dans une temporalité privilégiant les interrogations relatives au sens, comportant cette fois des questionnements multiples. » : évaluation signe.

Évaluation contrôle : logiques de contrôle, de maintien ou de rappel à l’ordre.
Pensée du projet.
Dimension accumulatrice, linéaire.
Effectuer un certain nombre d’actes liés entre eux par le programme préétabli et l’objectif assigné.
Rationaliser et objectiver sa pratique.

Évaluation signe : ce qui compte, ce n’est pas tant les points fixés (début-fin) que ce qui se passe entre eux.
Ce qui est premier dans cette perspective, c’est le mouvement du groupe, ou de l’activité, qui n’est plus tributaire d’un programme à réaliser ou d’un objectif à atteindre.
Le mouvement du groupe nous pose en permanence la question suivante : que sommes-nous en train de construire ? Le regard s’inverse : le chemin ou le mouvement et ce qui s’y crée ou s’y découvre questionnent la pertinence, l’intérêt de la destination, du programme et de la manière de faire.
Dans les lignes que nous construisons, quelles sont celles qui nous ont conduits ou nous entraînent vers des trous noirs, des segmentarités binaires, des pôles de fixation ?
Le temps du processus.
On n’attend pas une hypothétique évaluation après coup pour penser et transformer ce qui arrive.

Première tâche de ce type d’évaluation : habiter la situation.
Possibilité de bifurquer, de créer une autre ligne et de voir ce qui s’y passe.
« Pas de côté »

Seconde tâche : dérouler et déplier les signes, c’est-à-dire essayer de leur conférer un sens collectif.
Un groupe se lance, un projet se crée et au fil du temps se réalise. Au même moment, une atmosphère et des habitudes s’installent, des rôles se distribuent, des foyers de pouvoir et de fixité se cristallisent.
Des signes qui peuvent nous apprendre des « choses » sur nous-mêmes et sur ce que nous sommes en train de réaliser, de devenir.
Mais ces signes sont avant tout paradoxaux, entremêlés dans la situation. Ils nous rendent impuissants, hagards et bêtes devant ce que nous ne somme pas (encore) capables de penser.
Processus permanent d’initiation (apprendre des signes).

La « bonne volonté » : recherche naturelle de ce qui est le « meilleur ».
Pensée classique de type rationaliste : imagine le groupe comme un acte naturel, rempli de gens volontaires.
Versus « Pensée sans image » : la capacité de pensée se construit (notamment en groupe), elle n’est pas naturelle.

Deux conditions nécessaires.
1/ L’ambiance dans le groupe. Si le climat est dégueulasse, il y a peu de chances, d’une part, qu’une expression se fasse entendre et, d’autre part, que la confiance soit suffisante pour permettre aux gens de « s’ouvrir ».
2/ Le temps que le groupe s’offre pour réaliser ce genre de démarche.
Si ces deux conditions sont nécessaires, elles ne sont pas suffisantes.

Critique de la bonne volonté. Il nous faut qqch en plus qui nous contraigne, qui nous force à développer un mouvement de dépose de ce que nous savons déjà en vue de déplier un nouveau sens sur la situation travaillée.

Une évaluation entendue comme une pause active qui oblige à se donner du temps (un week-end ou plus) et qui active la mise en place d’un dispositif expérimental.

Deux niveaux pour cela :
1/ Préparer
Le matériel (Quelles sont les conditions matérielles dont nous avons besoin ?), le contenu (De quoi avons-nous besoin comme informations, ressources pour aborder ces débats ?), le technique (De quelles manières envisageons-nous le processus ? Quels sont les rôles dont nous avons besoin ? Quels artifices peuvent nous aider ? Comment pense-t-on les différents passages que l’on risque de rencontrer ?)
2/ Expérimenter
Expérimenter un dispositif collectif, c’est essayer, par de nouvelles manières de faire, de perturber, de modifier, d’enrichir une pratique ainsi que la qualité des relations qui s’y tissent.
À chaque fois, une tentative à réagencer ou à prolonger.
Rectifier le tir : est-ce qu’on continue de la même manière ? que produisent les rôles ? faut-il les faire tourner ou les maintenir ?

Chemin faisant apparaissent souvent des décalages, des bifurcations qui obligent peu ou prou à changer le parcours. Ici comme ailleurs, point de formalisme : il s’agit de le modifier en situation (pas de côté) et de voir ce que cela produit.

Le triple sens de l’expérimentation :

  • Tenter des directions nouvelles
  • Elle participe de manière active à ce qu’elle tente (elle n’est pas extérieure à l’objet de sa pensée)
  • Elle s’engage dans un processus dont elle ignore l’issue ou le résultat

L’évaluation : apprendre à penser collectivement. Devenir, en somme, capable de créer du savoir.


Événement

Quelque chose se passe, mais on ne sait pas vraiment quoi.
« Le monde ne cesse de faire signe, à condition d’y être sensible » (François Zourabichvili)
La rencontre avec un signe s’effectue dans un mince défilé entre ce qui existe déjà et ce qui n’est pas encore advenu. Cette rencontre nous emmène vers des chemins qui ne sont pas encore pensables.

« Si l’on appelle événement un changement dans l’ordre du sens (ce qui faisait sens jusqu’à présent nous est devenu indifférent et même opaque, ce à quoi nous sommes désormais sensibles ne faisait pas sens auparavant), il faut conclure que l’événement […] marque une césure, une coupure, telle que le temps s’interrompt pour reprendre sur un autre plan. » (François Zourabichvili)
L’événement est une irruption (aiôn) qui redistribue l’agencement d’une situation et émet des signes.
L’événement peut être tantôt daté, localisé (Mai 68, Gênes 2001, New-York 9/11), tantôt plus diffus, difficilement assignable, localisable. Quelque chose pourtant poursuit l’événement, se loge en nous et attend des années parfois. Ce quelque chose, c’est la fêlure silencieuse.

Le « tout à coup » est ici aussi une vue de l’esprit, on n’a simplement pas senti venir le moment où tout s’est mis à craquer, on n’a pas su lire les signes.
La fêlure prolonge en quelque sorte cet événement… silencieusement.
Elle n’est pas à confondre avec les « accidents bruyants ».

« Tous ces accidents bruyants ne seraient pas suffisants en eux-mêmes s’ils ne creusaient et n’approfondissaient quelque chose d’une toute autre nature et qui, au contraire, n’est révélé par eux qu’à distance et quand il est trop tard : la fêlure silencieuse. » (Gilles Deleuze)

Dans un cas, ce qui se produit va renforcer en sourdine la fêlure silencieuse. Dans un autre cas, cela va agir comme un signe : « Ce n’est plus possible de continuer comme avant ».

L’événement où rien n’est assignable, où on est un peu perdu et où on sent que le désir est déjà ailleurs, qu’il nous indique d’autres chemins mais, en même temps, que notre corps est encore sur une ancienne route; On est écartelé entre deux positions, on vacille : tantôt on épouse l’une qui nous entraîne vers des territoires inconnus ; tantôt on s’accroche à l’autre, on se sécuriser, on veut maintenir ce que l’on a.
« On ne supporte plus ce qu’on supportait auparavant, hier encore ; la répartition du désir a changé en nous, nos rapports de vitesse et de lenteur se sont modifiés, un nouveau type d’angoisse nous vient mais aussi une nouvelle sérénité. » (Gilles Deleuze)

Trois manières de vivre et de prolonger un événement :

  • Ligne de fuite : suivre de nouvelles perspectives
  • Variation moléculaire : muter, changer de peau
  • Coupure, ligne molaire

« Ou bien la morale n’a aucune sens, ou bien c’est cela qu’elle veut dire, elle n’a rien d’autre à dire : ne pas être indigne de ce qui nous arrive. Au contraire, saisir ce qui arrive comme injuste et non mérité (c’est toujours la faute de quelqu’un), voilà ce qui rend nos plaies répugnantes, le ressentiment en personne, le ressentiment contre l’événement. » (Gilles Deleuze)


Fantômes

Il y a des images, des sonorités, des styles, de phonétiques, des coupures ou des distinctions qui collent à la peau.
Nous parlerons de « fantômes » qui peuplent les groupes, certaines utiliseront le terme d' »ombre », d’autres encore celui d' »imaginaire collectif ». Félix Guattari, dans un texte des années 1970, utilise le terme de « fantasme ».
Ce qui nous intéresse ici, c’est de pointer les rapport entre le groupe et ses fantômes.
Ces événements sont de tout type, et ils marquent une rupture dans le processus. La révolution de 1936 en Espagne, la prise de La Havane en 1959, Mai 68, ou la sortie des Zapatistes en 1994 en sont quatre exemples. Mais ils relèvent également de cette vie interne propre à chaque groupe : l’âge d’or de l’association, les premiers « succès publics », la première grande crise…

Ces événements renvoient à des mots d’ordre. Il se caractérisent par des ritournelles (une musique, une manière d’être ensemble, une figure…), une façon de poser les problèmes et d’y répondre (centralisme démocratique, « obéir en commandant »). Le tout nous a également légué des cicatrices, des divisions, des traîtrises.

Notre problème est de nous interroger sur un des rapports existant entre les événements passés (récents comme lointains) et notre actualité et de saisir sous quelles formes, aujourd’hui, nous les prolongeons.

Les différents événements (1936 en Espagne, 68 en France, 1999 à Seattle…) qui ont marqué et fabriqué la « gauche » continuent de construire les subjectivités militantes d’aujourd’hui et leurs effets continuent d’activer et/ou de figer nombre de pratiques collectives actuelles.

Deux types de groupes :

  • L’un se voit qualifié d' »assujetti » : il construit son présent à partir d’un passé élevé au rang de référence ; après cet événement, il ne s’est plus rien passé. Pour ce premier type de groupe, l’important aujourd’hui est de reproduire, de calquer, d’appliquer cette histoire sur le présent. Toute déviation de cette ligne historique sera perçue comme déviationniste, révisionniste. Que cela soit en interne, avec une organisation figée et segmentée, ou dans son rapport à l’extérieur, fermé et légèrement paranoïaque, le groupe assujetti, sûr de sa vérité, se vit comme unique et éternel.
  • L’autre type de groupe, que Guattari appelle « groupe sujet », opère un processus de singularisation en relation directe avec ce qui l’entoure, nourri par lui tout en le nourrissant. Il se crée les moyens d’une double élucidation de soi et sur son contexte. Il est articulé à un fantasme transitionnel, c’est-à-dire un fantasme inscrit dans un finitude et historiquement daté. Le « groupe sujet », à travers ses pratiques, affirme le caractère non maîtrisable et limité de ses vérités.
    Les groupes « sujets » ou « assujettis » ne sont pas forcément deux groupes séparés mais peuvent constituer deux aspects d’un même groupe ou deux tendances, deux devenirs possibles.

La dimension qui nous intéresse dans ces deux pôles possibles d’un seul et même groupe n’est pas tant de les opposer terme à terme, mais plutôt de saisir comment ils s’entrecroisent en vue de commencer à démêler des fils.
Pour cela, il nous faut d’abord pouvoir repérer les fantômes qui circulent, ces forces étranges qui habitent les lieux de nos réunions, notre langage, nos habitudes collectives. Et leur accorder avec respect et reconnaissance la juste place qui leur revient, entre ces livres qui pour nous ont de l’importance : les bouquins d’histoire et les recettes de cuisine. Placés là, on les ouvrira, on les consultera, on les racontera, et surtout on les actualisera et on les transformera selon nos problèmes actuels.

Repérer ces diables de fantômes… plus facile à dire qu’à faire. En tout cas certains d’entre eux. Pour d’autres par contre, à ouvrir un tant soit peu les yeux, nous n’aurions pas trop de peine à les débusquer. D’ailleurs, ils font souvent partie intégrante de l’humour ou des insultes mêmes du groupe ou d’un certain nombre de ritournelles, d’attitudes.
Les nouveaux arrivants dans un groupe peuvent à ce sujet devenir des « révélateurs ».
Rôle actif de « naïf » : celui qui questionne les évidences, les allant-de-soi, les répétitions, les rituels et les ritournelles.
Travailler à récolter les manières dont on est perçu, qualifié, « catalogué » par l’extérieur peut aussi être révélateur.

D’un côté, percevoir les fils qui nous maintiennent attachés aux fantômes qui agissent en nous en vue de nous lier avec les forces de vie qu’ils nous procurent.
De l’autre, nous délier des forces qui nous étouffent, nous empêchent, nous séparent de ce dont nous sommes capables aujourd’hui.


Micropolitiques

1er axe : phénomènes de bureaucratisation et de fermeture.
Plein de petites peurs.
Produisent des formes de replis identitaires ou « autoréférentiels »
Créent dans le langage, les attitudes, les positions, les rôles : des disjonctions exclusives, des oppositions binaires et autant de fixations psychologisantes.

2è axe : les compositions de passage, de transformation que nous sommes capables d’activer
Deux aspects :
– L’actualisation des potentialités et l’expérimentation d’agencements jusqu’alors emprisonnés dans des formes ou images.
Par exemple : la mise en valorisation de forces qui étaient bloquées dans des rôles assignés ; la modification de certains éléments, de certains usages qui organisaient le cadre matériel ou intellectuel du groupe.
– Tentatives de greffer sur le projet de nouvelles composantes qui, à la base, ne font pas partie de ses habitudes.

« Les révolutionnaires oublient souvent, ou n’aiment pas reconnaître », qu’on veut et fait la révolution par désir et non par devoir. » (Gilles Deleuze et Félix Guattari)

On peut très bien avoir un intérêt, même objectif, à vouloir transformer ou renverser une structure de pouvoir, et désirer dans le même temps maintenir ou même acquérir ce même pouvoir.
On n’investit pas un projet par pur dévouement, par la seule raison de la conscience. On amène aussi dans un projet son histoire, sa culture, sa langue, ses rapports au pouvoir et aux savoirs, ses fantômes et ses désirs.

Comment se fait-il que la dimension micropolitique soit si étrangère à nos manières de construire du commun ?

Culture du mouvement ouvrier :

  • Figure centrale de l’ouvrier mâle des usines
  • Croyance dans la Science, le Progrès, l’Universalisme, la Vérité
  • Dichotomies corps/âme, public/privé, raison/sentiment, collectif/individu…

Une habitude : celle de balayer d’une revers de la main la micropolitique et de la cataloguer comme étant porteuse d’une dérive subjectiviste.
Découpe entre ce qui est considéré comme faisant partie des problèmes à prendre en compte (la macropolitique) et ce qui n’a pas à l’être ou alors subsidiairement (la micropolitique).
On gère donc, par l’évitement, par le déplacement ou l’exclusion et par la discipline.

« Un certain type de subjectivité, que je qualifierai de capitaliste, est en passe d’envahir tout la planète. » (Félix Guattari)

« Le colonialisme accule le peuple dominé à se poser la question constamment : qui suis-je en réalité ? Les positions défensives nées de cette confrontation violence du colonisé et du système colonial s’organisent en une structure qui révèle alors la personnalité colonisée. Il suffit simplement pour comprendre cette « sensitivité » d’étudier, d’apprécier le nombre et la profondeur des blessures faites à un colonisé pendant une seule journée passé au sein du régime colonial. Il faut se souvenir en tout cas qu’un peuple colonisé n’est pas seulement un peuple dominé. » (Frantz Fanon)

Jules Ferry, instauration de l’école républicaine.
Devoir de civiliser les races inférieures.
De la colonisation à l’école, et inversement.
Il est aussi légitime de soumettre le territoire Enfance à une entreprise de colonisation qu’il l’est d’y soumettre des civilisations décrétées inférieures.
Gestion de la santé, de l’hygiène, de l’alimentation, de la sexualité…

Michel Foucault : biopolitique.
Un régime de pouvoir « disciplinaire » qui a pour objet d’une part de contraindre et d’habituer les « individus » aux nouveaux types de production (la grande industrie), et d’autre part de s’immiscer dans la vie elle-même, c’est-à-dire dans le langage, les affects, les désirs, la sexualité, bref le corps tout entier.
Gouvernement des individus, complété par un contrôle des populations à travers une série de « biopouvoirs » qui administrent la vie (hygiène, démographie…)
Nouvelles matrices qui modèlent l’imaginaire, injectent des personnages, des scénarios, des attitudes ; elles imposent, en somme, toute une micropolitique des relations.

« Il faut, pour que s’exerce une relation de pouvoir, qu’il y ait toujours des deux côtés, au moins une certaine forme de liberté. Même quand la relation de pouvoir est complètement déséquilibrée, lorsque vraiment on peut dire que l’un a tout le pouvoir sur l’autre, un pouvoir ne peut s’exercer sur l’autre que dans la mesure où il reste à ce dernier encore la possibilité de se tuer, de sauter par la fenêtre ou de tuer l’autre. Cela veut dire que, dan les relations de pouvoir, il y a forcément possibilité de résistance, car s’il n’y avait pas possibiltié de résistance – de résistance violente, de fuite, de ruse, de stratégies qui renversent la situation -, il n’y aurait pas du tout de relation de pouvoir. » (Michel Foucault)
Il y aura, alors, des états de domination.

Nous ne sommes pas extérieurs aux relations de pouvoir.

Notre problème n’est pas seulement d’avoir des groupes actifs et intelligents sur la nature du système monde capitaliste, mais qu’ils se rendent aussi capables de penser et de construire leurs agencements collectifs. Car ceux-ci ne sont pas moins modelés par le système qu’ils le dénoncent par ailleurs.
La micropolitique se noue autour de ce problème. Elle n’est pas un supplément d’âme pour un groupe en détresse ou actif, elle investit, au même titre que la macropolitique, mais à des échelles différentes, les mêmes objets sous des formes différentes.

Disjonction inclusive, qui « affirme les termes disjoints, les affirme à travers toutes leurs distances, sans limiter l’un par rapport à l’autre ni exclure l’un de l’autre, (et c’est là) peut-être le plus haut paradoxe. » (Gilles Deleuze et Félix Guattari)
« Soit ceci et soit cela » au lieu de « Ou bien ceci, ou bien cela ».
Inclusion de l’un dans l’autre : les termes différent l’un de l’autre, ils sont distincts et distinguables, mais en même temps, ils sont (partiellement) inclus l’un dans l’autre, ils existent (partiellement) l’un par l’autre et interagissent.
Ce qui nous importe ici est donc de penser ce « soit » de la micropolitique, sa singularité, pris dans des agencements de pouvoir et des pratiques de liberté.

Cela ne se fait pas à coup de bonne volonté, qui est encore une des formes du pouvoir moderne, mais à partir d’un art de faire, c’est-à-dire d’artifices qui obligent à prendre en compte dans nos pratiques collectives le caractère immanent des modalités d’exercice du pouvoir.

La question est, aujourd’hui : de quelles techniques et savoirs collectifs avons-nous besoin en vue de soigner et de conjurer ces empreintes corporelles qui affectent nos capacités d’agir et de penser et tendent à nous rendre impuissants ?


Parler

À chaque fois, ils nous font le coup, qu’importe la situation – une grève, une dispute dans un couple, Tchernobyl… -, c’est un problème de communication. Villepin l’a dit : « Je me suis fait mal… comprendre ». À quoi toutes celles qui sont descendues dans la rue rétorquent : « Non, non, on t’a très bien compris, on voit ce que tu veux quand tu utilises ces mots-là. »

La proposition se voit renversée : la question n’est plus de juger le langage du point de vue de celui qui entend, mais bien de celui qui parle.
« Un mot de veut dire quelque chose que dans la mesure où celui qui le dit veut quelque chose en le disant. » (Nietzsche)
« Traiter la parole comme une activité réelle, se mettre au point de vue de celui qui parle. » (Nietzsche)

Proposition nietzschéenne : le langage comme rapport de force.
Contrairement à l’énoncé « ce ne sont que des mots », nous prenons le pli d’imaginer les mots comme des « mots d’ordre » : ils agissent et transforment la réalité.

Avant d’être une affaire de communication entre un émetteur et un récepteur, la langue est prise dans des agencements d’énonciations collectives. Ceux-ci sont de différents types : sociaux, culturels, économiques, sémantiques, phonétiques…
« Il y a beaucoup de passions dans une passion, et toutes sortes de voix dans une voix, toute une rumeur, une glossolalie : c’est pourquoi tout discours est indirect. » (Gilles Deleuze et Félix Guattari)

Le langage, avant d’être un marqueur syntaxique, est d’abord un marqueur de pouvoir.

« Je me demande si les rapports entre maîtres et élèves ne sont pas, à bien des égards, comparables aux précédents (colonisateurs-colonisés, civilisation « supérieure » / civilisation « inférieure »). Entre eux, en effet, il y a le même écart qu’entre deux populations de cultures inégales. » (Émile Durkheim)

Un double mouvement. D’un côté, en externe, il s’agit de civiliser les « peuples primitifs » et, de l’autre, en interne, de civiliser les classes laborieuses.

« Le conflit entre le français de l’intelligentsia révolutionnaire et les idiomes ou patois est un conflit pour le pouvoir symbolique. » (Pierre Bourdieu)

Tout groupe se trouve pris dans des rapports de force qui ont pour enjeu de déterminer sa langue majeure.

Énoncés performatifs.
Un énoncé, une parole intervient en quelque sorte aussi bien comme un acte de langage qui ordonne au corps, que comme un acte de langage, une prise de parole, qui vient du corps.
Cet acte de langage dans le corps et par le corps peut tendre à détacher l’un de l’autre le corps et la parole : « Tout va bien, et tout va bien se passer, c’est juste une question de temps et de volonté », alors qu’en « dedans », ça n’arrête pas de craquer, de se fissurer. Au contraire, l’articulation corps-parole peut pousser les deux termes, les deux pôles, à se réunir, à converger, tel le premier « je t’aime » dans l’effusion de deux corps qui s’entrelacent. Enfin l’articulation peut produire un brouillage de perception comme dans le cas de l’énoncé : « Nous fonctionnons en autogestion », alors que le corps est en réalité stratifié et hiérarchisé.
Pourtant, l’énoncé fonctionne, il « (per)forme » les pensées, les convictions, les personnes que le corps supporte par le fait qu’il s’insère dans des pratiques, des gestes, des réunions collectives qui semblent confirmer ces mots.

Lorsque le mot « autogestion » perdra de sa magie, quand l’effet « mot d’ordre », pour telle ou telle raison, se détraquera, quand la personne regardera différemment le projet et découvrira toutes ses stratifications, alors elle se retournera contre ceux qui l’ont « envoûté » et elle les traitera de salauds, de manipulateurs, de voleurs d’idées… Ce faisant, elle oubliera que ce mot d’ordre d' »autogestion », elle le portait elle aussi et le propageait.

Caractère quasi-magique des mots performatifs.
Manipulation (collective) de la perception et de la réalité.


Pouvoir

Le grand P du pouvoir localisé dans les appareils d’État, dans les institutions publiques ou privées, dans certains organes internes des structures associatives. « Pouvoir » désigne également une propriété, celle d’une classe sociale qui l’aurait conquis.

Le regard se portera donc en priorité sur les signes apparents, sur la formalisation, le partage et la répartition des tâches, des activités et des fonctions, et moins, la plupart du temps, sur les processus et les contenus que cela permet de produire.
Le critère choisi dans cette dynamique est la moyenne : ceux qui ont « plus de… » doivent se retenir et ceux qui ont « moins de… » doivent « accéder à… ». Implicitement, le « faible » sera ici adulé et le « fort » sera châtié afin que toutes et tous convergent vers le même idéal d’une égalité enfin réalisée.

Ici, le pouvoir est perçu comme une construction sociale : « Nous vivons dans un monde hiérarchique… ». Le pouvoir est donc une résultante du système inégalitaire.

L’idée que l’égalité suppose la réalisation et la fabrication d’une certaine uniformité des positions, des compétences et des capacités.

Dans les deux cas, on imagine le pouvoir comme une entité séparée qu’il s’agit de restreindre ou de s’accaparer et on pense qu’une fois cet objectif réalisé, l’unité pourra être consacrée. Cette conception facilite la tâche de la pensée en lui permettant de réduire un phénomène complexe à des attributs (il a un certain nombre de…) ou à une psychologisation, à une personnalisation des fonctions dans un groupe.

Le pouvoir comme un ensemble de relations.
L' »un » et l' »autre » acteurs de la relation.
« Le pouvoir, c’est le nom que l’on prête à une situation stratégique complexe dans une société donnée. » (Michel Foucault
« Le pouvoir est rapport de force ou plutôt tout rapport de force est rapport de pouvoir. Comprenons d’abord que le pouvoir n’est pas une forme, par exemple la forme « État » […]. En second lieu, la force n’est jamais au singulier, il lui appartient essentiellement d’être en rapport avec d’autres forces, si bien que toute force est déjà rapport, c’est-à-dire pouvoir. […] La force n’a pas d’autre objet ni sujet que d’autres forces, pas d’autre être que le rapport : c’est une action sur les autres actions, sur des actions éventuelles, sur des actions futures ou présentes. [À partir de cet axiome, on peut] concevoir une liste de variables ouvertes, exprimant le rapport de force ou de pouvoir constituant des actions sur des actions : inciter, induire, détourner, rendre facile ou difficile, élargir ou limiter, rendre plus ou moins probable… Telles sont les catégories du pouvoir. » (Gilles Deleuze)

Nous avons souvent tendance à remplacer la « relation » (le pouvoir comme rapport entre des personnes, donc entre des forces) par l' »identité » (le pouvoir comme attribut incarné, comme étant le fait d’une personne).

Ce procédé a ceci de magique qu’il inverse l’ordre des choses : il nous amène à nous focaliser sur les conséquences d’une situation, à savoir les attributs et les positions dont disposent et jouissent les uns et les autres, et à ignorer les causes, les mécanismes, les différents facteurs, notamment historiques, qui produisent à un moment donné les rapports de pouvoir actuellement en vigueur. Ce faisant, on occulte donc une question importante : comment se créent et se produisent les relations de pouvoir et se distribuent les attributs qui en découlent, qui contribuent à les faire évoluer ou à les figer ?

Si on suit Michel Foucault, le pouvoir s’exerce (relation) avant de se posséder (attribut) et il passe par les dominés non moins que par les dominants.

En quoi cette situation fait-elle signe d’un problème de groupe ? Souvent, aux moments de tensions, de conflits, où nous nous posons cette question, nous sommes à l’aboutissement (toujours provisoire, toujours mobile) d’un système de relations qui a fonctionné pendant plusieurs années.
Ces autres forces ne sont pas restées purement passives, elles ont aussi bien accepté, encouragé, voire trouvé leur compte, qu’elles ont résisté, frondé ou fui les modes de relations de pouvoir qui, petit à petit, se sont installés.

Cette manière de penser le pouvoir nous invite donc à le concevoir, non plus à partir de ce qu’il donne à voir (« c’est un conflit de pouvoir »), mais depuis la multiplicité des rapports de forces qui sont immanents au domaine où il s’exerce.
Problémer, c’est-à-dire penser la situation au lieu de la juger.

Mettre à jour les rapports de force dans un groupe :

  • Nommer les orientations prises par exemple lors de la création du projet
  • Regarder les parcours suivis par chacune des personnes impliquées dans le projet, et les mobiles souvent multiples, voire contradictoires qui les ont animées
  • Comprendre les modalités pratiques que le groupe a construites, au sein desquelles les rapports de forces se sont tissés : les modes de décisions, les dispositifs de réunion et les modalités langagières qui y ont cours, les traces de l’histoire du groupe, la circulation de l’information, la répartition des fonctions et les dispositions permettant ou non de les contrôler, les actes économiques, leur transparence et l’analyse de leurs effets…

Tous ces éléments ont lentement fabriqué un système de différenciation dans le groupe.
Mettre à jour pour comprendre comment cela fonctionne, et saisir que ce n’est pas en coupant une tête que l’on modifiera les régimes de relations de pouvoir.

« La relation de pouvoir et l’insoumission de la liberté ne peuvent être séparés. Le problème central du pouvoir n’est pas celui de la « servitude volontaire » (comment pouvons-nous désirer être esclaves ?) : au cœur de la relation de pouvoir, il y a la rétivité du vouloir et intransitivité de la liberté. (Michel Foucault)

Envisager le pouvoir comme une entité séparée, le considérer sous un biais moral ou psychologique, c’est donc ce que nous proposons de mettre autant que possible de côté.Les dégâts de ces formes de jugement sont trop « classiques » et importants pour laisser se perpétuer cette vision des relations humaines, dont on sait qu’elle conduit souvent aux anathèmes, à l’impuissance ou au lynchage qui ne règle rien.

Considérer le pouvoir comme une relation de forces suppose au contraire que chaque partenaire de cette relation en dispose. Tantôt pour obéir, tantôt pour agir. Et chaque fois dans des circonstances particulières et localisées. Point donc de généralités, mais bien une microphysique du pouvoir : comment s’exerce-t-il, par où passe-t-il, quelles sont les alliances momentanées, les ruptures, les résistances qui s’opèrent, les leviers que l’on peut mobiliser ?

Ces phénomènes, comme nous dit Nietzsche, ne constituent pas les luttes entre les forces, ils sont simplement la poussière soulevée par le combat. Si des personnes dans un groupe se permettent, par exemple, de donner des baffes, d’humilier un autre ou de le diffamer publiquement ou dans les couloirs, il serait temps que celles qui tiennent à l’existence de ce groupe se posent l’une ou l’autre question sur ce qui rend possibles ces types de fonctionnement. Et pour ceux qui sont moins « attachés » au groupe, il est peut-être temps de fuir cette manière de « faire groupe » ainsi que le mode de rapport de pouvoir qui s’y est installé.
Comment se fait-il qu’une telle personne dite « de pouvoir » ou de « contre pouvoir » (ou un de ses sbires) se permette de tels actes dans le groupe ?

Trois préalables :

  • Suggérer à toute personne qui entre dans un groupe d’être un tant soit peu au clair avec son désir et avec ce qu’elle vient chercher. Plutôt que de projeter le groupe parfait (déception et amertume assurées).
  • Quand on se braque sur « la poussière soulevée par les combats », quand la parole n’est plus possible, quand le temps passé ensemble n’arrange pas vraiment les choses : autant freiner à bloc la spirale de l’impuissance.
  • Il ne peut y avoir de relation sans pouvoir => Tâche incessante d’analyser, d’élaborer et de remettre en question les relations de pouvoir et intransitivité de la liberté.

Problémer

« Camarades, accordons-nous sur le problème ! »
Cette façon d’envisager de « problémer » se différencie d’une pensée qui attache au mot « problème » une valeur négative.
Distinguer « problémer » de « solutionner ».
L’enjeu consiste à fabriquer les problèmes, à essayer de les poser, de les formuler au mieux et au plus loin de ce que l’on peut.
Les solutions découvertes et finalement choisies seront à la hauteur de la manière dont on aura posé le problème.

Quand l’objectif officiel est un moyen pour un processus ou une expérimentation.
Confondu la fin avec les moyens.

1/ La situation
Situation concrète, palpable : pas universelle.
Détour vers d’autres situations pour éclairer, décaler.
Découper une situation de crise pour nommer et localiser des situations qui donnent des prises pour penser et chercher des signes.

2/ S’impliquer – S’expliquer
S’impliquer dans la matière de notre expérience : le signe
S’expliquer le mystère, dérouler et démêler : le sens
On a toujours les solutions qu’on mérite d’après les problèmes que l’on pose.

3/ Le point de vue
Déplacer le point de vue : opérer un déplacement et en être affecté.
Le point de vue, ce n’est ici ni une opinion, ni le point de vue situé.
Violenter notre pensée. Cesser de penser en vase clos. Sortir de nos représentations habituelles, de notre univers familier et confortable.

4/ Quels critères ?
Se laisser guider par l’intuition : chercher ce qui fait tension.
Évaluation par l’usage : les effets que produisent la nomination du problème + les solutions qui en découlent.
Est-ce que ça produit de la joie ou du ressentiment ?
Décalage => Nouvelle perception => Aller contre l’uniformité régnante


Programmer

En arabe ancien, « Eilm » exprime un savoir, une science singulière : celle des signes qui permettent aux nomades de se déplacer dans le désert sans se perdre.

Le parcours, ce n’est pas aller directement à l’objectif.
Indétermination : on programme, mais on ne sait pas comment cela va tourner.
Vagabonder, ce n’est pas perdre son temps.
Jouer avec le programme plutôt que d’en être le jouet.
Savoir évacuer ou modifier le programme : se libérer de tout devoir militant ou moral.

Articuler mobiles d’une projet / Modalités opérationnelles de sa concrétisation.
Sinon, risque d’oublier en chemin quels étaient nos mobiles de départ.
Construire un programme comme un patchwork.

Les programmes ne sont pas des manifestes (…) mais des moyens de repérage pour conduire des expérimentations qui débordent nos capacités de prévoir.


Puissance

Les affects augmentent ou diminuent notre puissance d’agir.
Ce que peut un groupe.
Les passions (tristes ou joyeuses) ont des causes extérieures.

1er régime de connaissance : un groupe « prend » ou « ne prend pas ».
La tristesse s’imprègne dans les corps. Une fêlure silencieuse s’y déploie.
Ignorance des « causes » : à la merci des bonnes et mauvaises rencontres.

2è régime de connaissance : repérage de ce qui nous convient ou disconvient.
Tâtonner et expérimenter les agencements qui conviennent.


Réunion

Il ne suffit pas de s’assembler entre personnes de bonne volonté pour faire groupe.
Cultiver du commun + Produire de l’intelligence collective.
Créer un dispositif + Être attentifs aux effets produits par celui-ci.

Préparer :

  • Cheminement : une réunions s’inscrit dans un processus. Elle en ponctue le cours et permet d’en formaliser collectivement le devenir.
  • Objectifs : portent autant sur le contenu (arriver, par exemple, à une décision), sur le processus (de quelle manière allons-nous nous y prendre ?), que sur ce qui va être appris (quels effets nos manières de faire produisent-elles ?)
  • Tissages : le « contenu », le « processus » et l' »apprentissage » sont trois aspects différents qui parcourent simultanément une réunion. Chacun requiert un rythme spécifique… à entrelacer avec les autres.
  • Temps : de combien de temps disposons-nous, de quoi sommes-nous capables dans ce temps-là ?
  • Procédé : nulle certitude, juste affirmer une hypothèse, la tester et apprendre d’elle.
  • Besoins : au niveau du contenu, du processus et de l’ambiance.

La facilitation
Pour certains, cette fonction consiste à ouvrir/refermer les débats, favoriser les échanges, être attentif au déroulement et aux rôles (les activer).
Pour d’autres, elle consiste également à aider le groupe à penser. C’est-à-dire qu’elle intervient aussi sur le fond, à travers des synthèses, par des tentatives d’articuler un problème.

Le début de la réunion
– Lecture et/ou approbation du compte-rendu de la dernière réunion.
– Proposition d’agencement de la réunion, élaborée lors de la préparation.
– Point météo. Choisir les rôles à partir de ce qui est dit.
– Choix des rôles et des artifices. Rôles nécessaires : maître du temps, guet d’ambiance, écrivain-e public.
Les rôles et artifices tentent d’obliger le groupe à faire attention à un aspect de sa vie collective qui, laissé à l’état « naturel », l’empoisonne.

Le milieu de la réunion
Ici comme ailleurs, rien n’est garanti, on se donne les moyens, on cultive la possibilité de penser collectivement, mais on ne peut pas présumer du résultat. Il se peut, par exemple, que la proposition de travail entraîne le groupe dans une impasse : mieux vaut à ce moment-là arrêter les échanges, suspendre ce qui était prévu et convoquer un pas de côté.

La fin de réunion
– Rappeler les décisions prises et programmer la suite du travail.
– Revenir sur le processus, sur les manières de faire du groupe. Interroger les rôles et artifices utilisés et pointer leurs effets.


Rôles

Le groupe est un « système » qu’il faut cultiver et protéger en tant que tel (Starhawk)
L’individu est bien plus collectif qu’on ne pense.
Capitalisme : destruction des communautés.

Rôles : pour se concentrer sur des aspects de la vie du groupe qui, sinon, passent à la trappe.
Expliciter les rôles de fait.
Faire bouger le scénario et les rôles dans lesquels le groupe est en train de s’installer.
Prendre de la distance avec notre manière d’être habituelle et de faire dans le groupe.


Scission

Culture de la dénonciation = pratiques microfascistes.

Psychologisation :
D’abord, on classe : celui-là est comme ceci, celle-là est comme cela. Après, on divise en camps normés et exclusifs : « T’es avec lui ou t’es contre lui ? ». Puis on attribue des modes de possessions : « Il fait toujours cela comme ça, il évite les questions, il ne veut rien entendre… ». Et ensuite, on réduit la personnalité à ces modes : « C’est un lâche, il n’assume pas ses responsabilités. » Enfin, on l’y fixe : « Il a toujours été comme ça, et on ne le voyait pas : il cachait bien son jeu. » Une fois ce travail accompli, tout individu concerné qui voudrait bouger de ce genre de rôle « construit » s’y verra rabattu.

Dualismes, dichotomies, divisions, êtres définitifs.
Rumeur, médisance.
Alliance autour de la haine et de la vengeance, ou autour de la compassion.
La médisance, l’indignation, la compassion : produisent de l’impuissance.
À quand la révolte des otages ?
Silence : briser la chaîne de la rumeur.

L’idéologie : le cache-sexe des conflits.
Le penser selon les critères qu’on connaît = penser en rond.

Comment se fait-il que ces « acte » soit devenu possible ?
Culture des précédents : pour anticiper et comprendre le présent


Silence

Le discours est une arme de pouvoir, de contrôle, d’assujettissement, de qualification et de disqualification.
Mots « boîtes noires » : individu, concret, naturel…
« Mots d’ordre » : autonomie, démocratie…

« Toutes ces forces qui nous obligent à nous exprimer alors que nous n’avons pas grand chose à dire » (Gilles Deleuze)


Souci de soi

Continuer à se battre face à une opposition aussi violente exige un espoir profondément enraciné.
Écologie de groupe, qui requiert des techniques et des savoirs singuliers en vue de soigner, nourrir, cultiver le biotope collectif.

Le « moment cartésien » (Foucault) : entrée dans l' »âge moderne ».
Nouveau régime de vérité (par opposition à la croyance).

Acquérir un certain type de savoir qui peut aider à agir face aux différentes circonstances ou événements que l’on va rencontrer dans la vie.
Savoir qui fonctionne sous un mode opératoire.
Rapporté à soi, il aide à une transformation de soi.

Mise à distance moderne : objectivation d’un sujet autonome, sûr de son bon droit, de la vérité.
Création de la figure du désengagé, du délié, du « citoyen ».
Poursuite du mouvement des enclosures.

Dire Non à la Bonne volonté.
« Une pensée qui n’ennuie personne est celle qui demande adhésion » (Gilles Deleuze)

Connaissances théoriques dont on se sert pour réfléchir à notre objet de travail.
Savoirs qui impliquent une modification de soi.

Comment créer des pratiques et des cultures singulières qui soient capables de penser dans le même mouvement transformation du monde et transformation de soi, de telle sorte que notre puissance d’agir et d’être affecté soit augmentée ?


Subsides (subventions)

Schizophrénie douce. Apprendre à mimer, à singer la relation.
Adoption d’une culture administrative : de l’argent en échange d’une pensée « d’État ».
Sans s’immiscer le moins du monde dans les contenus du travail du réseau, ni même du groupe qui demande à bénéficier de l' »aide publique », simplement par les conditions structurelles qu’il formule, l’État impose sa force qui consiste d’une part, verticalement, à hiérarchiser les singularités, à les aligner et à les homogénéiser (via le groupe porteur) et, d’autre part, horizontalement, à couper dans la toile des relations, à les séparer les unes des autres (via, entre autres, la notion de publics cibles).

Le temps linéaire est un temps quantitatif. Il s’agit de faire valoir un volume d’activités.
Découpage en série, temps quantifiable et séquentiel, volume de prestations…

Étatisation continue
Selon Foucault, « il n’existe pas à proprement parler une localisation du pouvoir dans un appareil d’État (ou chaque institution (école, hôpital…) ne serait que le relais de ce pouvoir central. Il s’agit plutôt de comprendre la forme État comme agrégation progressive d’un certain nombre de rapports de pouvoir. Et cette opération « d’étatisation continue », par exemple de la justice, de l’enseignement ou des associations privées (du type entreprises ou syndicats), est très variable selon les cas. Pour le dire autrement, l’existence même de l’État suppose des rapports de pouvoir mais il n’en n’est pas la source. Il fixe, il actualise momentanément un régime de pouvoir. »


Effet des théories

Réfléchir à propos de nos pratiques : science nomade, ambulante.
Une démarche qui ne cherche pas à atteindre une sorte d’universalité des causes, à trouver et à énoncer une essence, une formule ou un théorème censés s’appliquer à tout phénomène égal.

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