2005

Qu’est-ce que l’empowerment ?

De mouvements de luttes parfois violents au néolibéralisme, des émeutes comme forme de revendication politique à la politique de la ville, que recouvre le concept d’empowerment ?
Émission La Grande Table, diffusée en mars 2013 sur France Culture.
Pour écouter le podcast.

Lire un relevé d’extraits, l’idée étant de vous donner envie d’écouter toute l’émission…

Extraits choisis

Ces extraits sont nécessairement sortis de leur contexte du fait qu’ils sont extraits du dialogue initial. Je ne peux que conseiller l’écoute de cette émission.

Émission La Grande Table
Animée par Caroline Broué
Diffusé le 4 mars 2013 de 12h à 12h30
A partir de l’essai de Michel Kokoreff et Didier Lapeyronnie, Refaire la cité. L’avenir des banlieues (La République des idées, Le Seuil, 2013).
Avec : François CUSSET, Mathieu POTTE-BONNEVILLE, Patrick BOUCHAIN


Relevé d’extraits :

Lien avec la sociologie de la domination (Bourdieu etc.)
Rejoint l’éducation populaire, l’autogestion, etc.
Contre la logique de la victimisation, et contre le paternalisme.
Issu de mouvements de luttes parfois violents : blackpower, féminisme radical, etc.

Ambivalence du terme, qui a été récupéré par l’ONU et la Banque mondiale pour en faire un concept néolibéral : responsabiliser les pauvres, traitement individuel du développement (auto-entreprise, microcrédit…), préférer l’insertion (notion individuelle) à l’intégration (notion plus collective).
Revient à penser le social à partir du postulat néolibéral de la rationalité des acteurs : être l’entrepreneur de sa propre vie (notion néolibérale).

Depuis 1981 en France, le pouvoir central décide de mesures d’exceptions : c’est la politique de la ville. Les associations de terrain sont empêchées d’être autonomes. Cela a engendré un effondrement de l’action politique de terrain.
Les USA commencent à abandonner ces politiques d’exception. En France, on s’obstine.

Question de l’articulation entre d’une part la puissance et la capacité d’agir, et d’autre part l’accès à la sphère du pouvoir.
L’empowerment est entre la reconnaissance et la culpabilisation (par l’individualisation, la responsabilisation individuelle).

Les émeutes sont un mode d’entrée en politique, d’expression politique.
Les politiques considèrent l’émeute comme négative. Alors qu’eux-mêmes ont pris le pouvoir parce qu’ils ont lutté.

Aujourd’hui : impuissance politique.
C’est pour ça que le politique s’appuie sur le technique (sécurité, urbanisme, etc.).
Comme s’il avait peur de cette puissance de vie.
On devrait s’appuyer sur cette puissance, et regarder l’émeute comme la 1ère expression permettant l’intégration et la représentation politique.
On accède au politique par la revendication, qui est en général violente. Car elle est l’expression de qqch qu’on ne vous donne pas.

Une des meilleures politiques de la ville consisterait à accepter le conflit.
Contradiction infernale entre d’une part l’appel à la citoyenneté, et d’autre part la hantise de l’incivilité.
Double discours, entre d’une part « Devenez citoyens », et d’autre part « Nous ne supporterons aucune forme de conflictualité ou de violence ».

La démocratie participative est, la plupart du temps, une mise en scène de proximité avec les citoyens.
La crainte de voir le peuple prendre le pouvoir est constitutive de la démocratie représentative.

C’est un « paradoxe pragmatique », comme disent les psychologues : « Je vous ordonne d’être spontanés ! ».
Favoriser la démocratie participative par des injonctions venues d’en-haut = inciter à l’initiative spontanée.
Et pendant qu’on discute tranquillement de cela en colloque, le traitement des banlieues se fait uniquement sur le plan sécuritaire, ce qui est totalement dépolitisant.
La lutte est le seul moyen de se défaire du paradoxe qui est que tout est incité d’en-haut.

La démocratie participative est une démocratie bavarde. Elle demande l’avis des gens sur des questions sur lesquelles le politique a déjà choisi.
Nous allons discuter de vos problèmes, étant entendu que vos problèmes ne sont pas nos problèmes, ne sont pas les problèmes de tous.

Considérer l’incivilité des pouvoirs publics vis-à-vis des banlieues.
Il faut cesser de considérer que les questions de banlieue sont des questions spécifiques, relégables dans un espace extérieur au débat politique.

Souvenons-nous que « banlieue » signifie originellement « lieu du bannissement ».

Rousseau, « Le contrat social » :
« La transformation morale des sujets passe par leur intégration politique ».


En savoir plus sur les notions d’empowerment, de puissance d’agir…

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