Mahmoud Hussein

Relire le Coran

L’émission du 27 décembre 2013 de « Cultures d’Islam », par Abdelwahab Meddeb, sur France Culture.

Avec Bahgat Elnadi et Adel Rifaat, qui publient ensemble sous le pseudonyme Mahmoud Hussein depuis qu’ils ont écrit « La lutte de classes en Égypte » en 1969, qui a été un texte de référence pour l’extrême-gauche au niveau international.

Aujourd’hui, ils viennent présenter leur ouvrage « Ce que le Coran ne dit pas ».

Pour vous donner envie d’écouter cette émission, je vous en propose quelques extraits choisis.

Extraits choisis

Ces extraits sont nécessairement sortis de leur contexte du fait qu’ils sont extraits du dialogue initial. Je ne peux que conseiller l’écoute de cette émission.

Pour écouter l’émission sur le site de France Culture : ici.
Durée : 58 minutes


Les pays arabes et le XXè siècle

Ils reviennent sur le fait que, dans la plupart des pays arabes modernes (dont l’Égypte, la Tunisie, l’Algérie, l’Indonésie), le XXè siècle a été un siècle de laïcisation de la vie politique. Après la première guerre mondiale, de nombreux partis explicitement laïcs et démocratiques ont pris la direction des gouvernements. Après la seconde guerre mondiale, pour surmonter les crises de ces pays, la tendance a plutôt été militariste, essayant de faire avancer la cause nationaliste, mais en réprimant les élans démocratiques.

Par exemple en Égypte, Nasser a fait avancer des choses, en défiant les anciennes puissances coloniales et en redonnant fierté et dignité à son pays. Il y a aussi eu un certain nombre de réformes de type social. Mais Nasser a aussi tué le mouvement démocratique, car il voulait avoir le monopole absolu de l’initiative politique.

À la fin des années 60, Mahmoud Hussein écrivait sur l’Égypte à partir de concepts marxistes. Et ils étaient lus dans le monde entier car leur analyse correspondait à la réalité de beaucoup des pays dits « du Sud ».

Mahmoud Hussein s’intéresse désormais à la question de l’Islam. Pourquoi ? Parce qu’en arrivant en France ils ont été frappés par l’ignorance des Français à propos de la civilisation islamique. Et aussi parce qu’ils ont constaté à quel point un grand nombre de choses que les musulmans croient savoir ne correspond pas à l’Islam originel.

Pendant la guerre froide, les « non-alignés » pouvaient gagner en jouant de la compétition entre les deux blocs. Mais après que l’Arabie Saoudite s’est associée aux Américains contre les Soviétiques en Afghanistan, les idées wahhabites ont commencé à se diffuser très fortement. Des millions d’Égyptiens sont allés travailler en Arabie Saoudite, et ils rentrent avec de l’argent et les idées wahhabites. Une religiosité de plus en plus rétrograde et conformiste se développe alors.

Présentation de l’ouvrage « Ce que le Coran ne dit pas »

Admettons que le Coran est la Parole de Dieu.

Cette Parole reste déterminée par l’espace et le temps de la Révélation. De même, un processus historique a conditionné la transcription d’une parole orale au départ conservée dans les cœurs avant d’être consignée sur de multiples supports. Cette problématique de l’historicité de la Parole divine a engendré une confrontation entre rationalistes et traditionalistes. Les rationalistes ont  tenu à replacer le texte dans son contexte. Tandis que la réplique dogmatique  désavoue cette démarche.

A notre tour de déligitimer la réplique dogmatique en nous fondant sur une des techniques qui appartient aux sciences traditionnelles de l’exégèse et du commentaire (le tafsîr). Cette technique enquête pour rendre compte des « Circonstances de la Révélation » (Asbâb an-Nuzûl).

C’est par un tel recours que nous pouvons reconstituer le temps de la Révélation ; car la parole de Dieu s’implique dans le temps des hommes.

Ainsi la parole de Dieu prend forme, en temps réel, entre Ciel et Terre. D’où il convient de conclure que la Parole de Dieu énonce des vérités de portées différentes. Les vérités pérennes côtoient celles qui deviennent anachroniques, dépassées, caduques, oblitérées par l’évolution humaine. De cette approche il ressort que la lecture du Coran procède d’un acte de liberté à l’horizon d’une révolution théologique.

Mahmoud Hussein, Ce que le Coran ne dit pas, Grasset, 2013

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