Photos & Chansons / 21-40

Anastasie« Je mesure aujourd’hui combien favorisé
J’étais quand je travaillais chez P’tit Louis
A Billancourt-sur-Seine dans l’entreprise modèle
Je participais à l’expansion.
A 5 heures du matin, levé comme à l’aveugle
Se lever avaler son café
S’enfoncer dans le noir, prendre le bus d’assaut
Piétiner dans le métro c’était le pied.

Anastasie l’ennui m’anesthésie

S’engouffrer au vestiaire, cavaler pour pointer,
Enlever sa casquette devant le chef.
Faire tourner la machine, baigner toute la journée
Dans l’huile polluée, quelle santé !
Surtout ne pas parler et ne pas trop rêver,
C’est comme ça que les accidents arrivent
Et puis le soir venu, repartir dans l’autre sens,
Vers le même enthousiasme voyage.

Anastasie l’ennui m’anesthésie

Heureusement, un jour, Pont-de-Sèvre-Montreuil,
Dans le bain de vapeur quotidien,
Dans la demi-conscience, au hasard d’un chaos,
J’ai senti dans mon dos tes deux seins.
Je me suis retourné, je t’ai bien regardée,
Et j’ai mis mes deux mains sur tes seins.
Tu m’a bien regardé et tu n’as pas bronché,
Bien mieux tu m’as souri et j’ai dit:

Anastasie l’ennui m’anesthésie

Tu t’appelais Ernestine ou peut-être Honorine
Mains moi je préfère Anastasie.
On a été chez toi, ça a duré des mois,
J’ai oublié d’aller chez P’tit Louis.
Qu’est ce qu’on peut voyager dans une petite carrée
On a été partout où c’est bon.
Et puis un soir comme ça, pour éviter l’ennui
On décidé de se séparer.

Anastasie l’ennui m’anesthésie

La morale de ce tango, tout à fait utopique,
C’est que c’est pas interdit de rêver
C’est que si tous les prolos, au lieu d’aller pointer,
Décidaient un jour de s’arrêter,
Et d’aller prendre leur pied où c’que ça leur plairait
Ce serait bien moins polluant que l’ennui,
Y’aurait plus de gars comme moi, comme j’étais autrefois
Qui se répétaient tous le temps pour tuer le temps.

Anastasie l’ennui m’anesthésie »

François Béranger – Sanseverino
Le tango de l’ennui
[Photo : Paris] -21-


Dugenou« Dans la cour de l’école, on m’appelait pot de colle
Dans la cour du bahut, on m’appelait la glu
On m’appelait la sangsue, on m’appelait le morpion
Enfin bref, on me donnait de jolis petits noms

Pour se faire un blason, fallait se battre dans la rue
Sous les acclamations mais en tant qu’avorton
Vu mes dispositions pour la boxe à main nues
Me suis fait cracher dessus et appeler Tartempion

[REF] Mais la nuit, dans mes rêves
On m’appelait, mon petit Lu
Ma colombe, mon Jésus
Mon loukoum, ou ma Fève

Dans la cour de l’immeuble je regardais les filles
Je faisais partie des meubles j’étais de la famille
J’étais le frère de ma sœur et malgré ma douceur
Quand je m’approchais d’elles je tenais la chandelle

Elles voulaient des boxeurs et des déménageurs
Et des maîtres nageurs mais pas le frère de ma sœur
Elles voulaient du robuste et du poil au menton
Moi j’étais un arbuste et j’avais des boutons

Dans les allées du parc on m’appelait cuisse de mouche
J’attirais les maniaques et les saintes nitouches
Et les fois peu nombreuses où nos mains se joignaient
Ma petite amoureuse me tordait le poignet

On me tape dans le dos, on m’appelle mon vieux
On soulève son chapeau, on m’appelle monsieur
« Mon vieux » pour les intimes, et « monsieur » pour tout le monde
Un monsieur anonyme dont les rues sont fécondes

Quand mon cerveau est mou, on m’appelle Dugenou
Quand mon cerveau est lent, on m’appelle Dugland
Dans mon automobile, au milieux des klaxons
Dans mon automobile, on m’appelle Ducon

[REF] Mais la nuit, dans mes rêves
On m’appelait, mon petit Lu
Ma colombe, mon Jésus
Mon loukoum, ou ma Fève »

Thomas Fersen
Dugenou
[Photo : Sajama, Bolivie] -22-


Périph

« Je roule tout droit sur le périph’, depuis des heures
J’ai mis pleins phares pour qu’en face ils voient pas qu’je pleure
Sur le pare-brise la crasse vient à bout de mes essuies-glaces
Portes et fenêtres condamnées, accélérateur bloqué

Je regarde ma vie défiler
Mille lumières, autant d’enfers, qui se croisent et se toisent et me ratiboisent
Et je vois un mur au loin, qui recule à mesure
Et je sais qu’un jour viendra où le mur s’arrêtera

Mais il n’est pas de marche arrière
Encore moins sur le boulevard circulaire
Tête à queue sans queue ni tête
Où les radars immortalisent mon cafard
La grande spirale du râle m’engloutit
Je navigue aveugle sous la pluie

Ondulant les vagues filantes encornées de brumes déchirées d’étoiles d’Irlande
Entre les gros tonnages qui font barrages
Les marées noires qui croient m’avoir
Je joue des coudes et roule à plein pot
C’est pas ce soir qu’ils auront ma peau
Je roule tout droit sur le periph’ depuis des heures

Deux cent à l’heure je me sens bien
Je n’ai pas peur je roule vers mon destin
Les gyrophares nécrophages arriveront toujours trop tard pour ramasser mes dérapages
Mais je vois un mur au loin qui recule à mesure
Et je sais qu’un jour viendra où le mur s’arrêtera »

Mano Solo
Le périph’
[Photo : Washington] -23-


Doucement« Tout doux, tout doux, tout doucement
Toujours, tout doux, tout doucement
Comme ça, la vie c’est épatant

Tout doux, tout doux, tout doucement
Toujours, tout doux, tout doucement
Comme ça, la vie je la comprends

N’allez jamais trop vite, vous aurez tout le temps
Attention à la dynamite
Prenez garde au volcan, à ces gens énervés
Qui ne savent pas aller

Tout doux, tout doux, tout doucement
Toujours, tout doux, tout doucement
Comme ça
En flânant gentiment

N’allez jamais trop vite, en aimant simplement
Pour avoir de la réussite
Soyez très très prudent, l’amour alors viendra
Se blottir dans vos bras

Tout doux, tout doux, tout doucement
Toujours, tout doux, tout doucement
Comme ça, en flânant gentiment
En souriant gentiment, en flânant gentiment
Tout doucement »

Feist
Tout doucement
-24-


Prévert« Oh je voudrais tant que tu te souviennes »
Cette chanson était la tienne
C’était ta préférée je crois
Qu’elle est de Prévert et Kosma

Et chaque fois « Les feuilles mortes »
Te rappellent à mon souvenir
Jour après jour les amours mortes
N’en finissent pas de mourir

Avec d’autres bien sûr je m’abandonne
Mais leur chanson est monotone
Et peu à peu je m’indiffère
A cela il n’est rien à faire

Car chaque fois « Les feuilles mortes »
Te rappellent à mon souvenir
Jour après jour les amours mortes
N’en finissent pas de mourir

Peut-on jamais savoir par où commence
Et quand finit l’indifférence
Passe l’automne vienne l’hiver
Et que la chanson de Prévert

Cette chanson « Les feuilles mortes »
S’efface de mon souvenir
Et ce jour là mes amours mortes
En auront fini de mourir

Et ce jour là mes amours mortes
En auront fini de mourir »

Serge Gainsbourg
La chanson de Prévert
[Photo : Porto] -25-


milionnaire« Je cherche un millionnaire
Un type chic qui voudrait bien de moi
Au moins une fois par mois

Je cherche un millionnaire
Qui m’dirait froidement
Tout ce que j’ai c’est à toi

Je cherche un millionnaire
Pour avoir des trucs comme les stars
Pour manger des homards

Je cherche un millionnaire
C’est pour ça que je fais le boulevard

C’est facile d’être chic
Quand on a beaucoup de fric
C’est commode d’épater
Quand on est argenté et qu’on a plus rien à compter

Je cherche un millionnaire
Car je sais qu’ces oiseaux rares
Veulent placer leurs dollars
Je cherche un millionnaire
C’est pour ça que je fais le boulevard

Mais un très chic garçon
Vient près de moi sans passion
Il me baise la main
Monsieur écoutez-moi bien, moi j’n’y vais pas par quatre
chemins

Je cherche un millionnaire
Un type chic qui voudrait bien de moi
Au moins une fois par moi

Je suis ce millionnaire
Qui vous dit froidement
Tout ce que j’ai c’est à toi
Je suis ce millionnaire

Vous avez tout du gigolo
Mais j’ai gagné le gros lot

Alors cher millionnaire
Je veux bien m’occuper de vos pellots

Jolie garçon, vous m’plaisez beaucoup
Asseyez-vous, plus près, encore plus près
Là, regardez-moi bien dans les yeux
Maintenant embrassez-moi, plus fort, encore plus fort
Là, un baiser à la cannibale, oh, c’est ça

Ce gentil millionnaire
À vraiment toutes les qualités qui peuvent me contenter
Avec ce millionnaire
Je suis sûre qu’on ne doit pas s’embêter »

Mistinguett
Je cherche un millionnaire
[Photo : Londres] -26-


flanche

« J’ai la mémoire qui flanche
J’me souviens plus très bien
Comme il était très musicien
Il jouait beaucoup des mains
Tout entre nous a commencé
Par un très long baiser
Sur la veine bleutée du poignet
Un long baiser sans fin

J’ai la mémoire qui flanche
J’me souviens plus très bien
Quel pouvait être son prénom,
Et quel était son nom ?
Il s’appelait, je l’appelais
Comment l’appelait-on ?
Pourtant c’est fou ce que j’aimais
L’appeler par son nom

J’ai la mémoire qui flanche
Je me souviens plus très bien
De quelle couleur étaient ses yeux ?
Je crois pas qu’ils étaient bleus
Étaient-ils verts, étaient-ils gris ?
Étaient-ils verts-de-gris ?
Ou changeaient-ils tout le temps d’couleur
Pour un non pour un oui

J’ai la mémoire qui flanche
J’me souviens plus très bien
Habitait-il ce vieil hôtel
Bourré de musiciens
Pendant qu’il me, pendant que je
Pendant qu’on faisait la fête
Tous ces saxos ces clarinettes
Qui me tournaient la tête

J’ai la mémoire qui flanche
J’me souviens plus très bien
Lequel de nous deux s’est lassé
De l’autre le premier ?
Était-ce moi ? Etait-ce lui ?
Était-ce donc moi ou lui ?
Tout ce que je sais c’est que depuis
Je n’sais plus qui je suis

J’ai la mémoire qui flanche
J’me souviens plus très bien
Voilà qu’après toutes ces nuits blanches
Il me reste plus rien
Rien qu’un p’tit air qu’il sifflotait
Chaque jour en se rasant

Pa dou di dou da di dou di
Pa dou di dou da di dou
Pa dou di dou da di dou
Pa dou da di dou di
Pa dou di dou da dou da
Pa dou da dou da di dou »

Jeanne Moreau
J’ai la mémoire qui flanche
-27-


sanglante« Sauf des mouchards et des gendarmes,
On ne voit plus par les chemins,
Que des vieillards tristes en larmes,
Des veuves et des orphelins.
Paris suinte la misère,
Les heureux mêmes sont tremblant.
La mode est aux conseils de guerre,
Et les pavés sont tous sanglants.

Oui mais ! Ça branle dans le manche,
Les mauvais jours finiront.
Et gare à la revanche,
Quand tous les pauvres s’y mettront (x2)

Les journaux de l’ex-préfecture,
Les flibustiers, les gens tarés,
Les parvenus par l’aventure,
Les complaisants, les décorés
Gens de Bourse et de coin de rues,
Amants de filles au rebut,
Grouillent comme un tas de verrues,
Sur les cadavres des vaincus.

On traque, on enchaîne, on fusille
Tout ceux qu’on ramasse au hasard.
La mère à côté de sa fille,
L’enfant dans les bras du vieillard.
Les châtiments du drapeau rouge
Sont remplacés par la terreur
De tous les chenapans de bouges,
Valets de rois et d’empereurs.

Nous voilà rendus aux jésuites
Aux Mac-Mahon, aux Dupanloup.
Il va pleuvoir des eaux bénites,
Les troncs vont faire un argent fou.
Dès demain, en réjouissance
Et Saint Eustache et l’Opéra
Vont se refaire concurrence,
Et le bagne se peuplera.

Demain les manons, les lorettes
Et les dames des beaux faubourgs
Porteront sur leurs collerettes
Des chassepots et des tambours
On mettra tout au tricolore,
Les plats du jour et les rubans,
Pendant que le héros Pandore
Fera fusiller nos enfants.

Demain les gens de la police
Refleuriront sur le trottoir,
Fiers de leurs états de service,
Et le pistolet en sautoir.
Sans pain, sans travail et sans armes,
Nous allons être gouvernés
Par des mouchards et des gendarmes,
Des sabre-peuple et des curés.

Le peuple au collier de misère
Sera-t-il donc toujours rivé?
Jusques à quand les gens de guerre
Tiendront-ils le haut du pavé?
Jusque à quand la Sainte Clique
Nous croira-t-elle un vil bétail?
À quand enfin la République
De la Justice et (sans) travail »

Jean-Baptiste Clément
La semaine sanglante
[Photo : Ny Carlsberg Glyptotek, Københaven, Danemark]
-28-


Mélodie« Une petite mélodie a pris vie
A pas d’heure dans un coin de mon cœur
Elle s’en va et revient
Se frotter comme un chien au creux de mes mains

Du bout des doigts je la tiens, je l’enlace
A trop en jouer parfois je me lasse
Elle se fait muette et presque s’efface
Fait le gros dos pour que je la ramasse

Les mélodies se délient et nous lient
Du cœur au corps même quand on les oublie
Elles nous appellent, puis nous rappellent
Dieu que la vie serait triste sans elles »

Marc Perrone
Son éphémère passion
[Photo : île Kiji, lac Onega, Russie] -29-


Oiseau« [REF] Un petit poisson, un petit oiseau, s’aimaient d’amour tendre
Mais comment s’y prendre, quand on est dans l’eau
Un petit poisson, un petit oiseau, s’aimaient d’amour tendre
Mais comment s’y prendre, quand on est là-haut

Quand on est là-haut, perdus aux creux des nuages
On regarde en bas pour voir, son amour qui nage
Et l’on voudrait bien, changer au cours du voyage
Ses ailes en nageoires, les arbres en plongeoir
Le ciel en baignoire

Quand on est dans l’eau, on veut que vienne l’orage
Qui apporterait du ciel, bien plus qu’un message
Qui pourrait d’un coup, changer au cours du voyage
Des plumes en écailles, des ailes en chandail
Des algues en paille »

Juliette Gréco
Un petit poisson Un petit oiseau
-30-


Choisir« [REF] Ah non mais vraiment, je ne sais pas choisir
C’est bien embêtant, je vous le fait pas dire
Ah non mais vraiment, je ne sais pas choisir
C’est tellement troublant, laissez-moi dormir

Quand je dors toute seule, j’me dis dieu ce s’rait bon
De partager mon lit avec un garçon
Quand je partage mon lit avec un garçon
J’me dis, dormir toute seule dieu ce s’rait bon

Quand chez l’Indien, je prends un Poulet Tikka
Je me dis ça s’rait mieux un Agneau Korma
Quand finalement je mange des Gambas aux raisins
J’me dis j’aurais dû prendre végétarien

Quand je veux m’jeter du pont du Carrousel
Je me dis finalement non la vie est belle
Quand quelqu’un me dit, « Dieu que la vie est belle »
J’voudrais m’jeter du pont du Carrousel

Quand je veux mourir le mercredi matin
Je me dis ça peut attendre jeudi matin
Quand je me réveille le matin du jeudi
Je me dis j’aurais dû mourir mercredi »

Emily Loizeau
Je ne sais pas choisir
[Photo : Mandø, Danemark]
-31-


Paris« Sous le ciel de Paris s’envole une chanson
Elle est née d’aujourd’hui dans le cœur d’un garçon
Sous le ciel de Paris marchent des amoureux
Leur bonheur se construit sur un air fait pour eux

Sous le pont de Bercy, un philosophe assis
Deux musiciens quelques badauds, puis les gens par milliers

Sous le pont de Paris jusqu’au soir vont chanter
L’hymne d’un peuple épris de sa vieille cité

Près de Notre Dame, parfois couve un drame
Oui mais à Paname, tout peut s’arranger
Quelques rayons du ciel d’été, l’accordéon d’un marinier
L’espoir fleurit, au ciel de Paris

Sous le ciel de Paris coule un fleuve joyeux
Il endort dans la nuit les clochards et les gueux
Sous le ciel de Paris les oiseaux du Bon Dieu
Viennent du monde entier pour bavarder entre eux

Et le ciel de Paris, a son secret pour lui
Depuis vingt siècles il est épris de notre Ile Saint-Louis

Quand elle lui sourit il met son habit bleu
Quand il pleut sur Paris, c’est qu’il est malheureux
Quand il est trop jaloux de ses millions d’amants
Il fait gronder sur nous son tonnerre éclatant

Mais le ciel de Paris n’est pas longtemps cruel
Pour se fair’ pardonner, il offre un arc en ciel « 

Juliette Gréco
Sous le ciel de Paris
[Photo : Paris, un 1er mai, au stand en attendant la manif] -32-


Rita« Rita, donne-moi ton cœur
Rita, donne-moi ta main
Rita, donne-moi ta sœur
Rita, nous partons demain »

Renaud
Rita
[Photo : Grenade] -33-


Doute« J’aime les gens qui doutent
Les gens qui trop écoutent leur cœur se balancer
J’aime les gens qui disent
Et qui se contredisent et sans se dénoncer
J’aime les gens qui tremblent
Que parfois ils nous semblent capables de juger
J’aime les gens qui passent
Moitié dans leurs godasses et moitié à côté

J’aime leur petite chanson, même s’ils passent pour des cons

J’aime ceux qui paniquent
Ceux qui sont pas logiques, enfin, pas « comme il faut »
Ceux qui, avec leurs chaînes
Pour pas que ça nous gêne font un bruit de grelot
Ceux qui n’auront pas honte
De n’être au bout du compte que des ratés du cœur
Pour n’avoir pas su dire :
« Délivrez-nous du pire et gardez le meilleur »

J’aime leur petite chanson, même s’ils passent pour des cons

J’aime les gens qui n’osent
S’approprier les choses, encore moins les gens
Ceux qui veulent bien n’être
Qu’une simple fenêtre pour les yeux des enfants
Ceux qui sans oriflamme
Et daltoniens de l’âme ignorent les couleurs
Ceux qui sont assez poires
Pour que jamais l’histoire leur rende les honneurs

J’aime leur petite chanson, même s’ils passent pour des cons

J’aime les gens qui doutent
Mais voudraient qu’on leur foute la paix de temps en temps
Et qu’on ne les malmène
Jamais quand ils promènent leurs automnes au printemps
Qu’on leur dise que l’âme
Fait de plus belles flammes que tous ces tristes culs
Et qu’on les remercie
Qu’on leur dise, on leur crie : merci d’avoir vécu

Merci pour la tendresse, et tant pis pour vos fesses
Qui ont fait ce qu’elles ont pu »

Anne Sylvestre
Les gens qui doutent
[Photo : Roquebrune] -34-


Petula« Bien avant vous, j’étais bohème.
Je l’avoue, un peu sans gêne,
mais j’ai changé, que voulez-vous de plus ?

Rien que pour vous, je fais des poèmes.
Je crie partout que je vous aime.
Je suis à vos pieds, que voulez-vous de plus ?

Vous qui rêviez d’un grand amour
dans votre cœur, je viens d’accoster
pour ensoleiller tous vos jours

Je ne suis pas toujours un ange.
Je ne pense pas que ça vous dérange.
Je suis sincère, que voulez-vous de plus ?

Je le sais bien, vous n’êtes pas riche.
Moi, je n’ai rien mais l’on s’en fiche.
Nous sommes heureux, que voulez-vous de plus ?

Il y a beaucoup mieux que la fortune
il y a le ciel bleu, le clair de lune
puis il y a nous deux, que voulez-vous de plus ?

On est vraiment favorisé
quand on pense à tous les amours
qui vivront sans se rencontrer.

Il affole au cœur comme une ronde,
et du bonheur et tout un monde,
il y a de l’amour, que voulez-vous de plus ?
Que voulez-vous de plus ? Que voulez-vous de plus ? »

Petula Clark
Que voulez-vous de plus
[Photo : Paris XIXè] -35-


La vie« La vie s’écoule, la vie s’enfuit
Les jours défilent au pas de l’ennui
Parti des rouges, parti des gris
Nos révolutions sont trahies

Le travail tue, le travail paie
Le temps s’achète au supermarché
Le temps payé ne revient plus
La jeunesse meurt de temps perdu

Les yeux faits pour l’amour d’aimer
Sont le reflet d’un monde d’objets
Sans rêve et sans réalité
Aux images nous sommes condamnés

Les fusillés, les affamés
Viennent vers nous du fond du passé
Rien n’a changé mais tout commence
Et va mûrir dans la violence

Brûlez, repaires de curés,
Nids de marchands, de policiers
Au vent qui sème la tempête
Se récoltent les jours de fête

Les fusils sur nous dirigés
Contre les chefs vont se retourner
Plus de dirigeants, plus d’État
Pour profiter de nos combats »

Raoul Vaneigem, poète situationniste belge
René Binamé
La vie s’écoule
[Photo : Canal de l’Ourcq, 93] -36-


Raoui« Ya raoui, a7ki 7kaya
madabik t-koun riwaya
7ki-li 3la nass zman
7ki-li 3la alef lila u lila
wa 3la loundja bent-l-ghula
wa 3la walid-eS-Soltane

[Ref] 7adjitek madjitek
wa di-na b3id men had-ed-denya
7adjitek madjitek
kull wa7ed men-na fi 9albu 7kaya (x2)

7ki wa nsa belli a7na kbar
dir fi balek kelli rana Sghar
ou namnou kull 7kaya
7ki l-na 3la l-djenna 7ki l-na 3la en-nar
wa 3la eT-Tir elli 3omru ma Tar
fehem-na ma3-na ed-denia

7ki ya er-raoui kima 7kaw lek
ma-tzid ma-tna9as men 3andek
ga3 nachfaw 3la balek
7ki wa nessi-na fi had ez-zman
khalli-na fi kan ya makan
fi kan ya makan

La la la … »

Souad Massi
Raoui
[Photo : Sud Liban] -37-


Senor« Un jour que j’étais dans mon antre
Où l’on entre sans frapper
Quelqu’un a pris l’escalier
Sur une petite idée de colimaçon
Il était maçon, il avait les mains tendres
Et de quelle façon, il m’a bien fait comprendre
Que de tout l’immeuble, j’étais la voisine
Qu’il avait le plus envie d’aimer

Alors, j’ai dit: « Merci…
Merci beaucoup, mais voyez-vous
Je viens d’emménager dans cet appartement
Où je vie seule, tout simplement ! »

Mais au même moment, j’ai pensé
J’ai pensé, j’ai pensé, j’ai pensé…

L’amour a frappé à ma porte
J’ai ouvert, que le diable m’emporte
Tout mon squelette est ravi
Et ça, je l’emporte au paradis…

Mais Senor, il faut que je m’agace
Pour l’heure, il faut que je ressasse
Tous mes sentiments égarés
Mes pôles oubliés, mon ressort abimé
Oui Senor, il faut que je m’agace
Pour l’heure, il faut que je ressasse
Tout mon squelette en entier
Mes plaies non suturées en mon cœur isolé

Votre amour tombe à pic
Mais moi, je vais tomber de très haut
Si vous n’me laissez pas le temps tactique
De me remettre en selle au galop

Mais au même moment, j’ai pensé
J’ai pensé, j’ai pensé, j’ai pensé…

L’amour a frappé à ma porte
J’ai ouvert, que le diable m’emporte
Tout mon squelette est ravi
Et ça, je l’emporte au paradis… »

Paris Combo
Señor
[Photo : Bonifacio] -38-


côtelette« Je suis une fanfreluche, un p’tit chien en peluche
Je suis une fleur en pot, je suis un bibelot
Je suis un bilboquet, rien qu’un petit jouet
Je suis la femme

Je ne pense pas avec ma tête qui sert à la décoration
Je n’ai pas d’âme j’suis comme une bête
D’ailleurs j’ai les cheveux trop longs

Mes ongles c’est pas pour griffer
C’est pour y mettre du vernis
L’oreille c’est pas pour écouter
Pour les connaisseurs c’est un fruit

Je suis une confiture, je suis une pâture
Je suis un liseron, je suis un édredon
Je suis une poupée, et je suis un gibier
Je suis la femme

Si j’ai un nez et si j’ai deux pieds
Comme si j’étais un être humain
C’est pour ne pas désorienter
Si j’ai deux yeux si j’ai deux mains
C’est seulement pour faire illusion
Que l’homme soit pas dépaysé
C’est une bonne imitation
On pourrait presque s’y tromper

Je suis un accoudoir, je suis un reposoir
Un monstre familier, une puce dressée
Poète prends ta lyre, tu pourrais presque dire
Qu’il ne me manque que la parole »

Brigitte Fontaine
La côtelette
[Photo : Hamburg] -39-


Marie-Joseph« Ça nous a pris trois mois complets
Pour découvrir quels étaient ses projets
Quand le père nous l’a dit, c’était trop beau
Pour les vacances nous avions un bateau

D’un bond d’un seul et sans hésitations
On s’documente sur la navigation
En moins d’huit jours nous fûmes persuadés
Que la mer pour nous n’aurait plus de secrets

[Refrain] Encore heureux qu’il ait fait beau
Et qu’La Marie-Joseph soit un bon bateau (X2)

Le père alors fit preuve d’autorité
« J’suis ingénieur, laissez-moi commander »
D’vant le résultat on lui a suggéré
Qu’un vrai marin vienne nous accompagner

Alors j’ai dit: « j’vais prendre la direction
Ancien marin, j’sais la navigation »
J’commence à croire qu’c’était prématuré
Faut pas confondre Guitare et Naviguer

Au bout d’trois heures de notre exhibition
L’un d’nous se r’lève avec stupéfaction
Car on s’était pas beaucoup déplacé
Rapport à l’ancre qu’on n’avait pas r’montée

Côté jeunes filles, c’était pas mal
Ça nous a coûté l’écoute de grand-voile
En la coupant Suzon dit: « J’me rappelle
Qu’un d’mes louv’teaux voulait de la ficelle »

Pour la deuxième fallait pas la laisser
Toucher la barre ou même s’en approcher
Car en moins d’deux on était vent debout
« J’aime tant l’expression, disait-elle, pas vous ? »

Quand finalement on a pu réparer
Alors on s’est décidé à rentrer
Mais on n’a jamais trouvé l’appontement
Car à minuit on n’y voit pas tellement.

On dit: « Maussade comme un marin breton »
Moi j’peux vous dire qu’c’est pas mon impression
Car tous les gars du côté d’Noirmoutier
Ne sont pas prêts d’arrêter de rigoler !

Les Frères Jacques
La Marie-Joseph
[Photo : La Baule] -40-