EP et feminisme

Éducation populaire et féminisme

Éducation populaire et féminisme.
Récits d’un combat (trop) ordinaire.
Analyses et stratégies pour l’égalité.

Une brochure à lire absolument :
« Cet ouvrage est le fruit d’un travail mené par onze femmes pendant plus de trois années au sein du réseau d’éducation populaire la Grenaille. C’est suite à une agression sexuelle que nous avons collectivement pris conscience de l’ampleur de l’oppression patriarcale au sein même de nos organisations de travail. Nous avons souhaité publié cet ouvrage pour agir vers plus d’égalité. Il relate à la fois l’expérience vécu au sein de l’environnement de la Grenaille mais apporte aussi des témoignages d’autres structures. Par ailleurs, vous trouverez à la fois une vulgarisation des théories féministes et des apports méthodologiques permettant de mettre au travail les rapports sociaux de sexe au sein d’un groupe.  »

Les extraits ci-dessous sont sortis de leur contexte. Lisez donc la brochure !


« Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c’est au contraire leur existence qui détermine leur conscience ».
Karl Marx, 1863

Non-mixité, groupes de pairs : nécessaire, mais non suffisant pour :
– Dévoiler les oppressions vécues
– En prendre conscience
– Faire classe
– Se donner de la force et de l’énergie collective pour agir

Sexisme ordinaire (blagues sexistes, séduction) : rappeler l’air de rien l’assignation. Participe de l’incorporation des rapports sociaux de sexe.
Comment affirmer un désaccord voire contrer politiquement un acte ou un propos qui est amené par le compliment ou par l’humour ? Toute critique est rendue inaudible car cela passe pour illégitime.

Critiquer l’universalité. Cesser de présupposer l’égalité.

Hubertine Auclair, 1879 : « Si vous, prolétaires, vous voulez aussi conserver des privilèges, les privilèges de sexe, je vous le demande, quelle autorité avez-vous pour protexter contre les privilèges de classe ? Que pouvez-vous reprocher aux gouvernants qui vous dominent, qui vous exploitent, si vous êtes partisans de laisser subsister dans l’espèce humaine des catégories de supérieurs et d’inférieurs ? Craignez d’être accusés par vos maîtres de leur disputer des préragoatives dont vous êtes jaloux. Proclamez l’égalité entre les êtres que le hasard de la naissance fait homme ou femme. Ou si vous l’oser nier là, cette égalité, et, en bons logiciens reconnaissez votre infériorité native, le droit pour les classes dirigeantes de penser, d’agir et de jouir à votre place. »

La pente glissante de l’éducation populaire, ce serait de ne s’attaquer qu’aux idéologies et non aux structures.
L’autre pente glissante est de demander aux gens de se transformer plutôt que de changer les institutions et les cadres dans lesquels ils évoluent.

3 niveaux de transformation :
– Relations sociales : dimension interpersonnelle
– Pratique sociale : évolution d’une institution, d’un collectif
– Rapport social : le système patriarcal lui-même

On ne peut pas s’exprimer a priori de manière libre face à ses oppresseurs.

Je fais de la pédagogie jusqu’à ce qu’il faille faire du rapport de force.

Je fais une différence entre travailler avec des hommes qui sont conscients de ces dominations, et qui prennent position dans leur rôle social dominant, et des gens qui réfutent (déni).

Les contradictions des SCOPs :
– On est anticapitalistes mais organisés en entreprise.
– On est antipatriarcal mais on est en équipe mixte traversée par les rapports de domination.
– On est pour la réappropriation du politique par toutes et tous, mais on vend nos interventions.
– On fait de l’éducation populaire mais on est devenus experts et expertes.
– On critique l’organisation raciste du monde depuis notre place de privilégiés blancs et blanches.

Nous pouvons être camarades malgré les antagonismes de classe dans lesquelles nous sommes, à condition que ces antagonismes soient reconnus par toutes et tous, et travaillés en tant que tels.

Temps non-mixtes : soustraits au contrôle et/ou à l’autocontrôle.

Produire des droits = des acquis durables et pérennes.

Féminisation du langage : énigme du chirurgien.
Un père et son fils sont en voiture. Survient un accident. Le père meurt sur le coup. Quant au fils, dans un état grave, il est amené à l’hôpital. Il doit être opéré d’urgence. Dans la salle d’opération, le chirurgien déclare : « Je ne peux pas l’opérer… C’est mon fils ! ». Comment est-ce possible ?

Emancipation : ensemble des processus qui permettent aux individus et aux groupes dominés de sortir des places qui leur sont assignées socialement.

L’intime est politique.

86% des meutres conjuguaux ont été perpétrés par des hommes. Pour les 14% de meurtres perpétrés par des femmes, 41% étaient en situation de légitime défense.
96% des hommes agressés sexuellement l’ont été par d’autres hommes. 80% de ces violences ont eu lieu lors de l’enfance et de l’adolescence.

Stratégie d’agresseur : minimisation, justification, inversion des responsabilités.

« Consentement » : acquiécer à quelque chose qu’on nous propose.
« Adhésion volontaire » : vrai rapport mutuel.
« Est-ce que je peux poser ma main sur ton ventre ? » versus « Est-ce que tu as envie que je pose ma main sur ton ventre ? »

Virginie Despentes, King Kong Theorie : « Je suis furieuse contre une société qui m’a éduquée sans jamais m’apprendre à blesser un homme s’il m’écarte les cuisses de force, alors que cette même société m’a inculquée l’idée que c’était un crime dont je ne devais pas me remettre. »

Essentialisation, naturalisation : considérer comme biologique l’ensemble des différences physiques et cognitives entre hommes et femmes, justifiant ainsi la hiérarchisation entre les sexes.
Freud : naturalisation. Explique le psychise des femmes par leur anatomie (absence de pénis).

Black feminism : « Toutes les femmes sont blanches, tous les Noirs sont hommes, mais nous sommes quelques unes à être courageuses ». Titre d’un livre de Gloria T. Humm, Patricia Bell Scott et Barbara Smith, 1982.

Intersectionnalité / Imbrication de plusieurs systèmes d’oppression / Matrice des dominations / Consubstantialité et coextensivité

Point de vue situé : remet en question les principes épistémologiques de la neutralité. Critique de l’universalisme blanc, homme, occcidental.

Rapport social :
– Exploitation : un groupe tire profit du travail d’un autre groupe
– Domination : un groupe exerce un pouvoir sur l’autre
– Oppression : mauvais traitement ou discrimination systémique d’un groupe par l’autre
– Dimension matérielle : conditions matérielles d’existence de chaque groupe
– Dimension idéelle : permet de justifier et de légitimer la domination

Dimension idéelle : légitimer les inégalités sociales :
– Différentialisme, naturalisme
– Culturalisme
– Psychologisme
Stratégies de justification et d’invisibilisation des rapports sociaux inégalitaires :
– Individualisation des problèmes sociaux
– Accusation de se complaire dans la victimisation
– Symétrisation
– Euphémisme de la domination
– Négation des discriminations

« Ouvrière n’est pas le féminin d’ouvrier » (coextensivité)

Mode de production domestique
Dominées « entretenues »
Différences avec les dominés rémunérés dans le mode de production capitaliste

« Il est à peu près aussi juste de dire que les femmes de bourgeois sont elles-mêmes bourgeoises que de dire que l’esclave d’un planteur est lui-même planteur ». Christine Delphy

La discrimination systématique à l’encontre des femmes sur le marché du travail joue un rôle d’incitation objective au mariage.

Privilège (Peggy Mcintosh) : diplôme invisible, dès la naissance, qu’on n’aurait rien fait pour « mériter » et dont on jouit par son appartenance à une classe dominante.
Va à l’encontre du mythe de la méritocratie et des logiques « capacitaires ».

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