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Éducation au développement – Un modèle en cinq générations

Retrouvez ici le contenu du document « Éducation au développement – Un modèle en cinq générations », par Manuela Mesa (CIP), publié initialement sur le site de l’ITECO, centre de formation pour le développement et la solidarité internationale (en Belgique).

Introduction

  • L’organisation espagnole Centre de recherche pour la paix (CIP) propose un modèle de cinq générations qui retrace l’évolution historique de l’éducation au développement.
    Il ne doit pas être lu de manière linéaire. Il s’agit plutôt d’un processus accumulatif dans lequel le discours et la pratique de l’éducation au développement ont évolué de manière inégale. Dans les actions proposées par un acteur déterminé, on peut retrouver simultanément des caractéristiques de l’une ou l’autre génération.
    De plus chaque génération a renouvelé son discours et sa pratique, et donc reste d’actualité sous de nouvelles formes.
    Enfin, l’éducation au développement prend des formes spécifiques selon les contextes nationaux et culturels.

Traduction : Adélie Miguel Sierra, ITECO, Centre de formation pour le développement
CIP, HEGOA, CIDAC et ITECO composent le collectif européen Polygone

Avant les années 1960

Conception :
Première génération : Sensibilisation caritative et assistancielle

Valeurs et attitudes :
Compassion, charité, eurocentrisme, sensibilisation.

Connaissances et thématiques :
Informations sur des situations d’urgence et sur des manifestations de sous-développement.

Procédures :
Analyse unidirectionnelle acritique. Apprentissages de mémorisation.
Vision linéaire de la réalité et explications mono-causales

Principaux discours, images et messages types :
La solution aux problèmes du Sud dépend de l’aide matérielle du Nord.
Appel à la générosité individuelle à partir d’images catastrophiques, très stéréotypées, décontextualisées dans lesquelles les personnes du Sud apparaissent comme des objets impotents. La solution s’envisage au niveau individuel (par exemple, le parrainage d’un enfant).

Principaux types d’actions :
Activités ponctuelles subordonnées à des campagnes de récolte de fonds face à des situations d’urgence, de famine.

Principaux acteurs :
ONG humanitaires, églises, missions.

Années 1960

Conception :
Deuxième génération : Éducation développementaliste

Valeurs et attitudes :
Empathie, altruisme.

Connaissances et thématiques :
Informations sur les causes et les obstacles au développement qui déterminent les projets et les initiatives locales ou nationales.
Diffusion des projets de développement impulsés par les ONG et les gouvernements du Nord : éducation sur l’aide au développement.

Procédures :
Analyse socio-affective qui promeut l’engagement.
Méthodologie inductive.

Principaux discours, images et messages types :
Le Nord doit fournir ses techniques et connaissances pour que les sociétés arriérées laissent la guerre, l’anarchie et la pauvreté, se modernisent et atteignent les niveaux de bien-être des pays du Nord.
Il faut éduquer car il y a trop de retard et d’ignorance. Il faut dépasser l’aide et parler de coopération. Images d’initiatives locales de développement et de leur environnement immédiat.

Principaux types d’actions :
Actions d’information et de sensibilisation sur les réalités du Sud et sur les projets de développement au niveau local.
Tension croissante entre ce type de campagnes et la récolte de fonds.

Principaux acteurs :
ONG de développement, églises de base.

Années 1970

Conception :
Troisième génération : Éducation au développement critique et solidaire (début formalisé de l’Éducation au développement)

Valeurs et attitudes :
Solidarité, équité, justice.

Connaissances et thématiques :
Constat de la pauvreté et des inégalités internationales. Compréhension structurelle de la relation entre développement et sous-développement.
Importance des facteurs historiques : rôle du colonialisme et de l’impérialisme. Questionnement de l’eurocentrisme. Nouvelles thématiques : démographie, environnement, droits humains, diversité culturelle… Critique de l’aide officielle au développement.

Procédures :
Analyse qui promeut la prise de conscience et une vison critique.
Capacité pour analyser la réalité à partir d’une perspective sociohistorique. Approche multi-causale et Recherche-action.

Principaux discours, images et messages types :
Il faut en finir avec l’oppression et le néocolonialisme pour que le Sud définisse et atteigne ses propres objectifs de développement. L’aide est un instrument de l’impérialisme et un obstacle pour un développement autocentré. À la place de l’aide, il faut construire différentes formes de solidarité avec les mouvements de libération du Sud. Images de l’oppression et des luttes politiques et sociales Sud.

Principaux types d’actions :
Campagne de dénonciation de l’oppression et du néocolonialisme. Solidarité et soutien aux mouvements de libération nationaux et aux mouvements révolutionnaires. Activisme revendicatif atour du Nouvel Ordre économique international. Demande du 0,7% du PIB pour l’aide au développement.

Principaux acteurs :
ONG de développement, mouvements de solidarité, organisations des Nations unies (Unicef, Unesco)

Années 1980

Conception :
Quatrième génération: Éducation pour le développement humain et durable.

Valeurs et attitudes :
Respect, tolérance et diversité. Respect de l’environnement.

Connaissances et thématiques :
Multiculturalisme, connaissance de la diversité sociale et culturelle (femmes, groupes sociaux, minorités religieuses et culturelles) à partir de leur propre perception et références. Critique du racisme et de la xénophobie. Connaissance critique des « problèmes globaux » (environnement, migrations, armements…).
Questionnement des valeurs du modèle socioculturel et de développement du Nord. Analyse critique des causes et des conséquences des conflits armés. Défense de l’aide au développement face au phénomène de la « fatigue de l’aide ».

Procédures :
Participation sociale, action collective, organisation et action. Capacité pour la rencontre et l’acceptation de la diversité, capacité de proposition, approche multi-causale, méthodologies actives.

Principaux discours, images et messages types :
On questionne le modèle de développement au Nord comme au Sud, pas socialement ni écologiquement soutenable. La coopération souhaite soutenir des coalitions pour le changement global. Le développement s’entend comme la matérialisation des droits humains basiques. L’aide au développement est nécessaire et doit améliorer son effectivité, mais il faut aller plus loin en menant à terme des changements structurels dans le champ du commerce, la dette et les questions monétaires internationales.

Principaux types d’actions :
Analyse plus intégrée et recherche de synergies. Articulation croissante entre recherche, éducation, mobilisation sociale et action sociopolitique. Commerce équitable, consommation responsable, Jumelages locaux, convergences de l’éducation au développement avec d’autres éducations globales : éducation à l’environnement, à la paix.

Principaux acteurs :
ONG de développement, institutions éducatives, entités de la société civile (syndicats, étudiants, jeunes, municipalités…)

Années 1990

Conception :
Cinquième génération: Éducation pour la citoyenneté globale

Valeurs et attitudes :
Sentiment de citoyenneté globale. Égalité des droits, Responsabilité globale.

Connaissances et thématiques :
Compréhension de l’interdépendance globale et des nœuds structurels entre le Nord et le Sud, entre la vie quotidienne et les questions « macro ».
(Éducation globale face à la mondialisation).

Procédures :
Analyse qui favorise une vision globale et la capacité pour identifier des interconnections et implications du local au global.

Principaux discours, images et messages types :
Le changement global dépend autant du Nord que du Sud.
Images des interdépendances qui lient les réalités locales et globales.
Images dans lesquelles le Sud et les groupes exclus (indigènes, femmes…) prennent directement la parole.

Principaux types d’actions :
« De la protestation à la proposition » : activités d’incidence, de pression politique et de lobbying. Campagnes sociopolitiques sur des thèmes globaux. Coordination croissante, travail en réseaux locaux, nationaux et internationaux et alliances avec d’autres organisations sociales. Utilisation croissante des nouvelles technologies (vidéo, Internet…).

Principaux acteurs :
ONG de développement, institutions éducatives, entités de la société civile (syndicats, étudiants, jeunes, municipalités…). Médias et industrie du spectacle. Organisations et acteurs du Sud associés à des acteurs du Nord.

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