Photos & Chansons / 41-60

Exister« Et si tu n´existais pas,
Dis-moi pourquoi j´existerais?
Pour traîner dans un monde sans toi,
Sans espoir et sans regrets.

Et si tu n´existais pas,
J´essaierais d´inventer l´amour,
Comme un peintre qui voit sous ses doigts
Naître les couleurs du jour.
Et qui n´en revient pas.

Et si tu n´existais pas,
Dis-moi pour qui j´existerais?
Des passantes endormies dans mes bras
Que je n´aimerais jamais.

Et si tu n´existais pas,
Je ne serais qu´un point de plus
Dans ce monde qui vient et qui va,
Je me sentirais perdu,
J´aurais besoin de toi.

Et si tu n´existais pas,
Dis-moi comment j´existerais?
Je pourrais faire semblant d´être moi,
Mais je ne serais pas vrai.

Et si tu n´existais pas,
Je crois que je l´aurais trouvé,
Le secret de la vie, le pourquoi,
Simplement pour te créer
Et pour te regarder. »

Joe Dassin
Et si tu n’existais pas
[Photo : Nord du Sjælland, Danemark]
-41-


Oiseau rebelle« L’amour est un oiseau rebelle
Que nul ne peut apprivoiser
Et c’est bien en vain qu’on l’appelle
S’il lui convient de refuser

RIen n’y fait, menace ou prière
L’un parle bien l’autre se tait
Et c’est l’autre que je préfère
Il n’a rien dit mais il me plaît

L’amour (x4)

L’amour est enfant de bohème
Il n’a jamais jamais connu de loi
Si tu ne m’aimes pas je t’aime
Et si je t’aime prends garde à toi
Prends garde à toi
Si tu ne m’aimes pas, si tu ne m’aimes pas je t’aime
Prends garde à toi
Mais si je t’aime, si je t’aime
Prends garde à toi

L’oiseau que tu croyais surprendre
Battit de l’aile et s’envola
L’amour est loin tu peux l’attendre
Tu ne l’attends plus il est là

Tout autour de toi vite vite
Il s’en va puis il revient
Tu crois le tenir, il t’évite
Tu crois l’éviter, il te tient »

Georges Bizet
Carmen – Habañera
[Photo : lignes d’un cahier offert par Manu]
-42-


Un seul homme« Et si je vous disais que même au milieu d’une foule
Chacun, par sa solitude, a le cœur qui s’écroule
Que même inondé par les regards de ceux qui nous aiment
On ne récolte pas toujours les rêves que l’on sème

Déjà quand la vie vient pour habiter
Ces corps aussi petits qu’inanimés
Elle est là telle une déesse gardienne
Attroupant les solitudes par centaines

[Ref] Cette mère marie, mère chimère de patrie
Celle qui viendra nous arracher la vie
Celle qui, comme l’enfant, nous tend la main
Pour mieux tordre le cou du destin

Et on pleure, oui on pleure la destinée de l’homme
Sachant combien, même géants, tout petits nous sommes

La main de l’autre emmêlée dans la nôtre
Le bleu du ciel plus bleu que celui des autres
On sait que même le plus fidèle des apôtres
Finira par mourir un jour ou l’autre

Et même amitié pour toujours trouver
Et même après une ou plusieurs portées
Elle est là qui accourt pour nous rappeler
Que si les hommes s’unissent c’est pour mieux se séparer

Car, tel seul un homme, nous avançons
Vers la même lumière, vers la même frontière
Toujours elle viendra nous arracher la vie
Comme si chaque bonheur devait être puni

Et on pleure, oui on pleure la destinée de l’homme
Sachant combien, même géants, tout petits nous sommes »

Pierre Lapointe
Tel un seul homme
[Photo : New-York]
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Partisans« Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ?
Ohé, partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme.
Ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang et les larmes.

Montez de la mine, descendez des collines, camarades !
Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades.
Ohé, les tueurs à la balle et au couteau, tuez vite !
Ohé, saboteur, attention à ton fardeau : dynamite…

C’est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères.
La haine à nos trousses et la faim qui nous pousse, la misère.
Il y a des pays où les gens au creux des lits font des rêves.
Ici, nous, vois-tu, nous on marche et nous on tue, nous on crève…

Ici chacun sait ce qu’il veut, ce qu’il fait quand il passe.
Ami, si tu tombes un ami sort de l’ombre à ta place.
Demain du sang noir sèchera au grand soleil sur les routes.
Chantez, compagnons, dans la nuit la Liberté nous écoute…

Ami, entends-tu ces cris sourds du pays qu’on enchaîne ?
Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh… »

Le chant des partisans
[Photo : Sifnos]
-44-


Sin miedo[La photo n’est pas de moi]

« Que tiemble el Estado, los cielos, las calles
Que tiemblen los jueces y los judiciales
Hoy a las mujeres nos quitan la calma
Nos sembraron miedo, nos crecieron alas

A cada minuto de cada semana
Nos roban amigas, nos matan hermanas
Destrozan sus cuerpos, los desaparecen
¡No olvide sus nombres, por favor, Señor Presidente!

Por todas las compas marchando en Reforma
Por todas las morras peleando en Sonora
Por las comandantas luchando por Chiapas
Por todas las madres buscando en Tijuana

Cantamos sin miedo, pedimos justicia
Gritamos por cada desaparecida
Que resuene fuerte: ¡Nos queremos vivas!
Que caiga con fuerza el feminicida

Yo todo lo incendio, yo todo lo rompo
Si un día algún fulano te apaga los ojos
Ya nada me calla, ya todo me sobra
Si tocan a una, respondemos todas

Soy Claudia, soy Esther y soy Teresa
Soy Ingrid, soy Fabiola y soy Valeria
Soy la niña que subiste por la fuerza
Soy la madre que ahora llora por sus muertas
Y soy esta que te hará pagar las cuentas
(¡Justicia! ¡Justicia! ¡Justicia!)

Y retiemble en sus centros la tierra
Al sororo rugir del amor
Y retiemble en sus centros la tierra
Al sororo rugir del amor »

Cancion sin miedo
[La photo n’est pas de moi]
-45-


Compartiment 23« Dans l’compartiment 23 sur le Paris Trucmuche
La fille tout en autruche, c’est moi…
J’ai toujours l’même wagon-lit, réservé chaque samedi
J’sais bien qu’certains se fichent de moi…

Dans l’compartiment 23 eur le Paris Trucmoche
Si une fille vous accroche c’est moi…
J’ai toujours l’même wagi long avec un édredon
J’dis ça pour qu’on s’rapproche de moi…

Dans l’compartiment 23 sur le Paris Tricmimiche
Qui vous tire la barbiche c’est moi…
J’ai toujours l’même wigon la et trois chats angoras
Ils portent des postiches, moi pas…

Dans l’compartiment 22 par la fenêtre du 23
J’aperçois des messieurs, parfois…
C’que j’aime c’est les voir tout nus, je n’voyage que pour ça
Si vous êtes déçus, moi pas… »

Serge Gainsbourg – Mireille Darc
Le compartiment 23
[Photo : Tupiza, Bolivie]
-46-


Prosperity« Avez-vous vu un homme à poil
Sortir soudain d’la salle de bain
Dégoulinant par tous les poils
Et la moustache pleine de chagrin
Avez-vous vu un homme bien laid
En train d’manger des spaghettis
Fourchette au poing, l’air abruti
D’la sauce tomate sur son gilet

Quand ils sont beaux ils sont idiots
Quand ils sont vieux ils sont affreux
Quand ils sont grands ils sont feignants
Quand ils sont p’tits ils sont méchants

Avez-vous vu un homme trop gros
Extraire ses jambes de son dodo
S’masser le ventre, s’gratter les tifs
En r’gardant ses pieds l’air pensif

N’vous mariez pas les filles, ne vous mariez pas !
Faites plutôt du cinéma, restez pucelle chez votre papa
Dev’nez serveuse dans un bougnat
Él’vez des singes, él’vez des chats
Levez la patte à l’Opéra, vendez des boîtes de chocolat
Prenez le voile, ou l’prenez pas, dansez à poil pour les gagas
Soyez radeuse av’nue du Bois
Mais ne vous mariez pas les filles, ne vous mariez pas !

Avez-vous vu un homme gêné
Rentrer trop tard pour le dîner
Du rouge à lèvres sur son col
Du flageollant dans la guibole
Avez-vous vu au cabaret
Un monsieur qui n’est plus très frais
Se frotter avec insistance
Sur une petite fleur d’innocence

Quand ils sont bêtes ils vous embêtent
Quand ils sont forts ils font du sport
Quand ils sont riches ils gardent l’artiche
Quand ils sont durs ils vous torturent

Avez-vous vu à votre bras un maigrichon à face de rat
Friser ses trois poils aux moustaches et se redresser l’air bravache

N’vous mariez pas les filles, ne vous mariez pas !
Mettez vos robes de gala, allez danser à l’Olympia
Changez d’amant 4 fois par mois, prenez la braise, et gardez là
Cachez la fraiche sous vos mat’las, à 50 ans ça servira
À vous payer de beaux p’tits gars
Rien dans la tête tout dans les bras,
Ah la belle vie que ce sera
Si vous n’vous mariez pas les filles, si vous n’vous mariez pas
Si vous n’vous mariez pas les filles, si vous n’vous mariez pas ! »

Boris Vian – Magali Noël
Ne vous mariez pas les filles
[Photo : Liban]
-47-


Espérance« Tout va bien, tout va bien petit, tout va bien, tout va bien
Tout va bien, petit, tout va bien, tout va bien, tout va bien
Dors, dors

Si le monsieur dort dehors, c’est qu’il aime le bruit des voitures
S’il s’amuse à faire le mort, c’est qu’il joue avec les statues
Et si, un jour, il a disparu, c’est qu’il est devenu millionnaire
C’est qu’il est sûrement sur une île avec un palmier dans sa bière

Tout va bien, tout va bien petit, tout va bien, tout va bien
Tout va bien, petit, tout va bien, tout va bien, tout va bien

Si la voisine crie très fort, c’est qu’elle a pas bien entendu
Si elle a du bleu sur le corps, c’est qu’elle a joué dans la peinture
Et si, un jour, elle a disparu, c’est qu’elle est partie en lune de miel
En attendant les jours de pluie, elle met ses lunettes de soleil

Tout va bien, tout va bien petit, tout va bien, tout va bien
Tout va bien, petit, tout va bien, tout va bien, tout va bien

Si les Hommes se tirent dessus
C’est qu’y’a des vaccins dans les balles
Et, si les bâtiments explosent, c’est pour fabriquer des étoiles
Et si, un jour, ils ont disparu, c’est qu’ils s’amusaient tellement bien
Qu’ils sont partis loin faire une ronde
Tous en treillis, main dans la main

Tout va bien, tout va bien petit, tout va bien, tout va bien
Tout va bien, petit, tout va bien, tout va bien, tout va bien
Dors, dors »

Orelsan
Tout va bien
[Photo : Fontenay-sous-Bois]
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Joyeux Noël« C´était 22h à peine, ce vendredi-là
C´était veille de Noël et, pour fêter ça,
Il s´en allait chez Madeleine près du Pont d´l´Alma
Elle aurait eu tant de peine qu´il ne vienne pas
Fêter Noël, fêter Noël

En smoking de velours vert, en col roulé blanc
Et le cœur en bandoulière, marchant à pas lents
A pied, il longeait la Seine tout en sifflotant
Puisqu´il allait chez Madeleine, il avait bien l´temps
Charmant Noël, charmant Noël

C´était 22h à peine, ce vendredi-là
C´était veille de Noël et, pour fêter ça,
Elle s´en allait chez Jean-Pierre, près du Pont d´l´Alma
Il aurait eu tant de peine qu´elle ne vienne pas
Fêter Noël, fêter Noël

Bottée noire souveraine et gantée de blanc
Elle allait pour dire « Je t´aime » tout en chantonnant
A pied, elle longeait la Seine marchant d´un pas lent
Puisqu´elle allait chez Jean-Pierre, il avait bien l´temps
Charmant Noël, charmant Noël

Or, voilà que sur le pont ils se rencontrèrent
Ces deux-là qui s´en venaient d´un chemin contraire
Lors(e)qu´il la vit si belle des bottes aux gants
Il se sentit infidèle jusqu’au bout des dents

Elle aima son smoking vert, son col roulé blanc
Et frissonna dans l´hiver en lui souriant
– Bonsoir je vais chez Jean-Pierre, près du pont d´ l´Alma
– Bonsoir, j´allais chez Madeleine, c´est juste à deux pas

Et ils allèrent chez Eugène pour y fêter ça
Sous le sapin de lumière quand il l´embrassa
Heureuse, elle se fit légère au creux de son bras
Au petit jour, ils s´aimèrent près d´un feu de bois
Joyeux Noël, joyeux Noël

Mais après une semaine, ce vendredi-là
Veille de l´année nouvelle, tout recommença
Il se rendit chez Madeleine, l´air un peu sournois
Elle se rendit chez Jean-Pierre, un peu tard, ma foi

Bien sûr, il y eut des scènes près du Pont d´ l´Alma
Qu´est-ce que ça pouvait leur faire à ces amants-là ?
Eux qu´avaient eu un Noël comme on n´en fait pas
Mais il est bien doux quand même de rentrer chez soi
Après Noël,
Joyeux Noël »

Barbara
Joyeux Noël
[Photo : Paris IXè]
-49-


Moulin« Comme une pierre que l´on jette dans l´eau vive d´un ruisseau
Et qui laisse derrière elle des milliers de ronds dans l´eau
Comme un manège de lune avec ses chevaux d´étoiles
Comme un anneau de Saturne un ballon de carnaval
Comme le chemin de ronde que font sans cesse les heures
Le voyage autour du monde d´un tournesol dans sa fleur
Tu fais tourner de ton nom tous les moulins de mon cœur

Comme un écheveau de laine entre les mains d´un enfant
Ou les mots d´une rengaine pris dans les harpes du vent
Comme un tourbillon de neige comme un vol de goélands
Sur des forêts de Norvège sur des moutons d´océan
Comme le chemin de ronde que font sans cesse les heures
Le voyage autour du monde d´un tournesol dans sa fleur
Tu fais tourner de ton nom tous les moulins de mon cœur

Ce jour-là près de la source Dieu sait ce que tu m´as dit
Mais l´été finit sa course l´oiseau tomba de son nid
Et voila que sur le sable nos pas s´effacent déjà
Et je suis seul à la table qui résonne sous mes doigts
Comme un tambourin qui pleure sous les gouttes de la pluie
Comme les chansons qui meurent aussitôt qu´on les oublie
Et les feuilles de l´automne rencontre des ciels moins bleus
Et ton absence leur donne la couleur de tes cheveux

Une pierre que l´on jette dans l´eau vive d´un ruisseau
Et qui laisse derrière elle des milliers de ronds dans l´eau
Au vent des quatre saisons
Tu fais tourner de ton nom tous les moulins de mon cœur »

Michel Legrand
Les moulins de mon cœur
[Photo : Mandø, Danemark]
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Monde moderne« C’était un jour pas comme les autres
Que commence par une chose extraordinaire
J’me suis réveillé la tête dans l’cul
Ça m’était pas arrivé d’puis hier
Rien à faire, qu’est-ce que je fais là ?
Un jour de plus dans le lit mon foie me pardonne plus
Je crois que c’était un samedi

J’suis rentré dans une église j’ai appelé Dieu comme Don Camillo
J’avais vu le film mais rien à faire, il sortait rien de là-haut,
J’me suis dit un tel mégalo y a qu’une solution pour le sortir de la perfection
Alors je l’ai traité de tous les noms : gros con, enculé,
Descends si t’es un homme,
J’la prends dans le bain Marie,
J’lui parle toutes les langue de Babel et j’te maudis
La terre à tremblé, bruit de tonnerre, deux mille ans
Qu’il avait pas mis les pieds sur Terre
Il tapé une Christ…de nerfs

J’ai tapé le flip devant l’Barracuda
Il avait moins l’physique de Jésus Christ
Que celui d’Bouddah,
J’ai joué les martyrs il m’a pardonné
Il a fait une croix sur l’embrouille et on a bu un demi
Accompagné de quelques olives,
J’lui ai dit c’est quoi l’art de vivre, J’ai les relents d’buffet froid,
Y en a qui rêvent de soirées Ferrero, de Ferrari,
Moi j’voudrais finir comme dans la Grande Bouffe de Marco Ferreri {x2}

Il voulait voir le désastre,
J’l’ai emmené à Pigalle
Surpris et naïf il a été choqué
Mais dans ses yeux s’est allumée une lueur de vice.
Il m’a dit « J’veux voir des gens en transe qui prient pour ma face »
« Une église ? »
« Non quelque chose de plus classe »
J’ai fait « taxi ! Au Palace »

Dans la teboi on était frac’, que d’la tétech qui te pète les rones
Un max de branchés, tu me mates, j’te mate
Pas trop mon truc
J’ai fait « On s’arrache  »
Il m’a dit « non faut que j’me lâche, t’as rien à mefe ? »
« Tu veux du teuch ? »
« Amène l’icône » et il a pris un exostie
Il a fait la danse de Saint-Guy,
On s’est fini en after à l’Enfer
Il a croqué le fruit défendu il est parti
S’envoyer en l’air à l’hôtel
Avec une bombe sexy qui avait le diable au corps
Pécher les plaisirs de la vie
Et puis à onze heures du matin
J’l’ai repêché gisant tout en suaire
Avec une bonne crise de foi
Il a béger baptisant l’parterre
Son souffle divin avait des relents d’outre-tombe.
Il m’a dit « Où est la lumière ? Je sombre… »

Mais qu’est-ce que j’fais là affalé croquant le fruit défendu,
Tout ce qui est foireux me fascine,
Il faut que je me casse avant d’être foutu
On est quel jour ? Dimanche,
Le septième : faut que je change le système
Et Dieu créa la flemme {x2}

C’est devenu un frère un compagnon de galère
Pour moi il a fait un pacte avec Saint-Pierre
J’ai l’droit d’emmener un pack avant ma mise en bière
Et puis il a voulu rentrer chez lui
On a pris le premier RER, de cinq heures et demi
L’omnibus pour l’paradis,
On a fait un arrêt à l’épicerie,
Mais arrivé à la gare, c’était la grève,
On voulait rentrer dans l’au-delà
Mais on était d’dans jusqu’au cou sur un banc
Cherchant du rêve
On est resté à regarder les hommes
Brasser du vent.
Si vous cherchez une fin à la chanson,
Bah y en a pas vraiment, hein ; on a juste fini par se demander

Mais qu’est-ce que j’fais là affalé fou fêlé un feignant
J’ai l’flow décontracté du gland
J’ai les relents d’buffet froid,
Y en a qui rêvent de soirées Ferrero, de Ferrari,
Moi j’voudrais finir comme dans la Grande Bouffe de Marco Ferreri {x2}

Mais qu’est-ce que j’fais là affalé fou fêlé un fainéant
J’ai l’flow décontracté du gland
J’ai les relents d’buffet froid,
Y en a qui rêvent de soirées Ferrero, de Ferrari,
Moi j’voudrais finir…
Mais tu peux pas, t’es infini »

Java
Dieu
[Photo : La parole errante, Montreuil, 93]
-51-


Or« Je me souviens de tes poèmes
Et de la lumière dans tes yeux
Je me souviens de tes « je t’aime »
Que tu balançais comme des vœux
As-tu un jour voulu qu’on sème
Des pétales et des jours heureux ?
Ou savais-tu tous les problèmes
As-tu jeté les dés au feu ?
Au feu

C’était de l’or, tu sais
C’était comme de l’or notre histoire
Et si jamais
Si je m’en sors à peu près
Ne t’en fais pas qu’un jour ou l’autre je te retrouverais
Je te retrouverais

Tu m’as dit que j’étais la tienne
Qu’avec moi le ciel est plus bleu
Tu m’as cité Rimbaud Verlaine
Compté l’histoire de la vie à deux,
À deux

Et c’était de l’or, tu sais
C’était comme de l’or notre histoire
Et si jamais
Si je m’en sors à peu près
Ne t’en fais pas qu’un jour ou l’autre je te retrouverais
Je te retrouverais

C’en est assez des amours blêmes
Et des cœurs brisés en morceaux
De ces chansons sur le même thème
Qui ont épuisées tous mes mots
Tous mes mots

Et c’était de l’or, tu sais
C’était comme de l’or notre histoire
Et si jamais
Si je m’en sors à peu près
Ne t’en fais pas qu’un jour ou l’autre je te retrouverais
Je te retrouverais »

Pomme
À peu près
-52-


Jalousie« Tu nous tues, tu nous tues…
Jalousie, jalousie

Nuance avec parano, de pas grand chose
Mais pourquoi s’entremêler entre lui et moi ?
C’est, c’est plutôt déplacé
Et frustrant, car jalousie
Ton nom est bien trop joli

Mais c’est qui cette fille sur la photo ?
Jalousie me dit qu’elle est belle, qu’elle est belle, qu’elle est belle
Elle te veut, je crois, ça se voit
Jalousie me dit qu’elle est là, qu’elle est là

Écrasant les premières étincelles
Jalousie, c’est pas rien
Tu nous rends malades, oh, oh
Quand le doute roule sur nos épaules, campe dans nos têtes
Et prend un rôle, c’est là que tu agis

Mais c’est qui cette fille sur la photo ?
Jalousie me dit qu’elle est belle, qu’elle est belle, qu’elle est belle
Elle te veut, je crois, ça se voit
Jalousie me dit qu’elle est là, qu’elle est là

Oh, oh, jalousie, jalousie
Jalousie, jalousie

Mais c’est qui cette fille sur la photo ?
Jalousie me dit qu’elle est belle, qu’elle est belle, qu’elle est belle
Elle te veut, je crois, ça se voit
Jalousie me dit, qu’elle est là
Mais c’est qui cette fille dans tes messages ?
Jalousie me dit qu’elle est seule
Qu’elle est seulement moi, j’ai peur que tu l’aimes
Jalousie me dit, qu’elle est là, qu’elle est là

Tu nous tues, tu nous tues… »

Angèle
Jalousie
-53-

Vertige« J’ai crevé l’oreiller, j’ai dû rêver trop fort
Ça m’prend les jours fériés, quand Gisèle clape dehors

J’aurais pas dû ouvrir à la rouquine carmélite
La mère sup’ m’a vu v’nir, Dieu avait mis un kilt.
Y’a dû y’avoir des fuites
Vertige de l’amour

Mes circuits sont niqués, puis y’a un truc qui fait masse
L’courant peut plus passer.
Non mais t’as vu c’qui passe, j’veux l’feuilleton à la place
Vertige de l’amour

Tu t’chopes des suées à Saïgon, j’m’écris des cartes postales du front
Si ça continue j’vais m’découper, suivant les points, les pointillés …
Vertige de l’amour

Désir fou que rien ne chasse, l’coeur transi reste sourd
Aux cris du marchand d’glaces
Non mais t’as vu c’qui passe, j’veux l’feuilleton à la place
Vertige de l’amour

Mon légionnaire attend qu’on l’shunte
Et la tranchée vient d’être repeinte
Ecoute, si ça continue j’vais m’découper
Suivant les points, les pointillés …

Vertige de l’amour, j’ai dû rêver trop fort
Ça m’prend les jours fériés quand Gisèle clape dehors
J’ai crevé l’oreiller, j’ai du rêver trop fort
Ça m’prend les jours fériésn quand Gisèle clape dehors »

Alain Bashung
Vertige de l’amour
[Photo : Rekjanes, Islande]
-54-


Parisienne« Lorsque je suis arrivée dans la capitale
J’aurais voulu devenir une femme fatale
Mais je ne buvais pas, je ne me droguais pas
Et je n’avais aucun complexe
Je suis beaucoup trop normale, ça me vexe

Je ne suis pas parisienne, ça me gêne, ça me gêne
Je ne suis pas dans le vent, c’est navrant, c’est navrant
Aucune bizarrerie, ça m’ennuie, ça m’ennuie
Pas la moindre affectation, je ne suis pas dans le ton
Je n’suis pas végétarienne, ça me gêne, ça me gêne
J’n’suis pas Karatéka, ça me met dans l’embarras
Je ne suis pas cinéphile, c’est débile, c’est débile
Je ne suis pas M.L.F., je sens qu’on m’en fait grief
M’en fait grief

Bientôt j’ai fait connaissance d’un groupe d’amis
Vivant en communauté dans le même lit
Comm’ je ne buvais pas, je ne me droguais pas
Et n’avais aucun complexe,
Je crois qu’ils en sont restés tout perplexes

Je ne suis pas nymphomane, on me blâme, on me blâme
Je ne suis pas travesti, ça me nuit, ça me nuit
Je ne suis pas masochiste, ça existe, ça existe
Pour réussir mon destin, je vais voir le médecin
Je ne suis pas schizophrène, ça me gêne, ça me gène
Je ne suis pas hystérique, ça s’complique, ça s’complique
Oh dit le psychanalyste, que c’est triste, que c’est triste
Je lui dis je désespère, je n’ai pas de goûts pervers
De goûts pervers

Mais si, me dit le docteur en se rhabillant
Après ce premier essai c’est encourageant
Si vous ne buvez pas, vous ne vous droguez pas
Et n’avez aucun complexe
Vous avez une obsession : c’est le sexe

Depuis je suis à la mode, je me rôde, je me rôde
Dans les lits de Saint-Germain, c’est divin, c’est divin
Je fais partie de l’élite, ça va vite, ça va vite
Et je me donne avec joie, tout en faisant du yoga
Je vois les films d’épouvante, je m’en vante, je m’en vante
En serrant très fort la main, du voisin, du voisin
Me sachant originale, je cavale, je cavale
J’assume ma libido, je vais draguer en vélo
Maint’nant je suis parisienne, j’me surmène, j’me surmène
Et je connais la détresse, et le cafard et le stress
Enfin à l’écologie, j’m’initie, j’m’initie
Et loin de la pollution, je vais tondre les moutons »

Marie-Paule Belle
La parisienne
[Photo : Paris XIXè]
-55-


Hélicon« Mon fils tu as déjà soixante ans
Ta vieill’ maman sucre les fraises
On ne veut plus d’elle au trapèze
A toi de travailler il serait temps.
Moi, je veux jouer de l’hélicon
Pon pon pon pon

Dans not’ petit cirque ambulant
Il y a déjà un hélicon
Choisis dont plutôt d’être clowo’n
Ou acrobate comm’ ta maman
Non, j’veux jouer de l’hélicon
Pon pon pon pon

N’en parlons plus mauvaise tête
Tiens va donc voir la femme tronc
Port’ lui ces haricots d’moutons
Eh maman je n’veux pas que la ‘tronc pète’
Je veux jouer de l’hélicon
Pon pon pon pon

Mon fils tu es bien polisson
De te moquer d’la femme tronc
La femme tronc qui est si bonne
Eh! maman que m’importe les ‘troncs bonnes’
Je veux jouer de l’hélicon
Pon pon pon pon

Laissons donc cette femme tronc
Qui a pourtant un beau tuba
Et va trouver l’homme serpent
Tu pourras jouer avec au boa
Pas du hautbois de l’hélicon
Pon pon pon pon

Eh bien, y a ton ami Elie
Qui n’est pas très intelligent
Si tu veux vas jouer avec lui
Eh maman c’est pas ça l’vrai instrument
Moi j’veux jouer de l’hélicon
Pon pon pon pon

Ah! tu m’énerv’s, Ah! c’en est trop
Tiens: pan pan pan boum, toc il tombe
Ell’ l’a tué à coup d’marteau
Et l’on a fait graver dessus sa tombe
 » II voulait jouer de l’hélicon
Pon pon pon pon
Con « 

Boby Lapointe
L’hélicon
[Photo : le souba de Sandrine]
-56-


Attente« Voilà combien de jours, voilà combien de nuits
Voilà combien de temps que tu es reparti
Tu m’as dit Cette fois, c’est le dernier voyage,
Pour nos coeurs déchirés, c’est le dernier naufrage

Au printemps, tu verras, je serai de retour
Le printemps, c’est joli, pour se parler d’amour
Nous irons voir ensemble les jardins refleuris
Et déambulerons dans les rues de Paris

Dis, quand reviendras-tu ?
Dis, au moins le sais-tu ?
Que tout le temps qui passe ne se rattrape guère
Que tout le temps perdu ne se rattrape plus

Le printemps s’est enfui depuis longtemps déjà
Craquent les feuilles mortes, brûlent les feux de bois
À voir Paris si beau en cette fin d’automne,
Soudain je m’alanguis, je rêve, je frissonne

Je tangue, je chavire, et comme la rengaine
Je vais, je viens, je vire, je tourne, je me traîne
Ton image me hante, je te parle tout bas
Et j’ai le mal d’amour et j’ai le mal de Toi

Dis, quand reviendras-tu ?
Dis, au moins le sais-tu ?
Que tout le temps qui passe ne se rattrape guère
Que tout le temps perdu ne se rattrape plus

J’ai beau t’aimer encore, j’ai beau t’aimer toujours
J’ai beau n’aimer que toi, j’ai beau t’aimer d’amour
Si tu ne comprends pas qu’il te faut revenir
Je ferai de nous deux, mes plus beaux souvenirs

Je reprendrai la route, le monde m’émerveille
J’irai me réchauffer à un autre Soleil
Je ne suis pas de celles qui meurent de chagrin
Je n’ai pas la vertu des femmes de marins »

Barbara
Dis quand reviendras-tu ?
[Photo : Porto]
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New-York Syracuse« J´aimerais tant voir Syracuse
L´île de Pâques et Kairouan
Et les grands oiseaux qui s´amusent
A glisser l´aile sous le vent

Voir les jardins de Babylone
Et le palais du grand Lama
Rêver des amants de Vérone
Au sommet du Fuji-Yama

Voir le pays du matin calme
Aller pêcher au cormoran
Et m´enivrer de vin de palme
En écoutant chanter le vent

Avant que ma jeunesse s´use
Et que mes printemps soient partis
J´aimerais tant voir Syracuse
Pour m´en souvenir à Paris »

Henri Salvador
Syracuse
[Photo : New-York]
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Facile« Mais ne me regarde pas comme si c’était facile
Tu sais bien que moi
Je ne suis pas si docile
Si tu savais comme ça me coûte
De ne pas te montrer mes doutes
J’en appelle à ma sagesse, S.O.S

Je me laisse, je fais facile
Je chante, je chante
C’est que ma vie en péril
Des nuits, ça me hantent
Quand de haut en bas ça tangue, moi, les yeux fermés j’avance
Tout en inconscience, quand j’y pense

Toi, tu crois, que je brille, que je mens
Pour tes yeux, grands

Mais ne me regarde pas comme si c’était facile
Tu sais bien que moi
Je ne suis pas si docile
Si tu savais comme ça me coûte
De ne pas te montrer mes doutes
J’en appelle à ma sagesse, S.O.S

C’est OK, je suis fragile
Presque sans défense
Ne crois pas que c’est futile
C’est ici que tout commence
Quand dedans ça papillonne
Que ça s’agite, que ça cogne
Je me défile et je m’étonne »

Camélia Jordana
Facile
[Photo : Baalbek, Liban]
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99%« La femme qui possède tout en elle
Pour donner le goût des fêtes charnelles
La femme qui suscite en nous tant de passion brutale
La femme est avant tout sentimentale
Main dans la main les longues promenades
Les fleurs, les billets doux, les sérénades
Les crimes, les folies que pour ses beaux yeux l’on commet
La transporte, mais…

Quatre-vingt-quinze fois sur cent
La femme s’emmerde en baisant
Qu’elle le taise ou qu’elle le confesse
C’est pas tous les jours qu’on lui déride les fesses
Les pauvres bougres convaincus
Du contraire sont des cocus
A l’heure de l’œuvre de chair
Elle est souvent triste, peu chère
S’il n’entend le cœur qui bat
Le corps non plus ne bronche pas

Sauf quand elle aime un homme avec tendresse
Toujours sensible alors à ses caresses
Toujours bien disposée, toujours encline à s’émouvoir
Ell’ s’emmerde sans s’en apercevoir
Ou quand elle a des besoins tyranniques
Les « encore », les « c’est bon », les « continue »
Qu’ell’ crie pour simuler qu’ell’ monte aux nues
C’est pure charité, les soupirs des anges ne sont
En général que de pieux mensonges
C’est à seule fin que son partenaire
Se croie un amant extraordinaire
Que le coq imbécile et prétentieux perché dessus
Ne soit pas déçu…

J’entends aller de bon train les commentaires
De ceux qui font des châteaux à Cythère
« C’est parce que tu n’es qu’un malhabile, un maladroit
Qu’elle conserve toujours son sang-froid »
Peut-être, mais les assauts vous pèsent
De ces petits m’as-tu-vu-quand-je-baise
Mesdam’s, en vous laissant manger le plaisir sur le dos
Chantez in petto… »

Georges Brassens
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[Photo : A.]
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