À l’occasion de la mobilisation lycéenne du 6 octobre 2026, « La rage du social – Pédagogie sociale et émancipatrice » a publié sur ses réseaux un communiqué qui me semble salvateur sur le rôle des structures et acteurices d’éducation populaire aux côtés des jeunes et des enfants.
Et plus largement, c’est un appel aux « professionnel-les du travail social, de l’éducation populaire, de l’animation, les pédagogues, les associations, les collectifs et plus largement les adultes qui refusent de détourner le regard à soutenir les lycéennes et les lycéens mobilisé-es ».
Je le reproduis ci-dessous.
6 octobre 2026 : être les allié-es des enfants et des jeunes
Un communiqué de La rage du social – Pédagogie sociale et émancipatrice.
Quand les jeunes se lèvent, les adultes ont deux choix : les remettre à leur place, ou se mettre à leurs côtés. Nous avons choisi notre camp.
Soutien aux lycéennes et lycéens mobilisé-es.
Le 6 octobre, des lycéennes et des lycéens seront toujours mobilisés. Nous avons fait notre choix : nous serons de leur côté.
Pas pour parler à leur place.
Pas pour décider à leur place de ce qui serait bon pour elles et eux.
Pas pour récupérer leur mobilisation.
Mais parce qu’être adultes, éducateur-ices, animateur-ices, travailleur-euses sociaux, pédagogues, parents ou simplement citoyen-nes nous donne une responsabilité : être les allié-es des enfants et des jeunes.
Les enfants et les jeunes ne sont pas des citoyen-nes en attente
Nous refusons de considérer les enfants et les jeunes comme des adultes inachevé-es qu’il faudrait simplement préparer au monde que nous avons construit.
Ils et elles sont des personnes, ici et maintenant.
Ils et elles pensent.
Ils et elles comprennent.
Ils et elles ressentent.
Ils et elles rêvent.
Ils et elles contestent.
Ils et elles s’organisent.
Ils et elles ont quelque chose à dire du monde.
Leur parole n’a pas moins de valeur parce qu’elle dérange.
Leur colère n’est pas moins légitime parce qu’elle est adolescente.
Leur désir de transformer le monde n’est pas une naïveté dont il faudrait les guérir.
Les enfants et les jeunes sont des sujets politiques.
Nous refusons l’adultisme
Nous refusons cette vieille habitude du monde adulte qui consiste à demander aux jeunes d’être autonomes quand cela nous arrange et de se taire quand leur autonomie devient contestataire.
Nous refusons qu’on célèbre leur « engagement » tant qu’il reste sage, encadré, institutionnalisé et sans conséquence, mais qu’on disqualifie lorsqu’il devient revendication, occupation, blocage, manifestation ou désobéissance.
On ne peut pas demander aux jeunes de devenir des citoyen-nes tout en leur refusant le droit d’exercer leur citoyenneté.
S’émanciper, ce n’est pas apprendre à obéir correctement.
Protéger n’est pas contrôler
Nous affirmons notre opposition à toutes les violences exercées contre les enfants et les jeunes.
Nous refusons et dénonçons les violences institutionnelles.
Nous refusons et dénonçons les humiliations, les intimidations et les répressions qui voudraient ramener l’ordre là où surgissent la parole, le conflit et la contestation.
Et nous refusons que la violence policière puisse constituer une réponse politique à la mobilisation de la jeunesse.
Protéger les enfants et les jeunes ne signifie pas les empêcher d’agir.
Protéger, ce n’est ni surveiller, ni discipliner, ni enfermer.
Protéger, c’est permettre de grandir, de parler, d’expérimenter, de contester, de prendre des risques sans être abandonné-e face aux violences du monde adulte.
C’est être présent-es.
C’est prendre soin.
C’est faire rempart lorsque cela devient nécessaire.
Leur colère nous concerne
Que disent les jeunes lorsqu’ils et elles se mobilisent ?
Peut-être faudrait-il commencer par les écouter.
Ils et elles grandissent dans un monde traversé par les inégalités sociales, les discriminations, la précarité, les guerres, la catastrophe écologique, les violences sexistes et racistes, la sélection, la compétition et l’incertitude.
Et nous voudrions leur demander de regarder ailleurs ?
De travailler correctement ?
De préparer tranquillement leur avenir ?
Mais quel avenir ?
Nous ne pouvons pas fabriquer un monde profondément inquiétant pour les générations qui arrivent puis leur reprocher de s’en inquiéter.
Nous ne pouvons pas leur parler sans cesse de citoyenneté, d’esprit critique et d’engagement puis leur demander de rentrer en classe lorsque leur esprit critique devient politique.
L’éducation n’est pas neutre
À La rage du social, nous défendons une pédagogie sociale, critique et émancipatrice.
Une pédagogie qui ne sépare pas l’éducation du politique.
Une pédagogie qui cherche à rendre possible l’émancipation plutôt qu’à fabriquer de l’adaptation.
Une pédagogie qui prend au sérieux les rapports de domination.
Une pédagogie qui considère la parole, le conflit, l’organisation collective et la capacité à agir sur son milieu comme des expériences éducatives fondamentales.
Nous travaillons avec des enfants et des jeunes.
Nous partageons leurs espaces.
Nous écoutons leurs histoires.
Nous connaissons leurs colères, leurs inquiétudes, leurs rêves et leurs immenses capacités à inventer.
Alors notre engagement ne peut pas s’arrêter lorsque commence leur contestation.
Éduquer, c’est aussi accepter que celles et ceux avec qui nous travaillons puissent refuser le monde que nous leur transmettons.
Être leurs allié-es
Être allié-e ne signifie pas décider pour. Cela signifie être là. Écouter avant de parler. Soutenir sans confisquer. Protéger sans enfermer. Transmettre sans dominer. Faire confiance. Accepter le conflit. Reconnaître leur puissance d’agir.
Et parfois se placer à leurs côtés lorsqu’ils et elles décident de dire : ça suffit.
Le 6 octobre, nous appelons donc les professionnel-les du travail social, de l’éducation populaire, de l’animation, les pédagogues, les associations, les collectifs et plus largement les adultes qui refusent de détourner le regard à soutenir les lycéennes et les lycéens mobilisé-es.
À être attentif-ves à ce qu’ils et elles vivent.
À écouter ce qu’ils et elles disent.
À dénoncer les violences lorsqu’elles ont lieu.
À prendre soin.
À protéger.
À rejoindre lorsque cela est possible.
Et surtout : à ne pas les laisser seul-es.
Parce que les enfants et les jeunes ne sont pas seulement notre avenir.
Ils et elles sont notre présent.
Parce que leur émancipation nous concerne.
Parce que leur liberté agrandit aussi la nôtre.
Parce qu’un monde qui écrase sa jeunesse est un monde qui renonce à son avenir.
Les enfants sont nos allié-es.
Soyons les leurs.
Soutien inconditionnel aux lycéennes et lycéens mobilisé-es le 6 octobre.
Prenons soin. Protégeons. Écoutons. Soutenons.
La rage du social
https://laragedusocial.org