Lubat

« Il faut jouer pour apprendre, et non pas apprendre pour jouer »

Discussion avec Bernard Lubat, filmée par Les mutins de pangée à L’Estaminet à Uzeste.

J’ai fait plusieurs stages avec Bernard Lubat à Uzeste. À chaque fois que je l’entends, ça me remet les idées à l’endroit, enfin à l’envers, enfin voilà quoi. Sa façon de parler de la musique dans cet entretien parle pour moi de démarches d’éducation populaire.

Quelques extraits relevés à la levée :

Il faut jouer pour apprendre, et non pas apprendre pour jouer.
C’est en jouant qu’on découvre ce qu’il faut apprendre.

Le jazz, c’est une musique qui n’en finit pas de commencer.
Il ne faut pas geler les choses, les figer pour les vendre, les transformer en marchandises.

La liberté nous permet de prendre de drôles de responsabilités.

On résiste par la mauvaise foi.
La mauvaise foi est essentielle pour résister.

Tout ce qu’on apprend au conservatoire, l’harmonie, le contrepoint, l’histoire de l’art, c’est indispensable. Mais ça n’est utile en musique que si on se l’approprie.

Se nourrir de ce qu’ont fait les autres. Se l’approprier, le mettre à la poubelle, où tout va se mélanger.

Jouer rend curieux.
Quand on joue, on sait qu’on n’y arrivera jamais : c’est ça le désir.

Jouer, c’est se jouer. C’est pas fait pour faire joli.

Ce qui compte, ce n’est pas le résultat, c’est le chemin.
Tant que c’est une hypothèse, c’est valable.
Apprendre à être et à devenir.
Construction de soi en tant que personne, individu, responsable.

Je suis un apprenti permanent.
Quand j’ai rencontré le jazz, j’étais bardé de diplômes mais j’ai compris tout de suite que j’avais rien compris.

Au début c’est naze, puis on est naze toute sa vie mais on cherche.

Je ne suis pas un croyant : je suis un pratiquant.

S’organiser une relation par l’inconnu. Ce qui fait que finalement on a des choses à se dire, même si on sait pas quoi.

Le consonant, ça a qqch de religieux : ça repose, ça dit qu’on sera heureux.
Le dissonant, c’est plus intéressant, c’est dialectique. Ça agresse l’oreille, ça questionne.
Le chaos, c’est l’existence.

Ce qui peut devenir populaire, c’est la liberté.
Quand on a peur on n’est pas libre. Mais quand on est libre ça fait peur.
Ça fait dilemme.

Jouer, se jouer, c’est se désintoxiquer.

Développer des singularités et des solidarités.
Des solitudes solidaires.
L’humanité s’est construite avec des minorités.

J’ai mis du temps à me moquer de la musique, de moi, du public.
Dans les festivals de jazz qui se prennent au sérieux ça passe pas.

Un silence qui suit un son, c’est de la musique. C’est pas du manque.
C’est du sens, du son. Ça remet en question la lecture dominante.

C’est pas sérieux d’être sérieux.
Il faut tourner en bourrique, mais pas en rond.

Il y a des gens qui font toute la vie la même chose. C’est ce que l’industrie veut : répéter à loisir.

C’est un point de friction. De la science friction.
Fait avec du désir et de la contradiction.
On s’engueule parce que c’est politique.
On n’est pas là pour le consensus mais pour le dissensus.

La liberté ça s’apprend, ce n’est pas inné.

Le métier de gagner sa vie, ça prolétarise.
La précarité ça n’est pas drôle non plus.
Sur le fil entre la précarité et le confort.

L’art c’est important parce que c’est ce qui pose problème.

Je conseille aux gens de faire des musiques qui posent problème.
Stravinsky disait qu’il faut faire de la musique qui dérange.
Peut-être que j’ai tort, j’en sais rien, mais c’est ce que je fais.

Les stages Imagin’actions éduc’actives : ça se passe en amont de l’instrument. Les pieds, les mains, la tête, et l’écriture.

La souffrance rend nihiliste.
Il y a du suicide dans l’air. Suicide de la société, suicide des idées.

Quand je joue avec des gens, je ne les prends pas pour des cons.
Si ça leur plaît pas, ils se barrent.
J’ai rien à vendre : j’ai à vivre. Voyez ce que vous en vivez, vous !

Être vivant, en mouvement, en recherche.
J’aime pas les gens qui savent.
Je préfère la certitude du doute.
Dans le doute, il y a de l’espoir.
La certitude, c’est être mort.

On se marre à l’impossible, parce qu’on se plante à l’impossible.
C’est de l’humour, de l’humain, de l’humus.

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