Compost

La théorie du compost en pédagogie sociale

Je reproduis ici un texte de Robin Dècle, issu du livre « Des lieux pour habiter le monde – Pratiques en pédagogie sociale » (aux éditions Chronique sociale). Livre duquel j’ai par ailleurs tiré un post à lire ici.

La théorie du compost

La monoculture républicaine extensive ne peut s’attarder à prendre en compte le milieu dont est issu l’individu. Pratiquée « par le haut », les tracteurs institutionnels labourent et nivellent les territoires. Les cultures locales sont arrachées ou, au mieux, folklorisées, alors que les mauvaises herbes sont isolées, stigmatisées, exclues, emprisonnées… Bref gérées.

Mais à celle-ci se substitue – s’associe – une culture industrielle hors-sol. Dans un monde accéléré, l’individu est soumis à un arrachement perpétuel. Ses racines atrophiées barbotent dans une solution hydroponique neutre, continuellement enrichie en intrants solubles instantanés (divertissements, pubs, antidépresseurs…), tandis qu’un déploiement technologique le met sous atmosphère protectrice – virtualisé, dépolitisé, tout lien est vidé de son sens.

Ce modèle de culture intensive laisse de vastes espaces à l’abandon : les périphéries urbaines et les zones rurales deviennent des territoires en friche. Ceux-ci ne constituent pas a priori des écosystèmes équilibrés, mais un ensemble vague de situations atomisées : alors que les strates cultivées accaparent la majorité des ressources, la satisfaction des besoins élémentaires et la promiscuité submergent le quotidien, créant des situations d’isolement asphyxiantes. Pourtant, ces milieux sont aussi les plus riches en diversité. C’est là que l’association a choisi d’implanter son action.

Elle y développe la culture « par le bas », qui consiste à revitaliser le territoire et le lien communautaire : comme en permaculture, il ne s’agit pas de nourri l’individu-plante par l’apport d’engrais solubles directement consommables (sorties « culturelles », actions événementielles préfabriquées…), mais d’enrichir le sol-territoire à partir de ce qui s’y trouve déjà. Le compost en donne une illustration.

Plusieurs familles du quartier apportent leur déchets de cuisine sur le jardin qu’elles cultivent avec l’association. Ceux-ci sont compostés ensemble, et donnent un terreau fertile, qui sera utilisé sur les parcelles. L’individu enrichit le collectif. La production, potagère ou fruitière, sera ensuite partagée entre les familles. Le collectif nourrit l’individu.

Ainsi, la matière culturelle que chacun apporte est reconnue et valorisée.

Elle passe par un processus de « compostage » à travers les relations entretenues au sein du collectif, permettant son assimilation progressive par le groupe et la création d’un terreau culturel commun.

Certaines institutions pourraient voir d’un œil circonspect l’émergence de telles cultures et tenter de les saboter, par l’épandage massif d’engrais culturels de synthèse par exemple, ou en y opposant leur force d’inertie, voire de répression. Il peut être alors opportun d’exposer la théorie du compost dans leurs locaux, en s’appuyant sur une démonstration publique.

Pour faire un compost :
Se procurer ou fabriquer (à partir de palettes, de vieilles planches…) deux bacs sans fonds (le compost doit être en contact avec le sol). Ils doivent s’ouvrir d’un côté pour permettre l’entretien et l’évacuation du compost, et ne pas être hermétiques, pour permettre son aération.
Remplir un premier bac en alternant une couche de déchets organiques humides (épluchures, tonte de pelouse…), une couche de déchets organiques secs (paille, feuilles mortes, copeaux de bois…), une couche de terre – environ 5 cm d’épaisseur pour les deux premières, la moitié pour celle de terre. Lorsque le bac est plein, commencer à remplir l’autre en procédant de la même manière. Laisser reposer le compost dans le premier bac environ 15 jours, puis remuer une fois par semaine. Arroser par temps sec. Lorsque les éléments du compost ne sont plus discernables entre eux, il est prêt à être utilisé (2-3 mois environ).
N.B : Lorsque que vous aurez fait un premier compost, vous pourrez en réutiliser une partie pour le suivant, à la place de la couche de terre (accélère le processus).

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