Croisement ATD

Le croisement des savoirs d’ATDQM – Film

ATD Quart-Monde met en œuvre ce qu’on appelle le Croisement des savoirs. Cet excellent film d’une demi-heure permet d’avoir un aperçu de ce qu’est ce processus, et de ce qu’il cherche et parvient à produire.

Quand on est exclu, sortir du silence ne va pas de soi. Cela demande du temps, de retrouver la confiance et d’être soutenu-e-s par des personnes solidaires.  Construire une réflexion collective, se confronter à d’autres acteurs, cela s’apprend, dans des espaces permettant une grande liberté de parole comme les Universités populaires quart-monde ou certaines association citoyennes.

Ce qui permet cette confrontation, c’est une grande rigueur du dispositif et du cadre de travail. On a une éthique très précise, des règles de travail très précises. On y déroge pas, ce qui ne veut pas dire qu’il ne peut pas y avoir de la souplesse et de la possibilité de dialogue, mais en tous cas on sait clairement que, s’il n’y a pas de cadre posé, la confrontation peut tourner très vite à des accusations réciproques. Donc il faut avoir un cadre : des consignes précises, des moments de travail où les professionnels sont séparés des militants, et ensuite on favorise la confrontation et le dialogue.

Prendre en compte la pensée des exclus n’est pas une fin en soi. C’est un processus nécessaire pour agir en démocratie.

Il faut associer les personnes en difficulté sociale pour que les dispositifs soient adaptés à leur vie, qu’ils ne se retournent pas contre eux. Il faut passer par une étape où peut-être on va être moins efficace au départ et ça va être plus long. Il va falloir du temps pour travailler avec les personnes pour pouvoir monter des dispositifs ou changer les pratiques.

L’idée de dire que les personnes en situation d’exclusion sociale puissent former les professionnels, c’est quelque chose qui fait son chemin. Amener le concept à l’université n’est pas évident. Dire à des chercheurs que le savoir issu des expériences vécues a autant de valeur que les savoirs académiques, et qu’il faut croiser cela pour avancer, c’est pas forcément immédiatement entendable.

Quand on met en place les conditions pour que les gens puissent travailler, s’exprimer, se confronter à des professionnels : c’est quelque chose qui devient possible. Mais dans la réalité professionnelle, c’est conditions n’existent pas. C’est à nous [professionnels] de mettre en place les conditions de la rencontre.

Depuis plus de 30 ans, on dit « Il faut faire participer les habitants ». Et à chaque rapport, à chaque étape, on dit « On n’y arrive pas ». Donc on cherche des méthodes. Ce n’est pas tant des méthodes qu’il faut chercher. C’est se demander quel objectif on vise quand on fait de la participation. Trop souvent, dans la politique de la ville, lorsqu’on dit qu’on fait de la participation, on cherche à faire en sorte que les projets de la politique de la ville soient menés à leur terme sans trop de problème, on cherche à ce que les habitants soient un peu moins en repli, un peu moins isolés. Et la solution qui est vue, c’est de les former : c’est une injonction participative. L’idée, c’est que, s’il y a un problème de participation chez les plus pauvres, c’est de leur faute. Il faut les former, il faut qu’ils comprennent comment fonctionne la politique de la ville, comment fonctionne la Mairie, etc. , et après ils pourront participer.

Écouter réellement les personnes en situation de pauvreté, ça ne fait pas envie à la société, ça ne fait envie à personne. Pourquoi ? Parce qu’ils nous rappellent ce que sont les injustices, les discriminations. Ils nous rappellent que notre système, notre fonctionnement, n’est pas optimal et qu’il n’est pas très juste. Laisser parler les plus pauvres, c’est aussi laisser cette réalité s’exprimer, qui est qu’on est dans une société inégalitaire.

La société se tient grâce au pouvoir, et elle est déchiquetée par les abus de pouvoir. Une des définitions de la pauvreté, c’est de se sentir sans pouvoir. Sans pouvoir d’être citoyen, et même sans pouvoir d’être un bon parent, car certains n’en ont pas les ressources. Le pouvoir est au cœur de toutes nos interactions sociales. Clairement, en tant qu’universitaire, j’ai une capacité très différente à utiliser le pouvoir en société et de convoquer différentes ressources, différentes formes de savoirs et d’influences.

Comment redistribuer le pouvoir de réfléchir et celui de décider. C’est valable pour les élus, mais aussi pour le fonctionnement d’une administration, d’une école, d’un centre social, etc. Est-ce que le pouvoir est détenu par certains ? Par qui ? Est-ce qu’il est possible de requestionner ce pouvoir ? Est-ce qu’il est possible de le partager ? Ça va avec le savoir, parce que pour partager le pouvoir il faut avoir conscience qu’on réfléchit mieux et on agit mieux lorsqu’on croise les savoirs. Et déjà en croisant les savoirs, on restitue une forme de pouvoir aux citoyens, et notamment aux plus éloignés.

Pendant longtemps, j’avais l’impression de ne défendre que ma petite misère : c’était « moi je », « moi je souffre, et les autres ils ne souffrent pas autant que moi ». Jusqu’à ce que je fasse l’Université populaire et que je me dise « Ouh là, y’a pire que moi ». Et aujourd’hui, ça fait que je ne parle plus en mon nom propre, Le « je », il s’est transformé en « nous ». Et alors le « je » prend une encore plus grande valeur


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