Wooblies Hobos

Wooblies & Hobos

Magnifique livre aux éditions L’insomniaque :
 » Wooblies & Hobos
Industrial Workers of the World : agitateurs itinérants aux États-Unis (1905-1919) « 
Un livre de Joyce Kornbluh

Je vous en propose quelques extraits ci-dessous, mais je vous invite surtout à vous le procurer. En prime : un CD de chants wooblies !


2 triades consubstantielles :
– Education, organisation, émancipation
– Solidarité, action directe, abolition du salariat

Selon les IWW, l’émancipation des pauvres ne pouvait provenir que de leur affranchissement de l’esclavage salarié, et celui-ci ne pouvait survenir que par la grève générale.
Résistance ouvrière organisée – mais non centralisée -, par-delà toutes les barrières ethniques et professionnelles.

L’expropriation du capital ne devra pas s’accomplir par l’État, comme le faisait miroiter le modèle social-démocrate, mais directement par les producteurs, constitués en entités autogérées et pratiquant l’échange non-marchand entre elles, suivant le vieil adage communautaire : « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins ».

Opposés au corporatisme de ce qu’ils appelaient l' »American Separation of Labor » (AFL).

Préambule à la constitution des IWW : « La classe ouvrière et la classe patronale n’ont rien en commun ».
Par le père Thomas J. Hagerty.
Version définitive de 1908.

Méthodes de « résistance passive ».
Sabotage : va de la « résistance passive » ouvrière à la destruction violente de biens. Grève du zèle.

Si le contenu subversif des actes de violence individuels ou collectifs échappe à toute compréhension, l’action peut être condamnée non seulement par les capitalistes mais aussi par la classe ouvrière.

Pour les Wooblies, les campagnes pour la liberté de parole furent une technique d’action directe irremplaçable, un moyen de former les ouvriers à la lutte des classe et une nécessité pratique pour contrer l’opposition farouche des patrons à l’organisation d’un grand syndicat unitaire.

Attendre en ville ou dans les jungles en persistant à demander de meilleurs salaires est une tactique perdante. Cela revient à aider les gars qui sont « de la cloche », tandis que les inorganisés ne font rien pour améliorer leur situation. C’est sur le tas qu’il faut agir car c’est le seul moyen d’obtenir des résultats. Autres tactiques inopérantes : les prises de parole de membres ignorants ou inexpérimentés, et le fait de chasser les travailleurs inorganisés des trains de marchandises. Nous sommes partisans de l’organisation à 100%, mais nous devons garder constamment à l’esprit les problèmes concernant la grande lutte et faire preuve de jugement et d’une vision à long terme. Les tactiques qui ont réussi sont : apparaître ouvertement en tant qu’organisateurs, rallier autant de gens que possible, et formuler des revendications si les conditions nécessaires ne sont pas remplies. Le ralentissement du rythme du travail sera d’un grand secours si les patrons sont têtus.

Aussi « à gauche » que puissent être les communistes, ils restent des politiciens, préoccupations en 1er lieu par la conquête du pouvoir et le moyen de le conserver.
(Fred Thompson, à propos de la IIIè Internationale à Moscou en 1921)

Paul Brissenden, historien :
On pourrait dire que les IWW ont été bolcheviques et antisyndicalistes dans leur conception d’un syndicat unitaire, tandis qu’ils se sont montrés syndicalistes et antibolcheviques dans leur rejet de l’action politique. Les IWW ont persisté à croire dans l’acquisition progressive d’un contrôle de l’industrie au moyen d’actions à la base des entreprises – mais ils ne savaient pas bien comment accomplir le renversement définitif du capitalisme. Les communistes, pour leur part, approuvaient le syndicalisme unitaire mais insistaient sans cesse sur la nécessité d’abattre l’État capitaliste et d’instaurer la dictature du prolétariat afin de bâtir une nouvelle société.

Une classe ouvrière devenue moins « radicale », c’est-à-dire moins soucieuse de dignité et de liberté que de promesses de bien-être matériel.

Dans les années 30, le déclin des IWW s’accentue face à l’émergence de la CIO, centrale syndicale modérée mais plus revendicative et plus ouverte que l’AFL – qui devait d’ailleurs fusionner avec celle-ci en 1955, formant ainsi en quelques sortes et non sans ironie, le « grand syndicat unitaire dont les Wooblies auraient rêvé, mais dénué de toute dimension révolutionnaire et inféodée au Parti démocrate ainsi qu’à toute sorte de racket.

« Les chômeurs doivent s’unir et faire le plus de tapage possible, afin que leur voix se fasse entendre partout dans le monde. Ce n’est qu’en provoquant un scandale public dans chaque ville, petite ou grande, que vous briserez le silence de la presse et que vous attirerez l’attention du public. Seule la peur d’une explosion sociale généralisée obligera les employeurs, qu’ils soient privés ou étatiques, à se pencher sur vos problèmes et sur les moyens de les résoudre. Tant que vous vous résignerez à pourrir sur place en silence, nul ne se souciera de votre sort.
Et quand vous aurez retrouvé du travail, vous serez d’autant mieux placés pour vous assurer que cela ne se reproduise pas. Syndiquez-vous en masse afin d’être assez forts pour obtenir une réduction des heures de travail qui permette d’embaucher des chômeurs. Cela nous permettra de tenir jusqu’à ce que nous soyons en mesure de prendre le contrôle total de l’industrie et de mettre fin définitivement au chômage. »

1946 : « Nous considérons le Parti communiste et ses compagnons de route comme une menace majeure pour la classe ouvrière. Les intérêts de la paix seront mieux servis par des organisations syndicales qui représentent clairement les intérêts des travailleurs et non ceux d’un État quel qu’il soit. »

Fin des années 1940 : les IWW se retrouvèrent extrêmement marginalisés et dans l’incapacité de mener des luttes dans quelque industrie que ce soit. Le syndicat s’était transformé en un groupe affinitaire, emprunt de nostalgie et fidèle à des principes et préceptes fixés avant la 1ère guerre mondiale.

L’esprit critique des autodidactes et le courage de ceux qui n’ont rien à perdre leur tint lieu d’universalité , et, tout entiers à leurs combats, ils ne cherchèrent pas à élaborer un corpus théorique : quelques principes directeurs leur suffisaient, pourvu qu’on s’y tint ferme.

L’action, le témoignage et l’agit-prop primaient nécessairement sur la réflexion dans leur révolte.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *