Terrorisme

Le point de vue d’un neuropsychiatre sur l’attentat à Charlie Hebdo

Le point de vue de Boris Cyrulnik, neuropsychiatre, sur l’attentat à Charlie Hebdo.

En vidéo. Et je vous en propose des extraits choisis, l’idée étant de vous donner envie de visionner la vidéo…

Extraits choisis

Ces extraits sont nécessairement sortis de leur contexte du fait qu’ils sont extraits du dialogue initial. Je ne peux que conseiller de visionner cette vidéo.


 

« Ce qui s’est passé à Charlie Hebdo n’est pas un accident.
Des groupes politiques utilisent le terrorisme comme une arme, car c’est une arme efficace et économique : on peut bouleverser une société avec peu d’hommes à sacrifier, c’est moins cher qu’une armée.
On met la haine dans des quartiers de difficulté, on repère les enfants en détresse psychologique et sociale, on leur offre des stages de formation, et ensuite on les envoie au sacrifice.
C’est une  organisation, financée par les gens du pétrole, de la drogue, qui ont des intentions politiques sur le Proche-Orient et sur l’Occident.
Une fois que ces jeunes gens ont été repérés, préparés et sacrifiés, cette organisation déclenche les processus politiques mondiaux.

Cette démarche a déjà existé.
L’inquisition chrétienne a duré 6 siècles en Occident, et elle est partie exactement du même processus.
Le nazisme est parti de la belle culture germanique des années 20 et 30, et, avec 3% de la population qui était convaincue par le nazisme, six ans après les élections, 95% de la belle culture germanique votait nazi et mettait le feu au monde.

Qu’est-ce qu’on va faire de cette tragédie ? On peut en faire une solidarité ou on peut en faire un massacre.
Les musulmans français, qui ne sont pas coupable de ce qu’il s’est passé, risquent d’être agressés.
Actuellement, les plus agressés par le terrorisme, ce sont les arabes. 99% des arabes tués sont tués par d’autres arabes.

Ces terroristes ne sont pas des monstres ni des fous. Ce sont des personnes « normales », en détresse, façonnées pour. Donc c’est une intention.
Le problème, c’est que ces enfants en détresse sont abandonnés. La solution serait d’encourager la culture, une culture qui se fait par des gens de théâtre, par des gens de terrain, qui vont sur le terrain, qui proposent des fictions qui touchent les enfants : c’était la fonction du théâtre en Grèce.  En Grèce, les citoyens ne pouvaient pas quitter le théâtre après la représentation : ils étaient obligés de rester pour en discuter, parce que les comédiens mettaient en scène les problèmes de la Cité.
La télé et Facebook sont des armes : la représentation facile, la pensée paresseuse de toutes les théories totalitaires.

Lors de la montée du nazisme, il s’est passé ce qu’il se passe actuellement : petit à petit des slogans sont rentrés dans la culture. Les slogans, ça permet de faire croire qu’on a compris alors qu’on se contente de réciter comme un perroquet, et qu’on se soumet à une représentation dépourvue de jugement.

Aujourd’hui, ces terroristes ne sont pas des fous. Et d’ailleurs les fous tuent très très peu, beaucoup moins que les « pas-fous ».
Ce sont des gens absolument « normaux ». Ce sont des gens en difficulté psycho-sociale qui ont été façonnés intentionnellement par une minorité financée pour prendre le pouvoir.
C’est exactement le point de départ de l’Inquisition, du fascisme, de toutes les théories totalitaires.

La mort des dessinateurs de Charlie Hebdo est un crime abject,  stupide, intentionnel.

Il y a toujours un moment où la force provoque la réponse par la force.
Et c’est ce qu’il se passe au Proche-Orient actuellement. Au Proche-Orient, il y a eu des forces insidieuses d’abord : des forces verbales, la télévision, Internet. J’ai vu, au Proche-Orient, le Protocole des sages de Sion tous les soirs à la télévision, dans un pays que j’aime beaucoup : le Liban. Et beaucoup de gens y croient.
Le débat démocratique, c’est de dire Attention, ce n’est pas rien, ce n’est pas une fiction : la fiction pose un problème qui ensuite a des conséquences réelles.
Les premières cibles des dictateurs sont les journalistes et les artistes.

La pensée paresseuse, c’est la certitude. Le fait de demander « Êtes-vous sûr de ce que vous dites ? » provoque la haine de ceux qui ont besoin de se raccrocher à la récitation paresseuse. Combattre les idées demande beaucoup de temps.
Certaines personnes sont perverties par leur soumission à une idéologie religieuse, laïque, parfois scientifique, qui fait qu’elles sont les seules à détenir la vérité, et qu’elles sont prêtes à tuer pour défendre ce qu’elles croient, « la vérité ». C’est parce qu’elles sont soumises à une représentation du monde.

La vidéo complète est à voir en suivant ce lien.


Boris Cyrulnik, neuropsychiatre, dit avoir voulu devenir psychiatre pour comprendre le nazisme. Il a en effet été arrêté en janvier 1944 alors qu’il avait 6 ans et demi.

13 réflexions au sujet de « Le point de vue d’un neuropsychiatre sur l’attentat à Charlie Hebdo »

  1. « On met la haine dans des quartiers de difficulté, on repère les enfants en détresse psychologique et sociale, on leur offre des stages de formation, et ensuite on les envoie au sacrifice.
    C’est une organisation, financée par les gens du pétrole, de la drogue, qui ont des intentions politiques sur le Proche-Orient et sur l’Occident ».

    Point de vue à moitié éclairant car Boris Cyrulnik ne se mouille pas trop : même en prenant en compte le contexte, il me paraît difficile de comprendre quels sont les manipulateurs auxquels il songe.

    Souhaite-t-il mettre en garde contre un « péril islamique », un projet politique porté par des musulmans d’instaurer un pouvoir fondamentaliste en occident, appuyant ainsi l’idée distillée au fil des dernières années par Charlie Hebdo / P. Val et consors ?

    Ou bien souhaite-t-il dénoncer une démarche occidentale de fabrication de ces terroristes, position que le journaliste ne manque pas de rapprocher de « la théorie du complot » ?

    J’ai vraiment l’impression que ses mots peuvent être interprétés des deux façons. Certes, il se défend de se rapprocher du point de vue « complotiste », mais il me paraît compréhensible qu’il refuse d’être ainsi trop vite catalogué (sachant combien cette étiquette est utilisée pour discréditer tout argumentaire déstabilisant).

    1. Le texte ne rend compte que d’extraits du discours de Boris Cyrulnik : en écoutant son intervention en entier (cf. lien vers la vidéo en fin d’article), on comprend qu’il n’est pas du tout question dans son discours de théorie du complot.
      Cependant, il ne parle pas non plus d’un « péril islamique », en ce sens qu’il n’est pas question de considérer, comme vous dites, que les musulmans dans leur ensemble aient un quelconque « projet politique d’instaurer un pouvoir fondamentaliste en occident ».
      La religion musulmane est utilisée comme outil de radicalisation par des individus et des groupes qui, pour le coup, ont un projet politique d’instaurer un pouvoir fondamentaliste avant tout dans le monde dit arabe, et qui agissent pour cela également en occident.
      Ces individus et ces groupes fondamentalistes entretiennent la théorie du « choc des civilisations », qu’ils partagent avec les islamophobes d’occident.

  2. Bonsoir,
    Merci pour votre réponse,
    J’avais bien écouté la vidéo avant mon post précédent et je reste avec l’impression que chacun-e peut bien interpréter selon sa perspective.
    Le fil de discussion à ce sujet sur Agoravox est assez cocasse (comme souvent sur ce site, il y a « à boire et à manger » mais « on » trouve des remarques et arguments très pertinents).
    http://www.agoravox.tv/actualites/politique/article/point-de-vue-de-boris-cyrulnik-48482
    De mon point de vue, le seul apport de cet entretien (par rapport aux attentats du moins) est de souligner que, dans ce genre d’événements, les exécutants sont des personnes manipulées, conditionnées, et que les sciences de la psychée permettent de mieux comprendre les processus mis en oeuvre.

  3. Pour un éclairage complémentaire sur les « manipulateurs », leurs intentions et leurs méthodes, rien de tel me semble-t-il que d’étudier ce que certaines de leurs têtes pensantes ont écrit sans fard. En effet, aussi surprenant que cela paraisse, certains ont exposé sans vergogne leurs vues et préconisations.

    Une telle démarche d’étude n’est pas si simple puisque qu’elle demande du temps et que, dans l’idéal, il vaut mieux lire dans la langue d’origine. Comme la Bible en hébreux ou le Coran en arabe classique 🙂

    De plus, d’éventuels verrous psychiques incitent à l’évitement et l’occultation, bref… à la « pensée paresseuse ».

    C’est pourtant la seule démarche qui permette d’accéder à la « source » sans être potentiellement manipulé par un intermédiaire.

    Trois auteurs clé à mes « yeux » :
    Edward Bernays : « Propaganda » (paru en 1928, traduit en français) et surtout « The Engineering of Consent » (article de 7 pages paru en 1947, disponible sur la toile, livre paru en 1955), à propos des méthodes scientifiques de manipulation de masse,
    Zbigniew Brzezinski « The Grand Chessboard » (American primacy and its geostrategic imperatives – 1997, traduit en français),
    Frank Kitson : « Low Intensity Operations » (Subversion, Insurgency and Peacekeeping – 1971), au sujet des opérations « militaires ».

    Je ne connais pas d’auteur français ou européen influent qui ait ainsi exposé ses intentions manipulatrices mais je serais curieux d’en découvrir.

    Il y a probablement des ouvrages de penseurs de langue russe, chinoise ou arabe, mais j’avoue ne pas avoir cherché (en particulier parce que je ne lis ni l’arabe ni le russe et très insuffisamment le chinois).

    Reste que les auteurs cités plus haut sont, qu’on le sache ou non, des « spin doctors » dont les pensées influent concrètement sur l’évolution de la sphère occidentale (cf. leurs biographies). Je résiste à en citer des extraits, bien que les passages édifiants et éclairants sur ce que nous vivons ces dernières décennies soient nombreux.

    A chacun-e de découvrir… ou non !

    (ps : ceci est bien un complément aux propos de B. Cyrulnik )

  4. Pour le coup, ce commentaire n’a peut-être pas sa place dans ce fil mais j’ai trouvé bien écrits ces billets parus dans Le Monde donc je partage 🙂
    Ceux qui ne sont pas Charlie

    En particulier les tribunes collectives Plus que jamais, il faut combattre l’islamophobie et Non à l’union sacrée !

    Je me demande combien de temps Le Monde pourra encore se permettre de diffuser ces points de vue « dissidents », mais profitons-en pendant que c’est encore possible 🙂

    1. Bonjour,

      Les références que vous citez éclairent bien des situations du passé et du présent.
      Vous vous interrogiez sur la production de Français à ce sujet : nos chers compatriotes ne sont pas en reste, puisque l’armée française a longtemps été une école pour les armées en matière de guerres contre-révolutionnaires, avec tout ce que cela induit comme manœuvres psycho-militaires (opérations sous faux-pavillon, retournement d’agents adverses, etc.). Deux militaires français ont notamment documenté ces sujets : Roger Tranquier (qui est entre autres une référence pour Kitson) et Charles Lacheroy.

      Cependant, comme toute théorisation, celle sur la manipulation des masses est à utiliser avec précaution et lucidité. Certes de telles manœuvres ont été appliquées plus d’une fois : mais l’Histoire nous prouve (et heureusement !) que, malgré tout l’arsenal mobilisé (médias, armée, renseignement, pour ne citer que le plus flagrant), personne n’a jamais pu contrôler toute la réalité humaine. Si la perspective de « 1984 » nous pousse à rester vigilants, il ne s’agit pas de virer paranoïaques. Dans la situation actuelle, c’est se tromper d’analyse que de voir dans toute situation traumatisante le résultat de manigances manipulatrices.

      Sur ce site, je relaie une certaine vision de l’éducation populaire. Une éducation populaire pensée comme un moyen pour la population d’ « échapper » à la manipulation.
      Et pour cela, un des premiers pas à faire de notre part, est de cesser de croire que les situations ne sont que le résultat de la volonté des « puissants ».

      Je vous conseille la lecture de ce très bon article qui analyse les théories du complot qui fleurissent à l’occasion des attentats à Charlie Hebdo.
      https://quartierslibres.wordpress.com/2015/01/16/c-comme-complot-et-charlie

      1. Bonjour Adeline,

        Merci pour les auteurs français. (Effectivement, Tranquier est cité par Kitson. Finalement, ce français a vu son influence démultipliée via Kitson :-))

        Mon propos était avant tout de réagir au point de vue Boris Cyrulnik. Il affirme que les tueurs n’ont pas agit à titre individuel, qu’ils ont été manipulés. Autrement dit, il affirme qu’il y a complot.

        Qui organise, qui manipule ? Je considère que Cyrulnik reste trop vague, c’est le premier point que je souhaitais remarquer. (Quand il fait référence au nazisme, je me dis qu’il pense peut-être à l’incendie du Reichstag, j’aimerais pouvoir le questionner…)

        Or je trouve que vous manifestez un a priori « anti-complotiste » qui me paraît finalement aussi biaisé que l’a priori « complotiste ». D’où mon post concernant les « spins doctors » occidentaux.

        Concernant l’affaire Charlie Hebdo, il me semble bien trop prématuré d’affirmer que le complot serait manigancé par l’occident (France, OTAN, USA) ou par des fondamentalistes musulmans. Et il me paraît bien présomptueux de se lancer dans une « analyses des théories du complot » comme proposé par l’article de Quartiers libres.

        Je crois que l’esprit critique, c’est aussi de savoir rester sceptique, prendre le temps malgré la pression médiatique et sociale. Le recul et la hauteur nécessitent du temps.
        Une telle attitude est-elle compatible avec une démarche d’éducation populaire ? Je ne sais pas.

  5. Bonsoir,
    Je souhaitais revenir sur un point de votre dernière réponse, même si on s’éloigne un peu du sujet de départ.

    Vous avez écrit : « Dans la situation actuelle, c’est se tromper d’analyse que de voir dans toute situation traumatisante le résultat de manigances manipulatrices. »

    En fait, je me demande quelle logique vous permet de poser un tel postulat. En effet, à partir du moment où l’on sait que de telles manipulations ont été non seulement théorisées mais appliquées, il me semble que l’attitude éclairée est de justement ne pas gober d’entrée tout ce qui est asséné par les autorités et relayé massivement par les média.

    Je peux certes comprendre qu’une personne puisse préférer ne pas suivre cette voie de peur :
    – de devenir parano ;
    – de se sentir impuissante.

    Je le comprends d’autant mieux que je me souviens avoir été outré lorsque, à l’occasion d’un dîner fin 2001, un convive avait affirmé à propos du 11-9, que l’on nous racontait des salades. Je ressens encore très nettement les sentiments qui ont motivés ma réaction.

    Mais en quoi laisser la crainte guider ses choix relève-t-il d’une attitude éclairée et lucide ?

    S’il est clair qu’il ne s’agit pas non plus de gober toutes les spéculations lancées par les uns et les autres, je trouve dommageable pour la vie citoyenne d’écarter voire discréditer d’office toute démarche citoyenne de questionnement vis-à-vis de ces événements traumatisants qui marquent nos sociétés et sur la base desquels un certains nombre de lourdes décisions sont prises.

    Quant aux notions de « théorie du complot », « complotisme », « conspirationnisme », elles nous viennent de la culture anglo-saxonne. De par leur usage massif par les média, elles sont devenues les étiquettes qui permettent de catégoriser et connoter négativement toute prise de position « border line ». Ces mots ont acquis la même puissance que, en d’autre temps, le mot « hérétique ». Les utiliser, c’est pour moi jouer le jeu d’un débat biaisé.
    J’avoue que cela me désespère un peu de voir qu’ils ont fait leur chemin jusque dans des démarches qui ambitionnent de libérer les individus de la manipulation. Mais bon… je vais m’en remettre 🙂

    Reste que je vous rejoins complètement sur le fait que « personne n’a jamais pu contrôler toute la réalité humaine ».

    Devant chacu-n-e s’ouvre un champ des possibles que même les plus puissants ne peuvent concevoir.
    Chacu-n-e incarne à sa façon un processus créatif.

    http://www.transitioncitoyenne.org/

    1. Votre raisonnement est simpliste. Vous ne questionnez rien du tout, puisque vous avez déjà votre réponse toute faite. Votre raisonnement de converti n’a rien d’une émancipation.
      Et pour ma part, je ne compte pas « m’en remettre », puisque je lutte pour le dépassement des pensées simplistes, qu’elles soient gobeuses de « vérités officielles » ou gobeuses de « vérités complotistes ».

      Mais mes arguments remettent 100 balles dans votre machine. Don’t feed the troll, je le sais pourtant bien…

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